Pendant que les chefs des différents partis politiques sillonnent les routes du Québec dans leur autobus de campagne afin de séduire l’électorat, Le Courrier du Sud est allé à la rencontre de trois hommes touchés par l’itinérance à la Halte du Coin de Longueuil. Logement abordable, coût de la vie, hébergement; leurs préoccupations sont bien concrètes. 

Il y a trois ans, après la mort de sa femme avec laquelle il était depuis 40 ans et une rénoviction qui a fait bondir son loyer de 1000 $ à 1800 $ par mois, Jean Robert s’est retrouvé à sa grande surprise à la rue. «J’avais entendu parler que des itinérants s’installaient au bord de l’eau, raconte l’homme de 69 ans. J’ai rassemblé mes affaires de camping et je suis parti. Mais je ne suis pas chanceux et il a mouillé durant une semaine!»

Plus de logements abordables

D’emblée, Jean indique qu’on n’entend pas beaucoup parler de politique chez les itinérants. «Quand tu manges un sandwich par jour et que tu ne sais pas où tu vas dormir ce soir, tu as d’autres préoccupations», affirme-t-il.

Sur le plan politique, l’homme à la barbe blanche se montre critique à l’égard de certains médias. Pour lui, ceux qui appartiennent à Pierre Karl Péladeau ne racontent que des «fake news». «Ils prennent une petite histoire pour en faire une grosse et amplifient toujours le plus mauvais!»

Jean avoue avoir longtemps été péquiste. Jusqu’au jour où le gouvernement de Lucien Bouchard a poussé des milliers d’infirmières à la retraite, une décision qui, selon lui, a fait éclater le système de santé. Une modification du régime de retraite des infirmières par le gouvernement libéral de Philippe Couillard en 2015 a également poussé des infirmières vers la sortie. «C’est quoi l’idée de les mettre à la retraite pour les réembaucher au privé avec une prime par la suite?» lance-t-il.

Le sexagénaire estime par ailleurs que Québec solidaire manque d’expérience. Quant aux conservateurs, son jugement est sans détour : «C’est toujours plus facile de critiquer que de gouverner!» 

Il dit qu’il aimait bien François Legault pour sa gestion. Mais maintenant que Legault est parti, il ne sait plus.

Il pointe des condos en construction qu’on peut voir par la fenêtre. «La construction de logements abordables devrait être priorisée. Mais on dirait qu’il ne se construit que des condos. J’ai des revenus de 1800$ par mois et c’est impossible pour moi de me trouver un logement. Je suis en train de regarder ça pour louer avec un autre gars. Ce n’est pas mon premier choix, mais je n’ai pas le choix!»

Enfin, pour Jean, la lutte à l’itinérance doit commencer plus tôt. «Après dix-huit mois passés dans la rue, une majorité d’itinérants s’habitue à leur situation. Après deux ans, il y a même un faux sentiment de liberté qui s’installe. Et là, c’est encore plus difficile de sortir les gens de la rue.»

Demain l’hiver

Après une carrière bien remplie dans le domaine de la sécurité chez Pinkerton et Brinks, Stéphane Dion ne s’attendait pas à se retrouver à la rue. «J’ai transporté plus d’argent dans ma vie que j’en ai à la banque», rigole l’homme de 59 ans.

«Honnêtement, je ne suis pas trop les élections. Les partis promettent tous des belles affaires mais ils ne font jamais rien», estime-t-il avant d’ajouter qu’il a assez à s’occuper de ses propres problèmes. 

Stéphane Dion ignore s’il va dormir dans un lit ce soir. (Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)

Stéphane

Stéphane, qui termine son séjour de 90 jours à la Halte du coin après un passage à l’Abri de la Rive-Sud, ignore ce qui l’attend à court terme. «Je ne sais pas si je vais dormir dans un lit ce soir. On attend un appel de la Casa Bernard-Hubert, mais là aussi c’est plein.»

Le gaillard qui se déplace à l’aide d’une canne ajoute avec résignation qu’il va peut-être retourner dormir dans un abribus cette nuit. «Les policiers sont tolérants. Quand ils constatent qu’il n’y a plus de place dans les refuges, ils nous laissent tranquille.»

Mais malgré sa résilience, Stéphane craint l’hiver qui s’en vient.

Plus de places en hébergement

Expulsé de son logement cet été, Sylvain Lapointe, qui a déjà fréquenté les différentes ressources d’hébergement, est d’avis qu’il devrait y avoir plus de places en hébergement sur la Rive-Sud. Pour lui, l’augmentation du coût de la vie jumelée à un salaire minimum qu’il juge trop bas, pousse de plus en plus de gens à la rue.

Sylvain

Plus de ressources en hébergement sont souhaitées par Sylvain Lapointe.(Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)

S’il estime que tous les partis apportent de bonnes idées, on sent chez l’homme de 46 ans un penchant pour Québec solidaire. «Québec solidaire propose un contrôle des loyers et une augmentation du salaire minimum», explique Sylvain qui dit avoir rencontré deux des candidats de la formation de gauche. «Je compte bien aller voter le 5 octobre, mais je vais peut-être mettre mon x partout!» lance-t-il en dérision.

Les chiffres les plus récents font état de plus de 10 000 personnes vivant en état d’itinérance au Québec. De ce nombre, près de 800 se trouvent en Montérégie. Une chose est certaine : la situation ne s’améliore pas. «Nos 35 lits sont occupés en permanence», indique Frédérique Favreau, directrice par intérim de la Halte du Coin.