À la suite de l’expropriation des sept immeubles qui composent la Maison Chez Lise, Le Courrier du Sud est allé à la rencontre de locataires de l’endroit qui, dans bien des cas, avouent qu’ils seraient à la rue si ce n’était pas de l’existence de cette ressource.
Il fait beau, ce jeudi matin. À une table, Jérémy et Dominique fument en silence, dans le calme relatif de Chez Lise. «Vous êtes du journal vous», lance Dominique. L’homme de 50 ans raconte qu’il occupe une chambre ici depuis cinq ou six ans. La veille, des travailleurs sociaux accompagnés de policiers RÉSO sont venus rencontrer les résidents. «On nous a dit que rien ne changeait pour nous pour l’instant», indique-t-il.
À ses côtés, Jérémy, 40 ans, pianote nerveusement sur son cellulaire. «Si ça ferme ici, j’aurais bien du mal à trouver un endroit moins cher.»
Un peu à l’écart, Sandra parle avec affection de l’endroit où elle vit depuis sept ou huit ans. «Les gens sont gentils. Mais il y a parfois des inconnus qui viennent faire le trouble. C’est pas toujours facile.» Si Chez Lise devait fermer, elle envisage de retourner vivre chez sa grand-mère.

Occupant une chambre à la Maison Chez Lise depuis plusieurs années, Sandra rêve un jour de s’acheter une maison. (Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)
Puis Alexe s’approche. «Moi, on m’a dit que tout était correct jusqu’en février et qu’on allait avoir d’autres nouvelles.»
Plus loin, appuyé sur le pommeau de sa canne, Patrick attend son travailleur social, en retard. L’homme à la barbe blanche, qui affirme souffrir d’un trouble de stress post-traumatique depuis 2020, se dit rassuré par les dernières informations. «On entend tellement de choses différentes. S’il fallait que cet endroit ferme, je serais sans-abri», avoue-t-il, relatant avoir vécu trois épisodes d’itinérance depuis 2020.

Entre les immeubles, une jeune femme qui détonne légèrement dans le décor avance lentement, échangeant quelques mots avec les résidents qu’elle croise. «Je vérifie comment les gens vont, comment ils se sentent à la suite des visites d’hier», explique la travailleuse sociale de Santé Québec Montérégie-Centre, qui a demandé à ne pas être identifiée.

En échange d’un loyer modique, les résidents de Chez Lise bénéficient de trois repas par jour, du lavage et du ménage. Mais derrière cette routine fragile plane désormais l’incertitude. Un conflit entre les deux propriétaires, qui ne partagent pas la même vision de l’avenir de Chez Lise, a poussé la Ville de Longueuil à intervenir. Le conseil municipal a annoncé, le 18 août, sa décision d’exproprier les immeubles.
Pour l’instant, la vie continue pour Dominique, Jérémy, Sandra et les autres. Mais cette nouvelle incertitude s’ajoute aux nombreuses autres que les locataires de Chez Lise trainent avec eux.

