Texte du Brossard Éclair

COMMERCES. Les nouveaux restaurateurs ne sont pas toujours prêts à assumer les nombreuses tâches administratives reliées à leur commerce. Pour le propriétaire d’un établissement du boul. Taschereau, les trois premières années de son entreprise ont été un véritable casse-tête administratif.

Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), plus une entreprise est petite, plus les propriétaires doivent consacrer de leur temps aux tâches administratives. Le directeur des affaires provinciales de la fédération, François Vincent, affirme que la 2e priorité des entrepreneurs est le fardeau administratif et règlementaire, qui vient juste après le fardeau fiscal.

«Les propriétaires des petites entreprises sont des hommes-orchestres, encore plus précisément dans le milieu de la restauration. Le propriétaire est celui qui doit se retrouver dans le labyrinthe de la règlementation.»

M. Vincent explique que pour beaucoup d’entrepreneurs, les heures consacrées à la paperasse ont un impact sur la croissance de leur entreprise.

«Le premier objectif des restaurateurs est d’être conforme à la règlementation, une tâche qui passe même avant celle de trouver de nouveaux clients, soutient-il. S’ils ne suivent pas toutes les lois, ils sont en tort. Ils ne sont pas des experts en paperasserie. Une simplicité règlementaire aiderait les entrepreneurs à faire prospérer leur commerce, ce qui profiterait à toute la communauté.»

Tout un casse-tête

Propriétaire d’un restaurant du boul. Taschereau depuis maintenant 8 ans, M. Lemay rapporte que les trois premières années de son restaurant ont été un véritable casse-tête.

«Même si j’avais un comptable compétent et une certaine base en administration, il me manquait toujours un papier. J’ai dû attendre 10 mois avant d’avoir mon permis d’alcool et je ne vous parle même pas de tout ce que nous avons dû modifier lors de la mise en place des systèmes de facturation MEV (module d’enregistrement des ventes)», explique le restaurateur.

Selon les membres de la FCEI, il serait possible de diminuer de 30% le fardeau règlementaire sans affecter la protection du public.

Perdre goût au commerce

Certains propriétaires perdent goût aux affaires. Au Canada, près de la moitié d’entre eux ne souhaitent pas que leur enfant reprendre l’entreprise familiale en raison de la lourdeur bureaucratique, explique François Vincent.

«Ils aiment leur business, mais le prix à payer n’en vaut pas la peine. Ils ne sentent pas qu’ils peuvent mettre les efforts sur ce qu’ils aiment parce qu’ils sont pris à remplir des formulaires.»

Le propriétaire d’un café du boul. Simard, qui a préféré garder l’anonymat, est d’avis que le métier de restaurateur est ardu et démoralisant par moments.

«Je me demande souvent si je ne serais pas plus heureux dans un autre domaine, mais tant que j’ai la passion, je vais continuer. Si on pouvait nous épargner les interminables tâches administratives, j’aurais bien plus de temps pour ma famille», explique le travailleur, qui franchit la porte de son commerce à 6h et ne la referme que 14h plus tard.

Trois paliers de gouvernement

Il est facile de se perdre dans les différentes normes imposées aux restaurateurs par les trois paliers de gouvernement. L’outil PerLe, conçu par le gouvernement fédéral, regroupe toutes les règlementations d’un secteur d’activité, par ville. Mais seulement 52 municipalités se retrouvent dans la liste et Brossard ne fait pas partie du lot.

À titre d’exemple, l’outil permet de savoir que pour exploiter un restaurant à Laval, un propriétaire doit s’assurer d’être conforme aux 8 permis municipaux, 24 provinciaux et 17 fédéraux.

François Vincent a par ailleurs visité le site web de la Ville de Brossard et constate qu’il est difficile d’y trouver les renseignements nécessaires pour se lancer en affaires. «Ça prend un lieu où toute l’information se retrouve. Nous encourageons les municipalités à créer une politique d’allègement règlementaire pour les commerces de leur territoire.»

Selon le vice-président Affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurateurs du Québec, François Meunier, les restaurateurs doivent conjuguer avec une règlementation municipale de plus en plus contraignante. «Dans certains cas, ils doivent composer avec une cinquantaine de procédures, lois et règlements de toutes sortes.»Assurer l’avenir financier de ses employés

Assurer l’avenir financier de ses employés

Comme la plupart des entreprises de cinq employés et plus, les restaurants devront offrir le régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) à leurs employés à partir du 31 décembre  2016. Une tâche supplémentaire qui ne plait pas à tous.

Certains entrepreneurs membres de la FCEI se demandent pourquoi ce rôle de «bon père de famille» leur revient, alors que la retraite est un principe personnel.

«Quand on est propriétaire, c’est quelque chose que l’on doit toujours garder en tête et c’est exigeant, soutient François Vincent. Il y a bien d’autres défis dans l’entreprise, dont la gestion des ressources humaines, la fluctuation de la clientèle et l’amélioration de son service.»

Propriétaire d’un restaurant du boul. Taschereau, M. Lemay est d’avis que de lui imposer de prendre ses employés par la main pour qu’ils mettent de l’argent de côté est aberrant.

«Je comprends que pour certains types d’entreprises ça fonctionne, mais en restauration le roulement d’employés est trop élevé. Il est rare qu’un serveur ou qu’un cuisinier reste plus de trois ans au même endroit. Ce sera toujours à recommencer.»