En parlant avec Danielle Lefèvre et son entraîneuse Hélène Labarbe, on retrouve par moment un discours typique d’athlète : l’importance de rester soi-même, de l’aspect mental du sport, de ne pas avoir de regret au cours de la compétition. Mais Danielle Lefèvre n’est pas une athlète comme les autres. À 73 ans, elle participera à un premier championnat du monde, en escrime. Et elle prend le tout à cœur!
C’est le hasard qui a mené Danielle Lefèvre à l’escrime à la fin de la cinquantaine. Auparavant, elle n’en avait jamais fait. D’autres sports? «Je faisais de l’aérobie dans les années 80, 90. J’ai toujours été active quand même! Il faut que je marche, que je bouge!» répond-elle.
On comprend donc que le sport de compétition est arrivé dans sa vie en même temps que l’escrime, dans la salle du Club d’escrime Olympia de Longueuil.
«Mon fils avait un ami qui était inscrit ici. Je l’accompagnais, je le voyais et ça me plaisait. J’ai demandé si je pouvais en faire et on m’a dit oui. Au début, ce n’était pas très évident! J’ai persévéré et c’est vraiment devenu une passion», raconte-t-elle fièrement.
Une vie d’athlète tardive
Combien y a-t-il de femmes de 70 ans et plus qui pratiquent l’escrime de compétition? «Au club, elle est toute seule. Au Québec, elle est toute seule. Au Canada? Elle est toute seule également!» résume son entraîneuse.
«Je pense qu’il y en a une autre en Colombie-Britannique…» remarque Danielle Lefèvre, qui tente de relativiser son exploit. Mais la Britanno-Colombienne ne fait pas de compétitions comme elle.
«Quand j’avais dans les 60 ans, j’étais la seule aussi! Maintenant, il y en a une bonne dizaine au Canada, et il y en a au Québec aussi. Ç’a fait des émules», dit-elle en souriant.

Elles seront toutefois 38 à se disputer la victoire dans la catégorie 70 ans et plus au championnat du monde vétéran d’escrime à Manama, au Bahreïn.
Danielle Lefèvre sera en compétition le 16 novembre pour le volet individuel et le 17 en équipe. On la sent d’ailleurs fébrile à moins d’une semaine de son départ pour le Bahreïn, mais elle a pu compter sur de nombreux appuis en amont de la compétition, notamment de la préparatrice mentale qui a aidé l’équipe qui est allée aux plus récents Jeux olympiques.
«Je sais très bien que plein de gens vont me regarder et moi je dois me focaliser sur mon adversaire. Je vais y arriver, je vais y arriver, je vais y arriver, boum boum, je me le rappelle tous les jours!» soutient celle qui est également surveillante sur l’heure du midi à l’école secondaire Gérard-Filion.
Des attentes?
Sur ses attentes au Bahreïn, Danielle Lefèvre ne parle pas de victoire ou de défaite.
«Moi, je pars parce que je me trouvais en forme et je me suis dit : c’est le moment! Je veux me dépasser. Si je commence à dire que je gagnerai l’or, je ne le gagnerai pas! Je veux faire le meilleur résultat possible, pour que mon club soit fier aussi», dit-elle.
«Pour que tu sois fière de toi!» intervient Hélène Labarbe, qui se réjouit qu’enfin son athlète ait un peu l’attention sur elle. «Quand on a donné toute notre vie pour notre famille, notre travail, là d’avoir du temps pour elle pour briller. Je souhaite seulement qu’elle ressorte d’elle fière, autant que nous on l’est.»
«J’ai une nièce qui me dit : mais quelle fierté matante!»
– Danielle Lefèvre
S’il s’agira de son premier championnat du monde, Danielle Lefèvre a participé à plusieurs compétitions depuis qu’elle s’est initié à l’escrime, notamment des championnats canadiens, canado-américains ou même les Jeux du Commonwealth. Ces compétitions ne présentent pas toutes des catégories par âge et elle doit parfois combattre dans une simple catégorie 40 ans et plus.
«Je me bats tout le temps contre des 40 ans!» assure-t-elle d’ailleurs. «Ça m’est arrivé d’arriver dernière parmi les 40 ans et plus, mais j’étais contente des touches que j’avais faites!»
«Quarante ans, c’est 30 ans de différence au niveau physique. C’est pas la même chose quand même! Déjà, affronter ces filles-là à répétition, c’est un défi, mais elle prend ça vraiment à cœur et elle s’entraîne très fort», ajoute son entraîneuse.

« Ça tient la cognition alerte! »
Danielle Lefèvre soutient par ailleurs que l’escrime est un bon sport pour les personnes plus âgées.
«On dit que c’est comme jouer aux échecs en courant un marathon. Donc, très physique, mais aussi très mental! L’avantage pour les personnes plus âgées, c’est que ça tient la cognition alerte! Et la condition physique, je suis sûre que je suis en meilleure condition physique aujourd’hui que quand j’ai commencé», estime-t-elle.
Depuis un an, le Club Olympia offre un groupe spécial pour retraités. La dizaine de membres n’avait aucune expérience d’escrime.
«J’ai des gens pas très en forme! Mais on adapte. Je ne demande pas la même chose que je demande à Danielle. On travaille beaucoup la stratégie, la tactique, et après, tranquillement, on gagne en souffle. La première fois, on prenait une pause après chaque combat. Maintenant ils clanchent leur heure au complet!», affirme Hélène Labarbe.
Lorsqu’on demande à Danielle Lefèvre combien de temps encore elle se voit pratiquer l’escrime, sa réponse est claire.
«Jusqu’à tant que je peux! Quand je suis allée aux Jeux du Commonwealth, j’ai tiré contre une nanny anglaise de 87 ans, qui s’appelait Connie Adam. Et elle était très bonne, très très bonne! Elle a arrêté à 91 ans et est décédée à 93 ans.
«Alors moi, je n’arrête pas!» lance-t-elle.
| Trois athlètes Ils seront trois athlètes du Club Olympia de Longueuil à participer aux championnats au Bahreïn : – Danielle Lefèvre, à l’épée, chez les 70 ans et plus – Jean Dupuis, au fleuret, chez les 60 ans et plus – Anna Bulanova, à l’épée, chez les 40 ans et plus |
