Depuis la pandémie, le Théâtre de la Ville (TDLV) a connu une belle croissance sur le plan artistique et financier, avec revenus autonomes, financement privé et public au rendez-vous. Ironie ou incohérence, cette période florissante côtoie une décroissance fulgurante en matière d’infrastructures. Dans ce contexte, un constat s’impose : une nouvelle salle est essentielle. Ainsi le TDLV prend le bâton du pèlerin pour mener un combat… initié il y a 20 ans.
«On a perdu plusieurs morceaux, image la directrice générale Dominique Lapierre, pour décrire cette décroissance des infrastructures. Dans les trois dernières années, on a perdu les bureaux administratifs, un des deux studios de création, et on perdra sous peu la billetterie de la salle Jean-Louis-Millette, qui sera reprise par le Cégep avec l’arrivée du pavillon de la santé. Notre équipe est entassée dans la même pièce, la direction générale, la direction des communications n’ont pas de bureau. On a une équipe passionnée et résiliente, ce n’est pas tout le monde qui accepterait ça.»
Le projet du Théâtre de la Ville est de se doter d’une nouvelle salle de 1200 places accompagnée d’un studio de création, tout en rénovant ses installations actuelles.
Une salle d’une telle capacité permettrait d’accueillir des productions de plus grande envergure que le TDLV doit refuser pour l’instant, en raison de la configuration de la scène de la salle Pratt & Whitney.
«C’est aussi plus facile de rentabiliser le cachet des artistes. Certains spectacles exigent une certaine assistance pour venir», fait valoir Mme Lapierre.
Une salle toute neuve offrirait également à l’institution l’avantage d’avoir pignon sur rue. Le manque de visibilité est un enjeu que vit actuellement le diffuseur pluridisciplinaire – intégré au Cégep et sans grande enseigne distinctive – et auquel il entend s’attaquer dès maintenant.
Le maintien des deux salles s’est aussi avéré un incontournable. Un projet de rénovation de la salle Pratt & Whitney a été soumis au ministère de la Culture et des Communications (MCC). Au terme de la réfection, la salle passerait de 833 à 760 sièges, afin de se conformer aux nouvelles normes. Déjà, le TDLV ne vend plus sa cinquantaine de strapontins, devenus trop vieux.
Ensuite viendra la rénovation de la salle Jean-Louis Millette.
Historique
Ce plan de match est le fruit de diverses circonstances qui ont marqué les dernières années.
Rappelons d’abord qu’un projet de complexe culturel avait été lancé, il y a une vingtaine d’années. Ce complexe devait abriter le TDLV, le Théâtre Motus, Plein Sud et l’Orchestre symphonique de Longueuil.
Déjà à l’époque, le TDLV savait qu’il aurait à quitter, car il était dans l’intention du Cégep d’éventuellement récupérer les locaux.
Une subvention de 20 M$ de Québec avait été promise pour un complexe culturel qui devait voir le jour à la Place Charles-LeMoyne. En 2021, le projet a été mis sur la glace, compte tenu de la hausse considérable des coûts, passés de 52 M$ en 2014 à 180 M$.
Dès ce moment, le TDLV a considéré l’idée d’un projet plus modeste. Ignorant à ce moment s’il conserverait la salle Pratt & Whitney, il a déposé un projet au MCC pour la rénovation de Jean-Louis-Millette. L’équipe a frappé un mur lorsque la demande a été fermée, après avoir traversé plusieurs étapes. «On a investi 100 000$, qui se sont évaporés du jour au lendemain, se désole la directrice. Pour un OBNL, c’est majeur.»
En vertu de changements apportés au Programme d’aide aux immobilisations du gouvernement du Québec en 2025, les sommes accordées sont moindres et le Cégep devient maître d’œuvre du projet. «Compte tenu de l’arrivée du pavillon de la santé, le Cégep a décidé de ne pas redéposer le projet pour Jean-Louis-Millette», indique Mme Lapierre. C’est donc le projet de rénovation de la salle Pratt & Whitney qui a été déposé.
«Au cours des dernières années, on a réajusté le tir tout en gardant notre vision qu’on avait vraiment besoin d’une salle plus grande.»
Le diffuseur travaille avec des architectes et une firme de consultants. Des entrepreneurs de la Rive-Sud lui prêtent aussi main-forte.
Où ?
Le TDLV réfléchit actuellement au meilleur emplacement pour accueillir la nouvelle salle de spectacles.
La Ville de Longueuil a réservé un terrain au centre-ville pour une infrastructure culturelle tout juste à côté du futur centre des congrès, projet initialement imaginé comme un centre multifonctionnel.
«Le canal de communication demeure bien établi avec le Théâtre de la Ville ainsi que les autres organismes culturels du milieu par rapport à leurs besoins d’espaces de diffusion conformes à leurs besoins, assure la Ville, ce pour quoi des démarches ont été effectuées auprès du MCC dans les derniers mois, en appui aux potentiels projets d’infrastructures à vocation culturelle sur le territoire, incluant la rénovation des salles du TDLV.»
«On est ouvert aux propositions, on veut que ce soit porteur pour le TDLV et pour la communauté, expose pour sa part Mme Lapierre. On va décider de ce qui est le mieux pour le développement de l’offre culturelle et pour le public, car on est un service de proximité.»
Au début du projet de complexe culturel, l’intersection de la rue Saint-Charles et du boul. Roland-Therrien avait été ciblée comme site potentiel; un emplacement qui a encore du sens aux yeux du TDLV. Le projet avait finalement été redirigé vers le centre-ville.
À l’époque, le Théâtre avait soulevé des questionnements, notamment à l’égard de l’accès à ce site entouré de bretelles d’autoroutes. «On ne sait pas encore comment va se déployer le stationnement et les axes routiers dans le secteur. Si 1200 personnes débarquent en même temps pour un spectacle, c’est à prendre en considération.»
Le public du Théâtre provenant de l’agglomération, l’automobile demeure largement préférée au transport en commun ou actif. «Il faut composer avec la réalité de notre public», estime la directrice.
À cette étape, fixer un échéancier semble précipité. «Dans nos rêves les plus fous, on aurait une nouvelle salle dans cinq ans, lance tout de même Mme Lapierre. Mais si on est réaliste, on sait que ce type de projet d’infrastructures est très long.»
Sans compter le démarchage pour constituer un montage financier qui inclurait le privé et le public.
Si aucune estimation précise du coût n’a jusqu’à maintenant été établie, Mme Lapierre évoque une somme approximative 60 M$, en se basant sur d’autres projets comparables.
Après toutes ces années à se battre pour une salle de spectacle, Mme Lapierre admet vivre une certaine frustration. «Le Théâtre de la Ville est une institution sur le territoire, c’est iconique! Et malgré notre belle croissance, on décroit en infrastructures. C’est assez aberrant. La population a augmenté, donc les besoins aussi.»
Elle rappelle l’étude de Culture Montérégie qui faisait état en 2024 d’un déficit d’infrastructures culturelles dans la région. «Nous avons besoin d’une offre pluridisciplinaire aussi riche que celle de la Rive-Nord.»
Malgré un contexte économique moins favorable à la construction de nouvelles infrastructures, Mme Lapierre garde espoir.
«Quand on travaille en culture, il faut être optimiste. Sinon, on lâcherait tout.»

