POSTES. La Ville de Montréal et ses alliés de Laval, Longueuil et Westmount mandatent leurs avocats pour entamer des procédures judiciaires contre Postes Canada qui veut supprimer graduellement la distribution du courrier à domicile en plaçant des boîtes aux lettres communautaires dans les grands centres urbains.
«Ce n’est pas de gaieté de coeur que nous choisissons la voie juridique, mais devant l’intransigeance de Postes Canada, c’est la seule option qu’il nous reste», a déclaré jeudi le maire de Montréal Denis Coderre.
Même son de cloche du côté des maires de la Communauté métropolitaine de Montréal. Le maire de Laval, Marc Demers, demande un moratoire le temps des élections fédérales, tandis que la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, a souligné de son côté que Postes Canada avait failli à son engagement de mener une consultation publique en bonne et due forme.
Les maires tenteront dans un premier temps d’obtenir le statut d’intervenant dans le processus judiciaire institué en Cour fédérale par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes.
La bataille juridique promet d’être ardue. Postes Canada invoque la nécessité de s’adapter au changement ainsi que des questions de rentabilité. En tant qu’entreprise de la Couronne, elle pourrait utiliser la règle du Common law « The Queen can do no wrong » (La reine ne peut pas se poursuivre elle-même).
Les municipalités du Québec opposées au projet tenteront de leur côté d’invoquer les pouvoirs des municipalités et le fait que l’entreprise de la Couronne agit dans ce dossier de façon «inconstitutionnelle et à l’encontre de la Charte des droits et libertés».
Une initiative bien accueillie
Le chef de l’opposition de la Ville de Longueuil, Robert Myles, se réjouit du changement d’approche de la Ville de Longueuil à l’égard de Postes Canada.
«J’avais réitéré ma demande de prendre acte et d’effectuer les démarches nécessaires afin que les citoyens de Longueuil ne soient pas pris avec de nombreux emplacements de boîtes postales communautaires problématiques ou dangereux, évoque-t-il. Je suis heureux pour les citoyens que la mairesse St-Hilaire m’ait enfin écouté.»
La députée de Saint-Lambert, Sadia Groguhé, a aussi salué la décision des quatre maires, considérant que le dépôt d’un recours judiciaire est une étape essentielle alors qu’une injonction des tribunaux pourrait suspendre la poursuite de travaux.
Après cette étape judiciaire, elle estime que la prochaine est de nature politique. «Le front commun politique, dont font partie les députés fédéraux du NPD depuis le début, continuera de lutter pour obtenir gain de cause dans ce dossier au nom des résidents.»
À Brossard, le maire Paul Leduc comprend les quatre maires de faire un pas de plus dans cette direction, mais estime que sa ville ne se trouve pas dans la même situation.
«Des boîtes postales ont été implantées au fur et à mesure que s’est développée Brossard, ça s’est fait dans le respect. Là où il y a plus d’échanges avec les citoyens, ce n’est pas tant sur le principe de l’implantation des boîtes postales, mais plutôt sur leur emplacement précis (pas trop près d’un parc ou d’une résidence) et sur l’aménagement paysager», fait-il valoir.
M. Leduc reconnait que l’implantation de boites postales à Montréal et même dans certains secteurs de Longueuil peut poser problème. «Je suis sympathique à leur cause. C’est une grosse bataille qu’ils entreprennent, mais ça représente beaucoup de frais d’avocats pour essayer de faire changer d’avis Postes Canada.
Pour sa part, le maire de Saint-Lambert, Alain Dépatie, n’était pas au courant des nouvelles intentions des maires de Montréal, Longueuil, Laval et Westmount au moment où le Courrier du Sud l’a contacté. Il a semblé en accord avec cette décision, rappelant que Saint-Lambert demande depuis longtemps un moratoire sur l’installation de boites postales.
Avec la collaboration d’Ali Dostie
