Sébastien Lucier admet avoir un pincement au cœur en pensant à la fermeture de Vélo 2000 à Longueuil, commerce qui appartient à sa famille depuis les tout débuts. Alors qu’un projet immobilier doit voir le jour sur les lieux, il estime néanmoins qu’il était temps de passer à un autre chapitre.

C’est son père Michel qui a fondé Vélo 2000 en 1987, sur le chemin de Chambly.

«Quand j’avais 5, 6 ans, le BMX était très populaire. Je faisais de la compétition et mon père cherchait à m’acheter un vélo, mais il n’y avait pas beaucoup de magasins. Je pense qu’on était allé dans un sous-sol à Saint-Jean-sur-Richelieu. Et notre famille était très impliquée à Longueuil, mon grand-père a eu le Canadian Tire, alors mon père a décidé d’ouvrir un magasin de vélo», raconte Sébastien Lucier au Courrier du Sud.

En 1992, une deuxième succursale ouvrait sur le boul. Roland-Therrien, puis une troisième voyait le jour à Québec au début des années 2000.

Seule la succursale sur Roland-Therrien a survécu jusqu’à aujourd’hui, mais Sébastien Lucier savait ce qui s’en venait, avec la vente de l’immeuble il y a trois ans.

«On pensait être ici encore de cinq à dix ans, mais l’immeuble a été revendu et ce groupe-là avait vraiment les fonds nécessaires. […] Je pense que les travaux de démolition vont débuter cet été», indique-t-il.

C’est donc à la fin-mai que Vélo 2000 fermera ses portes définitivement.

Un projet immobilier de 525 logements locatifs sera érigé sur les lieux.


Vélo 2000 fermera en mai, après 37 ans d’existence. (Photo : Le Courrier du Sud – Michel Hersir)

Passer à autre chose

En sachant que l’immeuble allait être démoli, la famille Lucier a regardé ses options.

«Avec [la démolition], il fallait se relocaliser. On a regardé un peu partout à Longueuil, mais en même temps, depuis la Covid, c’est un peu plus difficile le marché du vélo. Ça fait quand même presque 40 ans qu’on fait ça. Donc, ça devenait une bonne opportunité de faire autre chose», explique Sébastien Lucier.

Celui-ci se rappelle de l’engouement monstre pour les sports de plein air en pleine période de Covid, en 2020-2021 – «un moment donné, le magasin était vide, on avait tout vendu les vélos», note-t-il –, mais après la folie, il y a un retour du balancier.

«L’année d’après, tout le monde avait un vélo et ceux qui n’en faisaient plus les revendaient sur Marketplace. […] Les manufacturiers se sont trouvés avec trop de stocks, avec beaucoup de liquidations, donc les marges étaient moins élevées. Ça commence à se rétablir, mais encore… » indique-t-il.

Et c’était avant l’entrée en vigueur des droits de douane imposés par le président américain l’année dernière, qui ont compliqué l’approvisionnement.

«C’est saisonnier comme industrie et il faut recevoir les vélos en janvier, février pour commencer la saison du bon pied. Et il y a des trucs qu’on a reçus en juillet. C’est une multitude de facteurs qui font qu’on a décidé de passer à autre chose», poursuit-il.

Commentaires qui font chaud au cœur

S’il se dit serein avec la décision de fermer, Sébastien Lucier rappelle tout de même qu’il a repris l’entreprise familiale à sa sortie de l’université, en 2004-2005. À 45 ans, il n’a ainsi connu qu’un seul emploi.

«C’est sûr que ça fait un petit pincement, puis j’aimais ça aussi, mais c’est tellement de sacrifices, c’est 7 jours sur 7. […] On travaillait beaucoup l’été. Là, je vais avoir le temps de faire du vélo cet été!» assure-t-il.

Quant aux clients, plusieurs sont déçus de la fermeture, mais ont témoigné de leur histoire avec le commerce.

«On a eu que des beaux commentaires. Ça fait chaud au cœur», exprime Sébastien Lucier.