Depuis le lancement de la Cellule Éclair, Amélie Gilbert estime que les intervenants sont de plus en plus efficaces afin de prévenir des drames familiaux comme des féminicides. Néanmoins, dans les dernières années, les femmes tuées en contexte conjugal dans la région n’étaient souvent pas connues des ressources. C’est pourquoi la cellule lance une opération de sensibilisation destinée aux proches.

La Cellule Éclair a été fondée il y a un peu plus de cinq ans en Montérégie-Centre et Montérégie-Est afin de prévenir les homicides intrafamiliaux comme les féminicides, les infanticides (enfants) ou les parricides (parents).

Si les intervenants sont bien rodés dans le domaine, la coordonnatrice de la cellule Amélie Gilbert estime qu’il est important d’outiller également la population face aux signes avant-coureurs de ces homicides.

«Sur notre territoire dans les dernières années, on a remarqué que les personnes assassinées ou l’auteur du crime étaient souvent totalement inconnus des ressources comme les maisons d’hébergement, centres de crise ou dans le réseau de la santé. À ce moment-là, qui auraient pu voir certains signes? Ça reste l’entourage, la famille, les amis, les collègues de travail», soutient-elle.

Une capsule vidéo a ainsi été réalisée afin de mettre en lumière le rôle que peuvent jouer les proches dans la prévention. «On doit tous se sentir concerné par la problématique. Parler à un proche ou à une ressource, ça peut vraiment changer le cours des choses», indique la coordonnatrice.

Les signes

Quels sont ces signes avant-coureurs exactement? Amélie Gilbert en note quelques-uns, dont un proéminent : le refus de la séparation.

«80% des féminicides arrivent dans un contexte de séparation. Et c’est surtout un homme qui refuse la séparation», note-t-elle.

Parmi les autres signes : un antécédent de violence conjugale dans le couple, des comportements obsessifs, des accès de colère, une augmentation dans la fréquence et la sévérité des comportements violents et des discours menaçants.

Amélie Gilbert souligne aussi la menace suicidaire. «C’est peut-être la porte qu’on voit un peu moins. Le suicide est parfois moins tabou, donc l’homme peut parler de ses idées suicidaires. C’est d’important de poser la question : est-ce qu’il y a d’autres personnes incluses dans ton plan?» 

Celle-ci trouvait par ailleurs important dans la capsule que la sensibilisation soit axée sur l’homme.

«La sécurité des femmes et des enfants ne devrait pas juste reposer sur les femmes et les enfants. Il faut considérer qu’il y a un homme qui commet ce geste-là. Que ces hommes-là, on voit quand même venir leur détresse», affirme-t-elle.


En avant, Amélie Gilbert de la Cellule Éclair. À l’arrière, Michèle Fog et Eliane Legault-Roy de l’entreprise bête féroce, qui a aidé à la réalisation de la vidéo, ainsi que Marie-Christine Plante, de l’organisme Carrefour pour Elle. (Photo : Le Courrier du Sud – Michel Hersir)

Une centaine de cas par année

Invitée à faire le bilan des cinq années de la Cellule Éclair, Amélie Gilbert note d’abord comment les acteurs de la cellule sont pratiquement restés les mêmes depuis le début.

«On a appris à se connaître, à travailler ensemble. Alors, on arrive à faire des cellules d’intervention rapide encore plus efficaces. Mais maintenant, il y a tellement de travail qui est fait beaucoup plus en amont parce que les gens se connaissent, se parlent et partagent l’information», souligne-t-elle.

Par année, la coordonnatrice reçoit environ une centaine d’appels des organisations. De ces appels, la cellule travaille concrètement sur une cinquantaine de situations en concertation.

Elle explique aussi comment la cellule s’informe sur les nouvelles lois ou initiatives comme celle des bracelets anti-rapprochement ou le récent projet de loi Gabie Renaud. Toutes des initiatives qui font avancer la cause, croit-elle.

«On voit que ça aide sur le terrain. Il n’y a pas une mesure miracle, mais on se dit que plus on en met, plus on en additionne, plus on améliore le filet de sécurité autour des personnes», remarque-t-elle.

Aux partenaires initiaux de la cellule comme le Service de police de l’agglomération de Longueuil ou les organismes pour femmes et pour homme comme le Carrefour pour elle et l’Entraide pour hommes se sont greffés au cours du temps d’autres organismes, qui œuvrent entre autres en santé mentale ou avec les nouveaux arrivants.

Une entraide qui a fait ses preuves, soutient Amélie Gilbert.

«Les intervenants ne restent plus seuls avec leurs inquiétudes. On va chercher l’avis des autres, quand on se dit « il me semble que je ne suis pas à l’aise », on va vers nos partenaires, on se consulte, puis c’est là qu’on trouve encore plus de solutions», constate-t-elle.