Un garçon de cinquième année de l’école de la rue Bourrassa à Longueuil s’est fait piquer par une seringue souillée en jouant avec des amis sur le terrain d’une maison abandonnée, située en face de l’école. Des parents dénoncent qu’il est toujours facile d’accéder à ce terrain un peu plus de deux semaines plus tard.
Après avoir terminé l’école le 6 mai, le fils de Nadine Duguay est allé jouer au parc Jean-de-Lalande, situé sur le terrain adjacent. Puis, avec quelques amis, il est allé sur le terrain de la maison abandonnée de la rue Jean-Béliveau, où se trouvaient entre autres condoms, seringues et autres matériels d’injection.
En tentant de remettre le bouchon sur une seringue, celle-ci a glissé de ses mains et l’a piqué. Avisée par une autre maman, Nadine Duguay admet avoir paniqué sur le coup.
«C’est très dangereux. Les risques sont quand même élevés pour la transmission de maladie comme le VIH, l’hépatite C ou l’hépatite B», souligne-t-elle.
«On a été à l’urgence, il a fallu qu’il ait des immunoglobulines par injection. Il a reçu deux vaccins par précaution et dans un mois, il aura une autre prise de sang pour voir s’il y a quelque chose qui s’est développé dans son sang», poursuit Mme Duguay.

« J’en reviens pas »
L’enfant de Rachel Audet était également sur les lieux lorsque l’accident est survenu. Si celui-ci ne s’est pas blessé, elle dénonce tout de même à quel point il est encore facile, deux semaines plus tard d’accéder au terrain.
Certes, une clôture a depuis été installée. Mais comme l’ont démontré les parents au Courrier du Sud, la traverser pour aller sur le terrain a été un jeu d’enfant.
Le journal a d’ailleurs pu observer du matériel d’injection sur le terrain, près du trottoir.
«J’en reviens pas qu’on n’ait pas été plus rapide pour faire des démarches, que le terrain n’est même pas encore nettoyé depuis deux semaines, qu’à ce jour, je reviens ici et qu’on voit le matériel d’injection. […] Entre jeunes, il y a beaucoup de «t’es pas game». Il y en a eu beaucoup ce jour-là et donc plusieurs enfants ont touché à la seringue», déplore Mme Audet.
Le soir même où le garçon a été piqué, quelques parents sont allés sur le terrain afin d’identifier les éléments qui étaient dangereux pour les enfants.
«On a fait un tour visuel, puis on a ramassé avec des gants des seringues, des rasoirs et autres petits matériels d’injection. On n’a pas fait une battue pour tout ramasser les cochonneries, c’est le genre de terrain où nous-mêmes on aurait pu marcher sur du matériel dangereux», souligne Philippe Janson-Pimparé, un autre parent.
Celui-note qu’ils ont ramassé environ quatre seringues le soir de l’incident.
Alerter les autorités
À la suite de l’incident, les parents ont alerté les différentes autorités afin de sécuriser les lieux. Ils ont parlé avec l’école, les policiers et la Ville.
«Personnellement, j’ai senti une négligence», note Mme Audet, à propos de la réponse des autorités.
Après avoir été mise au fait, l’école a signalé la situation au Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) ainsi qu’au bureau de la sécurité du Centre de services scolaire (CSS) Marie-Victorin. La direction a aussi avisé la Ville de Longueuil ainsi qu’un organisme communautaire œuvrant auprès de personnes en situation de vulnérabilité afin de les sensibiliser à la situation dans le secteur.
«L’école a également fait parvenir, le 7 mai, une communication aux parents afin de les sensibiliser à la situation et de rappeler des consignes de sécurité, notamment éviter l’accès à des bâtiments abandonnés et ne pas manipuler d’objets inconnus», souligne le CSS.

Récidiviste en maisons abandonnées
La Ville de Longueuil dit quant à elle être au courant de la situation.
Elle estime que cette propriété est vacante depuis «au moins 2022» et que plusieurs interventions ont été faites avec l’ancien propriétaire. Un suivi «est assuré par l’inspecteur de façon régulière et continuera d’être effectué tant que la maison sera inhabitée», souligne-t-elle.
Selon un avis public de la Ville de Longueuil, en 2023, le propriétaire était l’entreprise 9301-7275 Québec Inc, dirigée par Lingbo Du. Cette entreprise possède ou a possédé plusieurs bâtiments abandonnés dans les dernières années à Longueuil.
Parmi celles-ci, on note l’ancien motel Oscar – qu’elle ne possède plus –, ainsi que des maisons abandonnées sur la rue Paquette et la rue Westley, dans l’arr. de Saint-Hubert. Ces deux propriétés ont fait les manchettes pour leur abandon – une à la suite d’un incendie et l’autre parce que les citoyens du quartier ont dénoncé son état.
La maison où le jeune garçon s’est piqué avec une seringue souillée appartient depuis mai 2025 à Vivesco, une entreprise en immobilier qui a réalisé plusieurs projets de maisons de ville à Longueuil.
Dans une brève conversation avec Le Courrier du Sud, le propriétaire Jonathan Belisle indique qu’une démarche est enclenchée avec la Ville afin de démolir la maison et reconstruire un immeuble. «On s’en occupe de la maison, elle est barricadée, le terrain est clôturé, tout ça», affirme-t-il.
La Ville confirme d’ailleurs que des demandes de permis sont en cours et que le propriétaire actuel a collaboré pour la sécurisation du terrain.
Inquiète
Malgré tout, les parents demeurent inquiets. Ils souhaiteraient que davantage de mesures soient prises pour la sécurité des jeunes.
«On aimerait qu’une battue soit faite sur le terrain pour s’assurer qu’il ne reste plus de matériel d’injection. Et on aimerait la démolition de la maison, parce que tant que la maison va être là, ça va rester un abri pour des actes criminels», soutient Nadia Duguay.
«Je me sens très inquiète. J’ai peur pour la sécurité de mes enfants», ajoute-t-elle.

