Lors de la séance du conseil d’agglomération de Longueuil du 18 juin, Jacques Benoît, de la Coalition Halte-Air Saint-Hubert, a déposé une pétition de 6210 signatures réclamant un moratoire sur tout développement de l’aéroport de Saint-Hubert.

Accompagné de plusieurs membres de la Coalition et portant un t-shirt sur lequel on pouvait lire «J’ai jamais voté pour ça», M. Benoît a soutenu que le projet d’expansion annoncé en 2023, qui vise à faire passer l’aéroport d’environ 11 000 à 4 millions de passagers par année, est incompatible avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et les engagements climatiques des gouvernements.

Il a également fait valoir que l’augmentation du trafic aérien entraînerait des répercussions importantes sur le climat, la qualité de l’air et la santé publique.

Jacques Benoît a aussi dénoncé l’absence d’une évaluation publique des impacts climatiques, sanitaires et économiques du projet, ainsi que le manque de consultations citoyennes, affirmant que les décisions ont été prises «derrière des portes closes». Il a reproché à l’administration de Longueuil de ne pas avoir respecté son engagement d’exiger un inventaire complet des émissions de GES liées au développement de l’aéroport.

La Coalition demande qu’aucun nouveau développement ne soit autorisé tant qu’un projet détaillé n’aura pas été rendu public et soumis à un examen transparent de ses conséquences environnementales, sanitaires et économiques.

Un ancien maire au front

L’ancien maire de Saint-Bruno-de-Montarville, Martin Murray, a lui aussi vivement critiqué la gestion du dossier de l’aéroport de Saint-Hubert par l’agglomération de Longueuil. Rappelant qu’il avait été le seul maire des villes liées à s’opposer à la municipalisation de l’aéroport en 2016, il estime que les conséquences de cette décision sont aujourd’hui évidentes.

Martin Murray

L’ancien maire de Saint-Bruno-de-Montarvile Martin Murray (Photo : capture d’écran)

Il a reproché à l’administration de Longueuil d’avoir conclu une entente sur le développement de l’aéroport en 2023 sans attendre les analyses réclamées par l’Office de participation publique de Longueuil, qui recommandait d’obtenir des données complètes sur les impacts avant d’appuyer une hausse des vols. Selon lui, la précipitation a pris le pas sur la réflexion.

M. Murray a également soutenu que l’aéroport constitue un mauvais choix sur les plans fiscal et environnemental. Il a fait valoir que cet immense terrain génère des revenus fonciers très faibles par rapport à son potentiel, ce qui oblige, selon lui, les villes liées à assumer une plus grande part des charges de l’agglomération, tout en subissant les nuisances liées aux activités aéroportuaires.

En terminant, il a demandé aux élus, particulièrement à la mairesse Catherine Fournier, s’ils avaient véritablement été «à la hauteur» dans ce dossier.

D’autres intervenants ont aussi remis en question les évaluations des particules fines faites par l’aéroport de même que la présence de vols de nuit.

Pouvoirs limités de la Ville

En réponse aux préoccupations des citoyens, le président du conseil d’agglomération, Sylvain Lambert, qui habite près de l’aéroport, a rappelé que l’installation relève avant tout de la compétence fédérale, ce qui limite les pouvoirs de la Ville de Longueuil. Il a soutenu que l’administration a choisi de travailler en collaboration avec les gestionnaires de l’aéroport afin d’encadrer son développement de la façon «la plus responsable possible».

MET
L’ouverture officielle de MET- Aéroport métropolitain de Montréal a eu lieu le 15 juin. (Photo : gracieuseté)

Il a énuméré plusieurs mesures mises en place, dont la création d’une table de concertation réunissant citoyens, élus et représentants de l’aéroport, l’abolition des vols commerciaux de nuit — à l’exception des vols d’urgence, militaires et privés — ainsi que la réalisation d’études sur le bruit et la qualité de l’air. Il a précisé qu’une nouvelle étude sonore est prévue et que les particules ultrafines feront également l’objet d’un suivi en collaboration avec la Direction de santé publique.

Concernant les nuisances causées par les petits avions d’entraînement, M. Lambert a reconnu qu’il s’agit d’un irritant majeur pour plusieurs résidents. Il a toutefois souligné que la Ville n’a pas le pouvoir de réglementer ces activités, tout en affirmant que les gestionnaires de l’aéroport cherchent des moyens d’en réduire les impacts.

Enfin, il a contesté les arguments de M. Murray sur les retombées fiscales de l’aéroport, affirmant qu’ils ne correspondent pas aux données dont dispose la Ville, et a réitéré l’engagement de l’administration à poursuivre le dialogue avec les citoyens et à faire le suivi des plaintes qui lui sont signalées.