Si le contexte économique avait rendu la sollicitation d’entreprises ardue l’an dernier, le ciel s’est montré plus radieux pour cette édition de la soirée-bénéfice du Théâtre de la Ville (TDLV) Mille éclats, tenue le 25 mars. Le milieu des affaires et le grand public ont répondu présents au diffuseur multidisciplinaire de la Rive-Sud, de sorte que 166 750$ ont été amassés.
«Les gens sont au rendez-vous, se réjouit la directrice générale Dominique Lapierre, en entrevue quelques jours avant le spectacle. On est vraiment très contents. On va avoir au moins 230 personnes de la communauté d’affaires. Pour nous, c’est extrêmement important que la communauté d’affaires locale soit impliquée pour faire rayonner de la culture.»
«On a quand même un théâtre qui est très important sur le territoire, tant au niveau économique que social et culturel. Ça fait du bien de voir que les gens sont présents», renchérit-elle.
Ce succès n’est pas non plus le fruit du hasard, alors que le TDLV a recruté deux personnes pour veiller au financement privé. «Elles ont fait un travail incroyable dans les derniers mois. On a un comité d’honneur qui a été très actif également, j’ai une équipe extraordinaire.»
Ainsi, 650 personnes étaient réunies dans la salle Pratt & Whitney pour ce spectacle créé spécialement pour l’occasion, sous la thématique des duos. Éric Bruneau et Kim Lévesque-Lizotte ont repris des chansons qu’ils ont chantées à En direct de l’univers. Ils y sont allés quatre fois. «On est les nouveaux Luce Dufault de l’émission», a blagué Kim Lévesque-Lizotte. Le couple a aussi lu une lettre que la maman a écrite à sa fille, pour lui donner espoir en l’avenir.

Marc Labrèche et Léane Labrèche-Dor ont livré les chansons «Le téléphone pleure» et «You’re The One That I Want», enrobées d’un délire pince-sans-rire où le classique de Grease est devenu un hommage à Willy Lamothe.
L’animateur et acteur avouera après le spectacle que le numéro n’était pas «très écrit», notamment parce que tous deux avaient eu peu de temps pour se préparer. «Ça s’est décidé très vite. On s’est choisi deux chansons, puis on a pratiqué cette semaine. C’est l’fun on se connait, alors on a niaisé…»

Véronique DiCaire a offert un duo de chanteuses, dont une désopilante Isabelle Boulay. Marc Hervieux, Michel Rivard, Viviane Audet, entre autres, se sont succédé sur scène.

Mme Lapierre salue d’ailleurs les artistes qui se prêtent au jeu. «Ils vont pratiquer ensemble dans l’après-midi, et c’est tout. Ils se mettent en danger, sans filet, commentait-elle. Même chose pour nos techniciens, pour toute notre équipe de terrain, pour les cues. Ça s’est toujours très bien passé.»
Un cheval de bataille, qui peut le demeurer
Depuis quelques années, le TDLV a fait du théâtre jeune public son cheval de bataille. Cette année, 20 000 enfants ont vu un spectacle de la programmation, ce qui équivaut environ à ce que propose l’OSM auprès des jeunes, compare la directrice générale. «On essaie de les faire décrocher de leurs tablettes», lance-t-elle.
Annoncé dans le plus récent budget de Québec, le renouvellement sans diminution de sommes du programme La culture à l’école, pour les sorties scolaires en milieu culturel, a donc été accueilli avec grand bonheur, d’autant plus que des rumeurs laissaient croire à de possibles coupures.
«Pour nous, ça aurait quand même eu un impact majeur, parce que les écoles auraient eu plus de difficulté à payer pour les sorties scolaires. Nos billets demeurent à prix modique, mais elles ont besoin de cet argent pour payer ces billets.»

Ce que Mme Lapierre identifie comme le deuxième cheval de bataille du TDLV peut étonner : la visibilité du Théâtre. «C’est quand même assez surprenant que des gens à dix rues de chez nous ne connaissent pas encore le Théâtre de la Ville. Ils le connaissent parfois comme la salle du Cégep, pour des remises de diplômes, quand on a une programmation professionnelle extrêmement florissante…»

Vent de face
La rénovation des infrastructures, vétustes, demeure un dossier prioritaire.
Le projet de rénovation de la salle Jean-Louis-Millette, chiffré à 13 M$, n’a pu être déposé au ministère de la Culture et des Communications, entre autres en raison de la construction à venir du Pavillon de la santé et de l’innovation, sur le terrain du cégep Édouard-Montpetit. Un chantier de quelques années, qui sera mené à proximité de la salle de spectacle.
C’est plutôt le projet de mise à niveau de la salle Pratt & Whitney qui a ainsi été soumis au Ministère, pour le financement d’une partie des rénovations. Il est estimé à 3 M$ et une réponse est attendue ce printemps.
Or, des changements au Programme d’aide aux immobilisations du gouvernement du Québec ont été apportés au cours de la dernière année. Pour le TDLV, ils se sont avérés un «vent de face très fort», admet Mme Lapierre.
L’ancienne formule permettait un financement jusqu’à 80% de la part du ministère de la Culture et des Communications. Cette portion est maintenant réduite à 50% pour les théâtres qui ne sont pas propriétaires des lieux. De plus, c’est dorénavant le propriétaire qui accède aux sommes.
«On s’entend que ce n’est pas le Cégep qui va financer l’autre 50%. Donc, il y a 1,5 M$ qui va devoir être avancé par le théâtre, indique Dominique Lapierre. On va tenter d’aller chercher de l’argent auprès du Patrimoine [ministère de la Culture et de l’Identité canadiennes], du financement privé, en plus de notre propre argent.»
Pour une nouvelle salle
Le TDLV avait initialement pour plan de privilégier d’abord la réfection de la salle Jean-Louis-Millette, car celle de la salle Pratt & Whitney devra se traduire par une réduction du nombre de sièges, afin de répondre aux normes. «C’est sûr que pour nous, ça fait en sorte que l’offre au public diminue, et bien sûr les revenus pour les producteurs et pour nous aussi», relève Mme Lapierre.
«On recommence à militer pour une nouvelle salle de spectacle», ajoute-t-elle.
Cela fait plus de 20 ans que le TDLV, et d’autres organisations, réclament un nouveau lieu culturel. L’emplacement d’un complexe culturel dans le secteur du métro de Longueuil avait été annoncé en 2013, et de l’argent de Québec avait été promis, avant que le projet ne demeure longtemps sur la glace.
En 2024, la Ville de Longueuil a proposé une nouvelle mouture, qui en ferait un projet multifonctionnel qui devait être porté par le privé. «En 2025, un terrain à côté de celui prévu pour le projet privé de centre de congrès a donc été réservé pour la construction potentielle d’un immeuble à vocation culturelle, si un tel projet était soumis à la Ville, par exemple par le TdlV. Pour le moment, aucun ne l’a été», indique la Ville.
«La culture, ce n’est pas ça qui sauve tout, mais je suis certaine que la culture peut changer le monde.»
-Dominique Lapierre, directrice générale du Théâtre de la Ville
«On considère que la population sur la Rive-Sud a quand même augmenté. Il y a eu très peu d’investissements en termes d’infrastructures culturelles dans les dernières années. Donc, on continue à militer pour qu’on puisse avoir des infrastructures de qualité. On persiste à dire que c’est quelque chose qui serait essentiel.»
Hausser le prix des billets? Peut-être, un peu, certains
Le Devoir rapportait récemment les conclusions d’une étude menée par la billetterie indépendante TUXEDO, sur le prix du billet de spectacle vivant québécois. Ce dernier n’a pas suivi l’inflation ni le pouvoir d’achat depuis plus de 20 ans.
Au TDLV, le prix des billets fait constamment partie des réflexions et des discussions avec les producteurs.
«Je pense qu’on serait capable d’augmenter pour certaines disciplines, laisse entendre Mme Lapierre, en nommant la musique plus populaire et l’humour. Quand les gens veulent vraiment voir un spectacle, ils vont payer le prix du billet.»
Hausser le prix de quelques dollars dans ces disciplines ferait une différence, car «oui, les prix de cachet ont augmenté, les salaires ont augmenté. Il faut qu’on puisse survivre comme diffuseur.»
Une solution aussi pour poursuivre la mission sociale du diffuseur, en maintenant le prix de billets encore plus bas pour d’autres disciplines.
Le diffuseur longueuillois tente de garder accessibles les billets pour des spectacles dont les disciplines sont un peu plus difficiles à vendre, comme la danse et le théâtre de création. Le théâtre jeune public doit aussi demeurer accessible aux familles, se soucie-t-on.

