Le jour de son 13e anniversaire, le 6 octobre 1979, Jean Melançon a trouvé sa vocation. Cette journée-là, en fin d’après-midi, le futur directeur du Service de sécurité incendie de l’agglomération de Longueuil (SSIAL) se rend à vélo du quartier Bellerive jusqu’à la Place Longueuil qui est la proie des flammes. Fasciné par le travail des pompiers, il se jure d’en devenir un.

Quarante-six ans plus tard, celui qui a dirigé le Service de sécurité incendie de l’agglomération de Longueuil (SSIAL) pendant 12 ans quitte ses fonctions. Il relèvera désormais de nouveaux défis à la Régie incendie de l’Alliance des Grandes-Seigneuries.

«Ça fait 37 ans que je travaille pour la Ville de Longueuil. J’ai trop vu de monde partir au mauvais moment. Je voulais quitter avec la maison en ordre», confie-t-il au Courrier du Sud, depuis son bureau de la caserne 23.

Des « bottes à cuisse »

Engagé en 1988 à la caserne de la rue Saint-Charles Ouest — aujourd’hui la Maison de la Culture Marcel-Robidas —, M. Melançon se rappelle une autre époque. «Les rapports d’incendie se rédigeaient à la dactylo! On en prenait du Liquid Paper», lance-t-il en riant.

Son premier appel, il le vit accroché à l’arrière d’un vieux camion, vêtu d’un simple imperméable et de «bottes à cuisse». «Le sentiment de fierté que j’avais, c’était incroyable!»

Jean Melançon, alors jeune pompier à la caserne S dans les années 1990. (Photo : gracieuseté)

Mais déjà, les infrastructures montraient leurs limites. «On devait abaisser les roues des camions pour les faire entrer dans le garage. On était loin de la nouvelle caserne 44 inaugurée à Brossard!» souligne-t-il.

Une ascension préparée

De pompier à lieutenant en 1996, puis capitaine, chef aux opérations jusqu’à directeur en 2012, M. Melançon a passé en moyenne cinq ans à chaque grade. «Sauf celui de directeur. Ça fait 12 ans que j’occupe ce poste. Je n’aurais jamais pensé devenir directeur un jour. Ce n’était même pas imaginable!»

Jean Melançon, au troisième rang, en compagnie des pompiers de la caserne E en 1995. (Photo : gracieuseté)

S’il attribue son parcours aux retraites successives de ses supérieurs, il souligne aussi l’importance de saisir les occasions. «Quand le train passe, il faut le prendre, car il ne repassera peut-être pas une seconde fois.»

Calme et posé, il dit partir au bon moment, satisfait de la relève préparée. Son successeur, Sylvain Deschamps, avait d’ailleurs déjà été identifié comme relève possible.

De huit services à un seul

Parmi ses grandes fiertés figure l’unification des huit services d’incendie après les fusions municipales. «Avant, tu circulais en camion sur le boulevard Taschereau et on traversait un paquet de villes. Il y avait de la compétition à l’interne. Aujourd’hui, ça n’existe plus.»

Il souligne aussi l’importance de l’implantation d’un Schéma de couverture de risques et du plan stratégique sur dix ans. «Le territoire de l’agglomération se développe et il faut réussir à maintenir le niveau de service. Toutes les villes densifient. On construit en hauteur. C’est fini, les bungalows. Mais tous ces changements demandent une adaptation adéquate, explique le directeur en ajoutant que cela permet aussi aux élus de savoir ce qui s’en vient en matière de dépenses. C’est de la prévisibilité qu’on ne voit pas souvent ailleurs.»

Un pompier avec des enfants

Pour Jean Melançon, le métier de pompier est le plus beau métier du monde. On le voit ici lors de la Journée de prévention des incendies en 2024. (Photo : gracieuseté)

Deux nouvelles casernes — la 44 à Brossard et bientôt la 22 à Saint-Bruno — pourront d’ailleurs accueillir deux équipes afin de mieux répondre aux urgences.

À ce propos, le directeur affirme et répète avoir le plus grand respect pour son employeur qui a toujours été réceptif aux demandes du SSIAL. «Je veux sincèrement remercier les élus tant de la Ville que de l’agglomération pour leur écoute.»    

Le budget d’opérations du SSIAL est passé de 31,8M$ en 2013 à 52,5M $ en 2025.

Santé, sécurité et évolution du métier

M. Melançon a connu une époque où la sécurité des pompiers était secondaire. «Quand j’ai commencé, tous les services n’avaient pas d’appareil respiratoire. Et quand il y en avait, il y en avait un ou deux. On en respirait des cochonneries! Avant, si tu te mettais dans une situation dangereuse, on te donnait une médaille. Aujourd’hui, on perfectionne ta formation. C’est une autre réalité.»

Les camions aussi ont évolué. «Je m’accrochais à la barre arrière et quand on arrivait sur les lieux, ma visière était pleine de glace. Aujourd’hui, les cabines sont chauffées et climatisées. Mais ç’a un prix : une pompe-échelle coûte près de deux millions de dollars.»

Des images qui marquent

Le métier laisse aussi des traces. Jeune pompier, il a été confronté à son premier cadavre dans des circonstances brutales. «On m’a dit : Hey le jeune, viens voir ça!» Une fois monté au second étage, il se retrouve face à face avec un corps affreusement brûlé. «Ce n’était pas nécessaire de me montrer ça de cette façon-là. Mais probablement que mon officier aussi avait vu son premier cadavre de cette manière.»

Une autre intervention lui revient en mémoire : «Un laboratoire de crack avait explosé. J’ai vu un homme descendre les marches, la peau lui coulait sur le corps. Il est décédé quelques jours plus tard. Des images comme celles-là, tu ne les oublies pas.»

Heureusement, les mentalités ont changé et il n’est plus tabou aujourd’hui d’aller chercher de l’aide. «Aujourd’hui, on apporte de l’aide psychologique. Les pompiers parlent entre eux, il y a des Pairs aidants. Et c’est tant mieux», laisse tomber le directeur.

Une famille

Soudain, un appel retentit à la caserne et deux camions sortent rapidement afin de répondre à un appel. De sa fenêtre, M. Melançon regarde la scène : «Sans eux, moi, je ne suis rien. On a tous besoin des autres pour bien faire notre job. J’ai énormément de respect pour mes hommes et mes femmes. Ce n’est pas facile ce métier-là», confie-t-il.

Le directeur vante la camaraderie et l’esprit de famille qui se développent à l’intérieur d’une caserne. «Tu finis par connaître les forces de chacun. Tu sais quand un autre a besoin d’un coup de main.»

Jean Melançon en Commission parlementaire

Jean Melançon s’est illustré comme coprésident de l’Association des gestionnaires en sécurité incendie et civile du Québec (AGSICQ), président du conseil d’établissement de l’Institut de protection contre les incendies du Québec (IPIQ) et membre du conseil d’administration de l’École nationale des pompiers du Québec. On le voit ici lors de la Commission parlementaire sur la réforme de la loi sur la Sécurité civile. (Photo : gracieuseté)

«Quelquefois, je suis ici dans mon bureau et quand je regarde un camion de pompier partir à la suite d’un appel, je me dis que je suis tellement chanceux. C’est un privilège incroyable d’aider les gens. Et on veut s’assurer que nos gars et nos filles sont en sécurité et disposent des meilleurs équipements possible.»

Réalisations de l’équipe de Jean Melançon depuis son arrivée en poste comme directeur en 2013

Adoption et mise en œuvre de deux Schémas de couverture de risques incendies avec des objectifs clairs : prévention renforcée, intervention adaptée selon les risques, autoprotection et coordination régionale;

  • Investissement progressif du budget des opérations, passant de 31,8M$ en 2013 à 52,5M $ en 2025;
  • Construction de nouvelles casernes (12, 34, 41, 44), de concert avec la Direction des biens immobiliers;
  • Création du plan directeur des casernes pour la rénovation de certaines bâtiments existants et la construction future des casernes 22, 14, d’un quartier général unifié et d’un centre de formation avec tour de pratique et parcours de conduite;
  • Modernisation de nos équipements, dont l’ajout de défibrillateurs, de pinces de désincarcération, le remplacement du système de rappel, l’ajout d’un 2e habit de combat, etc.;
  • Mise en place des terminaux véhiculaires;
  • Instauration d’un minimum de 22 véhicules de pompage en devoir;
  • Remplacement de 79 véhicules du service;
  • Création de 126 postes réguliers à notre structure;
  • Renouvellement de trois conventions collectives et du protocole des cadres pompiers;
  • Optimisation des tactiques de combat incendie;
  • Mise en place de l’équipe ÉTI (Équipe technique d’intervention des mesures préventives) et de l’équipe SHR (Sauvetage hors route);
  • Mise sur pied du Bureau de la sécurité civile et gestion de nombreuses mesures d’urgence.