Lorsque Alexandre Sylvestre a marché, pour la toute première fois, jusqu’au tapis posé sur la glace du Centre Bell, puis a chanté les hymnes nationaux devant 20 000 partisans du Canadien de Montréal, il a vécu l’expérience «la plus stressante de sa vie».

«Je ne vous dirais pas que j’en ai profité, mais ç’a bien été», laisse tomber Alexandre Sylvestre, attablé dans la salle des enseignants de l’école secondaire Saint-Edmond à Longueuil, où il enseigne la musique.

Quelques jours à peine avant cette soirée de match pré-saison de septembre 2019, le chanteur d’opéra ignorait encore qu’il allait vivre son baptême du Centre Bell. Tout est arrivé très vite. Un membre de l’organisation des Canadiens, qui avait écouté son démo maison envoyé des mois plus tôt, lui a écrit en lui proposant un essai.

«Là, je regarde l’horaire sur le site… C’est un match contre Tampa Bay. Ça veut dire qu’il faut que j’apprenne aussi l’hymne américain! Mais je n’ai jamais chanté ça de ma vie!» relate celui qui détient une maitrise du Conservatoire de musique en interprétation de chant classique.

«Normalement, on va faire des répétitions sur deux semaines ou quelques jours. Quand il faut le faire par cœur, on a quand même un laps de temps pour tester la mémoire, explique-t-il. On dit ensuite qu’on va «casser» une pièce en concert. Après, on dirait que c’est installé.»

«Là je me disais : OK, je vais casser ma mémoire devant 20 000 spectateurs!»

(Photo: gracieuseté)

Et accessoirement, des dizaines de milliers de téléspectateurs.

«Il faut que tous les mots te restent en tête. Au début, je le faisais a cappella. Il faut que tu donnes la note au travers de toute la foule qui crie. Il faut que tu prennes la bonne note au départ parce que si tu pars trop haut, tu es mal pris», précise-t-il.

Depuis, Alexandre Sylvestre est devenu un habitué, figurant au nombre des quelques chanteurs invités. S’il s’est produit à quelques reprises a cappella, il est maintenant accompagné de l’organiste Diane Bibaud. «C’est moins stressant un peu. Et c’est le fun, on a l’impression qu’on fait de la musique ensemble.»

Le public a pu entendre le barython-basse l’an dernier durant les séries éliminatoires, de même que lors des toutes dernières séries, qui ont enflammé le Québec. Une expérience tout aussi galvanisante pour le chanteur.

«C’est indescriptible! Ça perce les os. Tu as les gens qui crient, ça fait juste te happer. Tu le sens dans tes pores de peau, tellement c’est fort. C’est agréable aussi parce qu’à l’Oh Canada, souvent, tu as une espèce de chœur de vingt-quelques mille personnes qui chantent avec toi.»

Alexandre Sylvestre (Photo : Le Courrier du Sud)

Une fois par année depuis 2024, des élèves de l’école Saint-Edmond ont la chance d’accompagner Alexandre Sylvestre et d’interpréter les hymnes nationaux aux tuba, trompette, trombone, cor français et percussions.

«C’est une belle journée parce que je les amène à la cafétéria des journalistes, on fait un test de son sur la glace dans l’après-midi. Ils se promènent dans les entourages du Centre Bell. Souvent, Pierre Houde vient nous voir. Je pense que sa fille fait de la musique aussi.»

Leurs prestations se sont toujours bien déroulées. «Ils sont bien préparés. Ils savent quand même que je mène la barque. Ils me suivent.»

Transmettre sa passion

L’enseignement est relativement récent dans la vie d’Alexandre Sylvestre. Fort de sa formation classique, il a été de grandes productions telles que la Bohème, Le Barbier de Séville, Roméo et Juliette, et a foulé les planches à New York et Washington. L’an dernier, le chanteur d’opéra était d’une production de l’Opéra de Montréal.

En 2014, il a entamé un baccalauréat en enseignement de la musique, après une année où les contrats venaient plus tranquillement. Il a commencé à enseigner en 2021 à l’école Saint-Edmond, qui offre un programme pédagogique particulier en musique.

Si ce nouveau métier a l’avantage de lui offrir une plus grande sécurité, c’est la passion qui anime Alexandre Sylvestre au quotidien.

(Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

«C’est surtout l’expérience humaine, de rencontrer des jeunes dans une période de leur vie qui n’est pas nécessairement facile, dans une période où ils ont encore la curiosité pour la plupart. La musique, ça me donne quand même un éventail de possibilités avec l’actualité, avec d’autres sphères, d’autres matières. La musique a cette grandeur-là de pouvoir aborder plusieurs sujets.»

On y retrouve des ensembles à vent et à cordes, tous deux davantage axés sur le répertoire classique. Les élèves du programme suivent un cours de musique par jour. Dans ces cours de groupe se greffent parfois des spécialistes, donnant lieu à des cours spécifiques à chacun des instruments.

Le chant choral est aussi souvent intégré à l’enseignement. «Ce n’est pas obligatoire, mais fortement recommandé. Parce que ça forme de meilleurs musiciens quand ils sont capables de chanter. Ils développent l’oreille.»

Alexandre Sylvestre, avec un groupe d’élèves de cinquième secondaire. (Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)