À moins d’un mois de son 85e anniversaire, Marie-Charles Joseph Le Moyne, baronne de Longueuil, s’éteint paisiblement à Montréal le 17 février 1841, il y a 185 ans. Seigneuresse et philanthrope, elle a joué un rôle crucial pour le développement de Longueuil.
Fille de Charles-Jacques Le Moyne de Longueuil, 3e baron de Longueuil, et de Marie-Anne-Catherine Fleury Deschambault, Marie-Charles Joseph est née à Montréal le 21 mars 1756, à l’époque de la Nouvelle-France.
Quand son père est porté disparu et déclaré mort après la bataille du lac George, livrée le 8 septembre 1755 dans le nord de la colonie de New York, Marie-Charles Joseph hérite avant de naître du titre de baronne de Longueuil.
C’est le 26 janvier 1700 que le roi de France Louis XIV élève la seigneurie de Longueuil en baronnie, façon royale de remercier Charles II Le Moyne pour les services qu’il a rendus, notamment dans la guerre contre les Iroquois.
Chicane de famille
À la suite du décès de son père, Marie-Charles Joseph vit quelque temps à l’Hôpital général de Montréal avec sa mère. Son grand-père maternel assume alors la tutelle et veille à la protection de ses intérêts. Lorsque le frère de son père tente de lui ravir le titre de baronne de Longueuil, elle se rend en France avec sa mère afin de faire valoir ses droits. L’affaire est portée devant les juristes parisiens, qui tranchent en sa faveur, confirmant que le titre lui revient et non à son oncle.

La Baronne de Longueuil (Photo : L’Orphelinat catholique de Montréal, 1919)
Le 7 mai 1781, la baronne épouse le capitaine britannique David Alexander Grant. De cette union naît Charles William Grant, qui devient le premier baron à porter un titre d’origine à la fois britannique et française.
En 1791, Marie-Charles Joseph s’installe avec sa famille sur l’île Sainte-Hélène, qui fait alors partie de la seigneurie de Longueuil. Ses jardins privés contiennent, entre autres, oignons, carottes, navets, échalotes, salades, betteraves, persil, cerfeuil, sarriette et fleurs. L’île est vendue à Montréal en 1818.

Reconnue pour sa grande piété, Marie-Charles-Joseph s’établit définitivement à Montréal à partir de 1819. Elle contribue activement à l’essor économique de la baronnie de Longueuil, notamment en faisant construire, en 1823, un moulin à vapeur destiné au cardage et à la mouture.
Soucieuse de faire fructifier ses biens, elle fait également lotir une partie du domaine en 1835 et confie à l’arpenteur Joseph Weilbrenner la préparation d’un plan de rues. Elle participe par ailleurs au développement de la paroisse en cédant des terrains : en 1809 pour la construction de l’église, en 1812 pour la maison du curé Augustin Chaboillez et, en 1815, pour l’agrandissement du cimetière.
Très engagée dans les œuvres de charité, elle assume la présidence de l’Association des dames de la charité à partir de 1827, puis celle de l’Orphelinat catholique de Montréal dès 1832.
Décédée à Longueuil, Marie-Charles-Joseph est inhumée six jours après sa mort. Sa dépouille repose toujours dans le sous-sol de la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue.

