La Brossardoise Alexandra Zvezdin était loin de parler à travers son chapeau en décrivant les toutes premières épreuves de ski-alpinisme aux Jeux olympiques de Milan-Cortina. L’athlète qui porte les couleurs de l’équipe canadienne de «skimo» (ski mounteering) dans des compétitions internationales a récemment remporté l’or aux épreuves de sprint et de course individuelle à la Course des trois sommets, à Orford.
L’idée d’aller «jouer dans du terrain en hautes montagnes», voilà ce qui a d’abord séduit Alexandra Zvezdin dans le ski-alpinisme.
Cette adepte de l’escalade avait envie de passer du temps en montagne l’hiver, mais n’était pas attirée par le ski de station. En 2019, elle s’est donc mise au ski de randonnée, puis a appris à faire des descentes. Elle a plus tard rencontré des athlètes comme Lyne Bessette et Lyndsay Webster.
«J’ai découvert le monde des temps, et j’ai compris que je n’étais pas très lente…» affirme-t-elle.
Un euphémisme, pour celle qui a pris part à sa première course en 2021, puis sa première Coupe du monde en 2023, en Espagne.
«Ce qui m’a accrochée – ce n’était pas prévu pour moi – est de tripper sur la compétition. J’ai ce côté de moi qui veut pousser la performance.»
-Alexandra Zvezdin
Elle est d’ailleurs retournée à la Coupe du monde de Boí Taüll cette année, pour se mesurer aux meilleures dans les épreuves de course individuelle et de sprint.

En plus de ses exploits à Orford, elle a remporté cette saison le bronze en course individuelle et l’argent au sprint à la Coupe Castle Mountain, en Alberta.
Sport complexe
Comme le définit la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade, le ski-alpinisme est le volet compétitif du ski de montagne, «qui se pratique dans des environnements montagneux, où les remontées se font de façon autonome, par exemple à l’aide de peaux d’ascension collées sous les skis».
Les courses comptent des portions de montées, de descentes et sollicitent des compétences d’alpinisme.

«C’est un sport qui est tellement complexe, explique l’athlète de 27 ans. Ça prend une grosse VO2 [quantité maximale d’oxygène que le corps peut utiliser lors d’un exercice intense], une grande endurance, des habiletés techniques en descente, des habiletés super techniques en transition. Ce n’est pas juste d’avoir de bons poumons. Ça prend un engagement mental, il faut être capable de se recentrer à la transition, après un gros effort en montée.»

Pro du sprint
Il existe diverses d’épreuves en ski-alpinisme, qui exigent des entraînements tout aussi différents. Bien qu’elle varie les épreuves auxquelles elle participe, Alexandra Zvezdin a fait du sprint sa spécialité.
Avec le relais mixte, le sprint est l’une des deux épreuves qui ont fait leur entrée aux Jeux olympiques. Il est constitué d’une ou de plusieurs montées en peaux, une section à pied et une descente à travers un parcours tracé par des portes, qui peut comporter des sauts ou des bosses. Le dénivelé total est de 70m.

Une séance d’entraînement type pour s’y préparer : échauffement de 30 minutes, suivi d’intervalles très courts à haute vitesse, décrit la Brossardoise.
«Je vais essayer de courir sur mes skis en montée, le plus rapidement possible. Dans le temps de repos, j’enlève les peaux, je descends, puis je recommence. Les qualités que je vais rechercher, c’est d’être explosive, puissante et être capable de récupérer entre chaque intervalle.»
À la Coupe des trois sommets, elle a obtenu la première place grâce à un temps de 3m33s.
Selon Alexandra Zvezdin, le Québec offre de très beaux terrains de jeux pour ces entraînements et pour s’amuser. «Il y a des sentiers de montée à Bromont, Orford, Sutton. La montée est permise en bord de pistes, ça facilite l’entraînement. Ensuite, pour jouer dans la montagne, il faut aller plus loin, comme en Gaspésie.»
1h10 d’efforts
Ses entraînements à l’Institut national du sport lui donnent accès à une chambre d’altitude, qui permet de se préparer à des épreuves en hautes montagnes. «J’ai accès à la salle de ski sur tapis… même si c’est un peu moins alléchant! Mais c’est bien pour faire des intervalles longs.»
La course individuelle, par exemple, compte au moins trois ascensions et trois descentes. Elle doit avoir au moins 1300m de dénivelé positif et contenir une section de randonnée à pied avec les skis sur le dos. Les meilleurs parcourent la vingtaine de kilomètres, environ, en 1h30. «C’est l’épreuve qui se rapproche le plus du ski-alpinisme», résume Alexandra.
À Orford en février, elle a mérité l’or avec un chronomètre de 1h11m50s.
Les athlètes pratiquent aussi assidûment chacune des transitions qui jalonnent une course, afin de gagner de précieuses secondes. «Chaque transition, comme enlever les peaux, on les pratique l’été aussi, relate la sportive. On pratique ça dans le salon! Ça devient un automatisme.»
Expérience olympique
La Brossardoise a commenté les épreuves de ski-alpinisme des Jeux olympiques de Milan-Cortina, en direct des studios de Radio-Canada à Montréal. Une expérience qu’elle a adorée.
«C’était vraiment génial. J’avais la chance de travailler avec Sébastien Boucher, qui a énormément d’expérience. J’étais là pour analyser ce que les athlètes faisaient durant les épreuves, comme les erreurs de manipulation, et faire comprendre le type d’efforts qu’ils peuvent vivre.»
Elle trouve triste que le Canada n’ait pas été de ces compétitions. N’ayant pas pu se classer parmi les meilleurs, il se battait contre les États-Unis pour le quota continental – un seul pays d’Amérique du Nord pouvait se tailler une place. Le Canada a perdu cette chance à la Coupe du monde en Utah, en décembre.
Des vacances
Alexandra Zvezdin compte bien l’an prochain prendre part aux Championnats du monde, qui ont lieu aux deux ans. «J’aimerais faire une belle performance sur le sprint», aspire-t-elle.
Elle espère aussi retourner à la Coupe du monde de Schladming (Autriche), de même qu’à celle de Courchevel (France), si celle-ci figurera au calendrier.
Pour cette saison, l’athlète prend «une pause de coupes du monde».

L’entrevue précédait ses vacances, lors desquelles elle s’envole avec des amies pour Chamonix.
«On va skier, pour le plaisir. On va aller jouer dans les hautes montagnes, sur les glaciers, dans les couloirs, on va faire des cordes [alpinisme], la vraie patente!, lance-t-elle avec enthousiasme. J’ai vraiment hâte!»
L’équipement
Les skis : «Ils sont comme ceux du ski de montagne, donc hors-pistes, mais une version très légère. Ils ne sont pas larges (65 au patin), avec une fixation Tech, rapide. Et on peut faire une descente alpine.»
Les bâtons : «Plus longs qu’en ski alpin, plus courts qu’en ski de fond. Les miens font 130 cm, et je mesure 170 cm.»
Les peaux : «Les poils unidirectionnels permettent de s’accrocher en montant, en allant à l’encontre des poils. On met la peau sur les skis. Ça s’accroche au bout du ski et il y a une bande adhésive juste en dessous, donc on la colle sur la longueur du ski.»



Cette semaine je regarde les paralympiques et je suis épatée par tous ces athlètes qui ont rêvé + plus pour leur destiné, il en faut de la discipline et de la rage. L’article de madame Alexandra Zvezlin en rajoute. Bravo à tout ce monde qui ne se laisse pas imposer leur vie, et nous donne une leçon de dépassement. 👍