Comme le résume bien Jessica, la pédiatrie sociale, «ce n’est pas juste de checker les bobos de ton enfant et son développement. C’est un tout». En tant que jeune mère trimballant un lourd parcours de vie, ce qu’elle est venue chercher au Centre de pédiatrie sociale de l’Envol à Longueuil a fait toute la différence.
Jessica a franchi les portes de l’Envol pour la première fois à l’âge de 20 ans, lorsqu’elle a eu sa première fille.
«Quand j’ai vu tout ce qui était en place pour m’accompagner, c’était apaisant, c’était sécurisant. Les pédiatres sont tellement extraordinaires. L’accueil a été incroyable. Tu te sens bien dès les premières rencontres.»
L’équipe formée de médecins et responsables de suivi clinique (des travailleurs sociaux) travaille… en équipe. «Le médecin et le TS travaillent en même temps à la clinique. On a accès aux mêmes informations, et on utilise les forces de la famille», expose Valérie Dionne, directrice du Centre de pédiatrie sociale.
La multidisciplinarité se déploie aussi hors les murs du centre de pédiatrie, dans les autres services offerts à l’Envol. Une éducatrice de la garderie peut par exemple être interpellée pour parler du comportement d’un enfant et être impliquée dans les solutions.

Prendre soin du réseau
Si l’enfant demeure au centre des préoccupations, les besoins du parent sont tout autant pris en compte, car tout accompagnement bénéficiera aussi au petit. Des proches peuvent être impliqués pour veiller au bien-être et bon développement de l’enfant.
«Si la mère nomme un besoin, le TS peut prendre la relève pendant la même clinique. On met l’accent sur enfant, mais on est là pour aider le réseau autour à aider», illustre Valérie Dionne.
«On m’a toujours guidée, quand j’avais des questionnements dans mon rôle de parent. J’ai un parcours d’enfance et d’adulte très difficile, relate Jessica. J’avais un copain, mais ce n’était pas un bon copain malheureusement. Il était violent, contrôlant. J’étais vraiment en détresse. J’étais parfois dépassée un peu par mon rôle d’adulte.»
À L’Envol, «je pouvais me déposer, ça me permettait d’évacuer toute la charge mentale, ajoute-t-elle. Ça me permettait aussi de me sentir comprise et écoutée. Ça faisait toute la différence.»
Elle raconte comment se déroule un rendez-vous typique au Centre de pédiatrie. Dans cette petite maison chaleureuse, la salle d’attente colorée accueille les visiteurs. Si l’enfant n’ose pas ouvrir l’un des tiroirs remplis de jouets, un intervenant peut s’amuser avec lui, lui servir une collation ou encore inviter le parent à entamer une activité avec son enfant.


Une fois dans la salle clinique, le travailleur social et le médecin demandent comment ça va, pose des questions à l’enfant s’il est en âge de répondre. Un lien de confiance se crée. L’enfant peut même être seul avec le pédiatre, s’il a besoin de se confier. L’inverse est aussi vrai. «Si je vis une difficulté et que je ne veux pas blesser mon enfant, un intervenant va rester avec. Ce que tu n’as pas chez un pédiatre, où l’enfant est à côté de toi, tu dois peser tes mots», compare Jessica.
Sa deuxième fille étant suivie par un pédiatre dans une clinique conventionnelle, elle mesure toute la différence. À commencer par le temps consacré à chaque patient. Une visite au Centre de pédiatrie sociale dure au minimum 45 minutes, et peut prendre jusqu’à deux heures, selon les besoins.
Les distinctions sont aussi sur le plan humain. «Après une visite chez un pédiatre, tu n’as pas le sentiment d’apaisement. Tu as l’impression d’être un peu jugée comme parent», relève-t-elle.
À l’Envol, les interventions peuvent se poursuivre à domicile. «En clinique, on peut évaluer la situation, mais si maman dit «ça ne fonctionne pas à la maison, l’enfant fait beaucoup de crise, je suis fatiguée». S’il y a de la violence intrafamiliale… On va pouvoir regarder ça avec la famille, pour atténuer tout ça», détaille Mme Dionne.
L’an dernier, quelque 225 enfants ont été suivis au Centre de pédiatrie sociale de L’Envol.
Filet social
Le centre de pédiatrie n’est qu’un des services offerts à l’Envol. Jessica donne en exemple un groupe auquel elle participe, au centre de jour. Il l’aide à accomplir son rôle de parent, malgré les épreuves qu’elle a elle-même traversées.
«C’est un groupe vraiment génial, un service offert d’un autre organisme, mais tout est ici, à la disposition de tous les parents de l’Envol. Ça nous permet de comprendre nos patterns, nos traumas, et de trouver des solutions : on ne veut pas reproduire ce qu’on a vécu. Je ne veux pas que mes enfants manquent d’amour, de sécurité, de nourriture.»
Au-delà de ce groupe de discussion, elle voit l’Envol «comme une grande famille». Il lui arrive de se rendre au centre de jour même si elle n’a pas d’ateliers à l’horaire. Elle s’y sent bien. «Il y a toujours des intervenants sur place, prêts à nous écouter, quand on a besoin de se vider le cœur.»
À la garderie et la halte-garderie s’ajoutent l’Escale, qui offre un retour progressif aux études secondaires et la réintégration sociale, de même que Les chrysalides, soit sept logements sociaux subventionnés pour de jeunes mères et leurs enfants.
En filigrane de toutes ces missions ressort le droit de l’enfant.
«C’est notre travail d’avoir un regard là-dessus, précise Valérie Dionne. Parfois, pour des raisons X, des parents ne sont pas en mesure d’offrir ça, et le but est d’aller chercher, dans l’entourage de la famille ou communauté, un filet de sécurité.»
Les difficultés s’accumulent
En 35 ans, le cœur de la mission de l’Envol d’aider les jeunes mères est demeuré intacte. Au départ, les mamans qui bénéficiaient des services étaient très jeunes – 15, 16 ans –, reflet d’une réalité qui était moins bien socialement acceptée. Aujourd’hui, la majorité ont entre 18 et 25 ans.
Avec la pandémie qui a amené de l’anxiété et des états plus dépressifs, combinés à la situation économique actuelle – l’aide alimentaire s’est ajoutée aux services de l’Envol – et aux enjeux de logements, le tissu social s’est fragilisé, remarque Valérie Dionne. Elle note que les cas sont plus complexes.
«On voit que les difficultés s’accumulent, constate-t-elle. Avant, une femme disait : j’étais jeune et j’ai un enfant… là, c’est : j’ai eu un enfant jeune, en plus, je n’ai pas eu une enfance facile et j’ai rencontré des personnes pas tellement aidantes pour moi. Ça fait des histoires de vie vraiment difficiles.»
Jessica témoigne du sentiment d’isolement que peut vivre un jeune parent, aux prises avec une relation difficile où il est ardu d’offrir le nécessaire à son enfant.
«On va être un peu isolé et on va penser que c’est un bon train de vie pour nous, pour notre enfant, que c’est acceptable et que c’est ce qu’on mérite même, en tant que jeune mère. On se fie à ce qu’on a vécu, on ne pense pas qu’on mérite grand-chose.»
«À L’Envol, tu développes un sentiment d’importance. Ils veulent te valoriser dans ton rôle de parent, ils veulent que tu réussisses et ça c’est une étincelle, tu as l’impression de renaitre, dit-elle avec émotions. C’est ça, le plus extraordinaire avec L’Envol, c’est l’espoir que ça te donne.»
La Guignolée du Centre de pédiatrie
Le 13 novembre marque le début de la récolte de dons pour la Guignolée du Centre de pédiatrie sociale de l’Envol.
«C’est une grosse partie de notre financement au centre de pédiatrie, admet Valérie Dionne. Les dons, c’est le nerf de la guerre, et la Guignolée est aussi un moyen de faire connaître le centre de pédiatrie et L’Envol, c’est gros événement rassembleur.»
Le 13 décembre, plus de 200 bénévoles et tous les employés de L’Envol seront dans les rues pour amasser des dons. La campagne prendra fin le 13 janvier.
L’Envol ne cherche pas pour l’instant à ajouter des services, mais plutôt à consolider son offre et agrandir les équipes.
Pour faire un don : https://lenvol.org/


Madame Dostie, par le journal local Rive Sud je découvre ce service communautaire local en pédiatrie. Le Centre de pédiatrie sociale l’Envol fera partie des organismes que je privilégierai.