À la suite de l’arrestation de treize adolescents impliqués dans une violente bagarre survenue à Brossard le 18 avril dernier, Le Courrier du Sud a rencontré l’inspecteur Gino Iannone, du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), afin de mieux comprendre les conséquences auxquelles ces jeunes pourraient faire face.

Dès le début de l’entretien, l’inspecteur Iannone explique que les unités des crimes majeurs ont rapidement décidé de faire de cette enquête une priorité, avec l’appui de plusieurs autres enquêteurs, afin de répondre efficacement à ce type d’événement.

La bagarre est survenue le samedi 18 avril, vers 17 h 30, dans le secteur du Quartier DIX30 à Brossard, près du viaduc du boulevard du Quartier, à l’intersection de l’autoroute 10 et du cinéma Cineplex Odéon.

Des parents sous le choc

Selon l’inspecteur, plusieurs parents ont été surpris de voir les policiers se présenter à leur domicile aux petites heures du matin.

«Dans certains cas, des parents ignoraient complètement l’implication de leur jeune dans cet événement», affirme-t-il.

Pour le policier, cette situation relance l’importance du rôle parental. «C’est hautement préoccupant. Les parents doivent s’intéresser aux déplacements de leurs enfants, à leurs fréquentations et aux endroits qu’ils fréquentent», souligne-t-il.

Les adolescents impliqués résident non seulement sur le territoire de l’agglomération de Longueuil, mais aussi à Saint-Philippe et à Candiac.

Les jeunes arrêtés font face à plusieurs accusations, notamment de voies de fait, d’agression armée et de complicité; des accusations que l’inspecteur qualifie de graves.

Selon les informations recueillies par les enquêteurs, l’altercation aurait pris naissance dans une école avant de dégénérer à l’extérieur.

«Les images parlent d’elles-mêmes. On voit un groupe de jeunes s’acharner sur une personne vulnérable au sol, lui donnant des coups de poing, des coups de pied et des coups de bâton», déplore l’inspecteur.

Filmer sans intervenir peut aussi mener à des accusations

L’inspecteur Iannone rappelle également que les personnes qui filment la scène sans intervenir — par exemple sans appeler le 911 — pourraient elles aussi faire face à des accusations de complicité.

«Les gens qui encouragent, qui regardent sans agir ou qui participent indirectement à l’événement peuvent être considérés comme impliqués dans le crime. Filmer, encourager ou trouver cela drôle peut entraîner des accusations», prévient-il.

Le policier invite les témoins de l’altercation à communiquer avec le SPAL afin d’aider les enquêteurs à bonifier la preuve. Il encourage également les jeunes qui se reconnaissent dans la vidéo à en parler avec leurs parents et à contacter les policiers.

«L’important, c’est que les jeunes puissent discuter avec un adulte ou une personne de confiance afin de prendre conscience des conséquences graves que peuvent avoir leurs gestes.»

Il rappelle qu’un casier judiciaire peut avoir des impacts durables. «À 15 ou 16 ans, on ne réalise pas toujours que les gestes posés aujourd’hui peuvent avoir des conséquences très sérieuses. Un casier judiciaire peut notamment empêcher de voyager pendant de nombreuses années.»

Miser sur la prévention auprès des jeunes

L’intervention auprès des jeunes fait partie des priorités du SPAL pour les prochaines années. Le groupe Contact, composé d’intervenantes spécialisées auprès des jeunes de 12 à 17 ans et de leurs familles, joue un rôle central dans cette approche.

«Dernièrement, nous nous adressons beaucoup aux parents. Certains se sentent parfois dépassés et ne voient plus de solutions avec leur adolescent. Pourtant, ils ont un rôle essentiel à jouer», explique l’inspecteur.

Comme l’avait mentionné récemment au Courrier du Sud le directeur du SPAL, Patrick Bélanger, deux nouvelles ressources ont également été embauchées afin de surveiller les réseaux sociaux.

«Aujourd’hui, beaucoup de situations passent par les réseaux sociaux. Nous devons être capables d’intervenir en amont et de détecter les signes de violence», ajoute M. Iannone.

Un appel aux témoins

L’inspecteur encourage enfin la population à visionner la vidéo publiée sur la page Facebook du SPAL.

«L’objectif de diffuser cette vidéo est de lancer un appel au public. Il pourrait y avoir des témoins qui ont vu ce qui s’est produit le 18 avril, vers 17 h 30, dans un secteur très fréquenté.»

Questionné sur les conseils à donner à un parent qui reconnaîtrait son enfant dans la vidéo, l’inspecteur répond sans hésiter :

«D’abord — et là, c’est le père qui parle — je recommande d’avoir une discussion, d’ouvrir le canal de communication avec le jeune», répond l’inspecteur en ajoutant qu’il  vaut toujours mieux communiquer soi-même avec les policiers plutôt que d’attendre qu’ils frappent à la porte dans le cadre de leur enquête.

Les témoins sont invités à communiquer avec le SPAL ou avec la ligne anonyme Info-Azimut au 450 646-8500.