La récente entente avec Québec a donné la marge de manœuvre nécessaire aux médecins de famille du secteur Richelieu-Saint-Laurent, en Montérégie, pour vider entièrement la liste de patients orphelins inscrits au Guichet d’accès première ligne (GAP) sur ce territoire.
Ces patients ont été assignés à un Groupe de médecine familiale (GMF) ou à un omnipraticien.
«Le Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) fait un bon travail. Et objectivement, notre région dépasse son objectif au prorata de celui de 500 000 au Québec», se réjouit la présidente de l’Association des médecins de famille Richelieu-St-Laurent (AMORSL), la Dre Caroline Delisle.
Rappelons que Québec a conclu une entente avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, en décembre, qui se traduit par une modification de la Loi 2. L’entente inclut de nombreuses dispositions pour améliorer l’accès à la première ligne.
«Les médecins de famille veulent faire confiance à l’engagement du gouvernement d’offrir les ressources complémentaires nécessaires à l’acceptation de nouveaux patients. Ils ont donc fait leur part en réaménageant certains aspects de leurs organisations et de leurs horaires pour hausser le nombre de patients qu’ils peuvent accepter», indique la Dre Delisle.
De plus, l’entente prévoit le passage de 30% à 50% des revenus de clinique en capitation, c’est-à-dire basés sur le nombre de patients inscrits.
De 29 975 à 0 patients orphelins
Au CISSS de la Montérégie-Est (CISSS-ME), on comptait 29 975 patients orphelins, en janvier. Depuis, 19 295 patients ont été inscrits collectivement à un GMF et 10 680 individuellement auprès d’un médecin de famille.
Divers critères tels que la liste attente, la vulnérabilité, sa cote de priorité et le territoire déterminent si un patient sera assigné à un omnipraticien ou à un GMF. «Par exemple, si à Beloeil, on nous demandait 500 patients dans un GMF, c’est 40% [de patients] vulnérables, 60% [de patients] non vulnérables et on essaie de favoriser les gens du territoire», illustre Mélanie Malenfant, directrice de l’accès et de la coordination des partenariats avec la première ligne au CISSS-ME.
Depuis septembre, la proportion de personnes ayant accès à un professionnel ou à une équipe de soins de première ligne a augmenté de 6% sur le territoire. Ce sont 26 000 nouvelles inscriptions auprès d’un GMF ou d’un médecin de famille.
«Cette augmentation est le fruit des efforts soutenus des GMF, du GAP et des médecins du territoire de première ligne», souligne la conseillère aux communications Véronique Darveau.
Maintenant ses inscriptions complétées, sera-t-il facile d’obtenir un rendez-vous avec un médecin ou un professionnel de la santé?
«On l’espère!, signifie Mme Malenfant. Les GMF sont tenus à certains indicateurs d’accès, que l’on suit. On s’assure que les rendez-vous soient disponibles, dans un délai raisonnable. On a une belle collaboration de nos GMF, on n’a pas d’enjeu d’accessibilité.»
Initiatives
Parmi les initiatives du CISSS-ME pour améliorer l’accès à la première ligne, Mélanie Malenfant cite un projet en place depuis deux ans, auquel des GMF et le GAP participent.
Des plages horaires de divers professionnels de la santé (autres que les médecins) sont rendues disponibles, selon le motif de consultation des usagers.
«Si vous appelez à un GMF pour un problème musculosquelettique, on vous fait voir un physiothérapeute avant de voir un médecin. C’est une consultation de moins pour le médecin et ça lui permet de voir des patients qui ont des besoins plus médicaux», explique-t-elle.
Dans certains cas, le physiothérapeute peut effectuer le suivi, dans d’autres, le patient sera redirigé vers le médecin.
Environ 50 000 rendez-vous par an ont ainsi été donnés. «C’est un beau modèle d’accès première ligne», estime la directrice.
Il en est de même au GAP, où une évaluation par une infirmière permet de diriger le patient vers le bon professionnel.
Par ailleurs, le CISSS a beaucoup développé le protocole d’«ordonnance collective».
«Chaque milieu, selon la clientèle qu’il voit, peut identifier des ordonnances dont il a besoin, indique Mme Malenfant. Par exemple, des GMF ont demandé une ordonnance collective pour le TDAH chez les enfants, parce qu’il y avait un groupe d’enfants un peu plus important et ça répondait aux besoins.»
«Ça favorise le champ d’expertise de chacun des professionnels», ajoute-t-elle. La Montérégie-Est fait partie des régions qui recourent le plus aux ordonnances collectives.
Départs et nouveaux venus
Si l’AMORSL se désole du départ dans la dernière année d’environ 50 médecins de famille – départs qu’elle inscrit dans les suites du projet de Loi 2 – elle espère en accueillir environ 75 nouveaux en 2026.
«Nous sommes très heureux de cette arrivée de renforts. La dernière année a été extrêmement difficile, relève la Dre Caroline Delisle. Il faut continuer notre travail de réconciliation et de valorisation de la profession pour maintenir les meilleurs effectifs possibles, et ainsi améliorer l’accessibilité aux soins de santé pour les patients de la région.»

