Sans doute comme la grande majorité des femmes qui entrent dans un gym de kickboxing, la station que préfère Caroline Pernon est celle consistant à frapper avec vigueur sur le mannequin «Bob». Et ce n’est ni son ataxie, ni son fauteuil roulant qui vont l’en empêcher.
«J’aime la boxe! J’aime l’atmosphère avec les filles, tout le monde s’encourage. Et je me défoule sur Bob!» lance la jeune femme dans un rire.
Depuis environ neuf mois, Caroline Pernon est une habituée du 30 Minute Hit, dans l’arr. de Greenfield Park. À son premier essai, elle a été entraînée par le copropriétaire Chris Keays, et a aimé son expérience.
La Longueuilloise admet avoir connu quelques craintes au départ. «J’ai toujours une petite réticence, je me demande comment on peut adapter les choses. Ce n’est pas toujours évident, mais Chris a bien fait ça!»
«Il fallait voir quelles étaient les capacités de Caroline, mais on s’est aperçu qu’elle pouvait en faire plus que ce qu’on croyait, ajoute Chris Keays. On a vu une extrême amélioration dans sa puissance et sa confiance. Elle est prête à repousser les limites et c’est ce qu’on veut.»
Rester debout
Durant l’entraînement auquel le journal a assisté, Chris aide Caroline à se lever de son fauteuil ou encore à se coucher sur un tapis pour un exercice. Il reste près d’elle pour l’aider au besoin à maintenir son équilibre.
«Le plus difficile était principalement de me lever, explique Caroline. Je ne veux pas tomber et me faire mal. Je sais que je peux faire confiance à Chris et son équipe. Je peux me lever à certaines stations et m’appuyer, mais rester debout est pour moi un défi.»

Sa plus grande fierté est d’ailleurs de pouvoir assaillir Bob de coups de poing en demeurant debout, alors qu’elle complétait initialement cet exercice en position assise.

À la station dédiée aux uppercuts, Caroline s’appuie sur le dessus du coussin entre chaque coup qu’elle donne. «Ça travaille beaucoup de muscles : les bras, les abdos, les jambes», détaille l’entraîneur.
Caroline arrive même à donner des coups de pieds, à la station de «turtle kicks». Pour effectuer cet exercice, il faut être couché sur le dos, les jambes repliées, puis donner des coups de pied sur un coussin en position verticale.

«Ça me rend plus forte et c’est bon d’avoir un poids qui se maintient, indique Caroline, à propos de son entraînement. En chaise, ça pourrait être autre chose!»
Les exercices sont adaptés à sa condition, mais ne sont pas moins exigeants. Chris souligne au passage le soutien de l’entraîneuse Valérie Hartnell, qui a beaucoup travaillé avec Caroline. «Je leur lève mon chapeau. Valérie amène beaucoup d’idées. Il y a toute une équipe derrière ça.»


La simple présence de Caroline au gym – et l’accompagnement qu’elle reçoit – servent en quelque sorte d’éducation et envoient un message, selon Chris Keays. «On montre que même avec un handicap, on peut se dépasser.» Par sa discipline, la jeune femme devient aussi une source de motivation.

Défis
Caroline Pernon est atteinte d’ataxie, une maladie évolutive. Elle explique que son cervelet est plus atrophié, ce qui affecte les connexions neurologiques. Elle se déplace en fauteuil roulant depuis quatre ans, après avoir utilisé un déambulateur, et auparavant des bâtons.
«Je faisais beaucoup de randonnée pédestre, mais en fauteuil, c’est plus dur! J’étais déjà active, et mon médecin dit que c’est bon. Le seul inconvénient est que je suis portée à me pousser beaucoup, et parfois, ça peut être trop. Mais je me dis : c’est moi qui vis avec!»
Autonome dans ses tâches quotidiennes à la maison, elle doit toutefois se fier au transport adapté pour ses déplacements. Un service pratique, mais qui ne vient pas sans quelques inconvénients. «C’est tout le temps un casse-tête», résume Caroline.
Chaque déplacement doit être prévu à l’avance, et une marge de 30 minutes est allouée au service pour l’heure d’arrivée, ce qui peut se traduire par de longs moments d’attente. «Des fois, ils m’oublient», relate-t-elle.
Elle ajoute aussi que l’un des grands défis a été d’avoir droit au transport adapté. «On a refusé deux fois ma demande car on jugeait que j’étais capable [de me déplacer seule].»
L’accessibilité des lieux publics demeure aussi un enjeu, observe-t-elle. «Des fois, on me dit : «il y a juste une marche». Mais ce n’est pas toi qui la montes, c’est moi! Trois marches, sans rampe, c’est dur! Alors on s’appuie et on s’arrange, ou on n’y va pas.»
Accepter sa condition
Travailleuse sociale de formation, Caroline Pernon agit aujourd’hui comme bénévole, à raison de deux jours par semaine, au centre de réadaptation qu’elle a elle-même fréquenté. Elle guide les patients qui y entrent, pour les diriger au bon endroit.
«Je suis confrontée à deux choses : des gens sont contents, et d’autres m’ignorent. Parce que je suis en fauteuil, ils pensent que je ne peux pas leur répondre.»
«C’est comme partout, poursuit-elle. Il y a des gens au centre d’achat qui vont me pousser parce qu’ils trouvent que je ne vais pas assez vite! Des gens veulent m’aider, mais n’aident pas parce qu’ils me bloquent…»
Ces petites critiques ne sont toutefois nullement représentatives de l’attitude positive qu’adopte Caroline Pernon au quotidien.
«Je suis à l’aise de dire ce que j’ai. Il faut accepter notre état, notre situation. Ce n’est pas toujours évident, mais personne ne peut le faire pour moi», signifie-t-elle.
Elle remarque aussi que les gens éprouvent souvent un malaise face à son fauteuil roulant. Ils n’osent pas toujours l’aborder, craignant qu’elle ne puisse parler, par exemple, ou qu’elle soit limitée dans certains mouvements. «Les gens sont plus portés à venir vers nous quand ils voient qu’il y a une ouverture», remarque-t-elle.
À cet égard, son entraîneur mentionne à quel point le sourire qu’elle arbore à chacune de ses visites est contagieux.
«J’aime rire, ça fait partie de moi, mentionne Caroline. C’est une manière de rester positive.»

