Le 12 février, Le Courrier du Sud avait convié la Longueuilloise Léa Jarry au Bungalow Bar pour discuter de la sortie de Foraine, son troisième album.

C’était une journée ensoleillée de février, de celles qui donnent envie de prendre un petit congé personnel pour prendre un bol d’air prolongé. Belle comme le jour dans une simple veste de denim, l’autrice-compositrice-interprète qu’on associe au courant « new country » avait laissé bottes et chapeau au placard.

D’ailleurs, c’est quoi sa définition du « new country »?

En entrevue au Bungalow Bar (Photo – Joëlle Bergeron)

« Ça peut prendre plusieurs formes, explique-t-elle. Pour moi, c’est un country teinté d’autres styles. Il y en a qui vont vers le country rock; moi, je tire plus vers le country folk. »

Un genre hybride, donc, qui s’inspire librement d’influences variées. Et si le country connaît actuellement un regain de popularité — notamment auprès de la génération Z — Léa Jarry y voit le résultat d’un mélange de facteurs.

« Quand j’étais au secondaire, je me cachais pour écouter du country! Ce n’était vraiment pas à la mode », lance-t-elle en riant. L’accessibilité accrue à la musique américaine, l’arrivée d’artistes plus jeunes abordant des thèmes contemporains — loin des clichés du « pick-up, femme et Jésus » — et même le retour en force de la danse en ligne et de l’esthétique western participent, selon elle, à cette effervescence.

La rencontre déterminante avec Connor Seidel

Pour Foraine, Léa Jarry a collaboré avec le réalisateur Connor Seidel, un nom qui revenait souvent dans les crédits des chansons qu’elle aimait.

« Peu importe l’artiste, son nom revenait. Je trouvais qu’il avait une grande sensibilité. Il ne fait pas toujours la même recette. Il met en lumière ce que l’artiste veut vraiment. »

Leur première rencontre? Un café à 9 h du matin, un peu stressant — et bilingue. « Lui me parlait en anglais, moi je répondais en français. » De cette complicité est né un album qui dépasse même ce qu’elle avait imaginé. « C’est encore plus beau que ce que j’avais en tête. »

Plus assumée

Présenté comme un long-jeu d’où émerge une « prise de parole chaleureuse et affirmée », Foraine reflète une artiste qui s’assume davantage. « Musicalement, je suis plus à l’aise de dire ce que je veux. Avant, j’avais peur de blesser ou de dire non à une idée, mais plus maintenant. Ce qui donne un résultat qui me ressemble à 100 % », indique la femme de 36 ans.

Cette assurance transparaît aussi dans J’abandonne, une pièce née… d’une annulation de deuxième rendez-vous. « Le gars m’a dit qu’il devait aller chez le dentiste! Je me suis dit: ce n’est pas vrai que je vais perdre ma soirée. J’ai écrit une toune. » Résultat: une chanson aux airs de « diss track » dédiée à quelqu’un qui doit « avoir de belles dents bien propres ».

Une chanson non négociable

Si l’album demeure lumineux, la pièce À contre-sens aborde un sujet plus grave: le recul des droits des femmes et la montée des discours masculinistes. « Je savais que je voulais écrire là-dessus avant même qu’elle soit composée. La chanson s’est écrite toute seule. »

Touchée par les témoignages reçus depuis sa sortie, Léa Jarry estime que l’art permet d’extérioriser ces réalités trop souvent banalisées. « Si ça peut faire œuvre utile, tant mieux. »

Une histoire de racines

Le titre Foraine fait référence à la fête foraine de Baie-Saint-Paul, où ses parents se sont rencontrés en 1984. « C’est ma trame de fond. Foraine, c’est d’où je viens. » Un album lumineux, ancré dans la liberté et l’expression de soi.

Lancé le 6 février au Lion d’Or, le disque reçoit un accueil chaleureux. « Le show, c’était malade. Tellement plein d’amour. »

Quant aux spectacles à venir ? Rien d’annoncé pour l’instant. « C’est une période difficile pour les artistes au Québec. De mon calibre, en tout cas. Booker des shows, c’est plus compliqué. » Transparente, elle préfère en parler ouvertement. Son souhait le plus cher demeure simple: aller à la rencontre du public pour faire voyager son album.

Léa Jarry (Photo – Éléonore Côté-Savard)