L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) pourrait devoir revoir ses normes de service en matière de transport adapté si Québec n’ajuste pas son financement, a révélé TVA Nouvelles, qui a mis la main sur une note interne à ce sujet.
Au cœur du problème se trouve la méthode de financement retenue par le gouvernement. Pour établir le financement de 2027, Québec a choisi de s’appuyer sur les données d’achalandage de 2024 plutôt que sur celles de 2025. Selon les organismes du milieu, cette décision représente un manque à gagner de 12,5 M$ pour la région de Montréal.
La situation pourrait se détériorer davantage au cours des prochaines années. Selon les projections de l’ARTM, le déficit pourrait atteindre 63 millions de dollars en 2028 si la méthode de financement demeure inchangée, toujours selon TVA.
Confrontée à une demande en constante croissance et à un financement jugé insuffisant, l’ARTM prévient que près de 1,8 million de déplacements pourraient ne plus être financés en 2027. Cela représenterait une diminution d’environ 24 % des déplacements prévus et pourrait remettre en question le principe du «zéro refus», qui vise à garantir l’accès au transport adapté aux personnes qui en ont besoin.
Des inquiétudes à Longueuil
À Longueuil, le directeur général de l’AUTAL, Martin Morin, se dit particulièrement inquiet des répercussions possibles sur les services en 2027.
«On n’a pas encore reçu de refus de transport cette année, mais les choses pourraient changer en 2027», affirme-t-il.
M. Morin, qui vit lui-même avec un handicap visuel, craint notamment que certaines compagnies de transport en viennent à prioriser les déplacements médicaux au détriment des sorties et des activités de loisirs.
Il redoute également un éventuel regroupement des entreprises de transport adapté ou une privatisation des services qui pourrait, selon lui, entraîner une hausse des coûts pour les usagers.
«Nous sommes une population active. On travaille. On sort. Pourquoi s’en prendre à nous?» demande-t-il.
À l’approche des élections, le directeur général de l’AUTAL souhaite d’ailleurs que les candidats locaux de tous les partis se prononcent clairement sur l’avenir du financement du transport adapté.
«On a de l’argent pour Northvolt et les Kings de Los Angeles, mais on décide de couper dans le transport adapté. Je ne vois pas la logique là-dedans», lance-t-il.
Inquiétudes partagées
De son côté, le syndicat SCFP 1983 représentant les 4500 chauffeurs d’autobus, opérateurs de métro, agents de station et chauffeurs du transport adapté de la Société de transport de Montréal (STM) se dit lui aussi profondément préoccupé par l’avenir du transport adapté. Le syndicat estime que la privatisation du service depuis 2025 a fragilisé le réseau et entraîné une perte d’expertise spécialisée. Il affirme que la STM dispose toujours des installations et de l’expertise nécessaires pour reprendre le service et appelle à un retour à une approche fondée sur le service public.
Une nouvelle flotte à Longueuil
Cette inquiétude survient alors que le Réseau de transport de Longueuil (RTL) a entrepris cet été le renouvellement de sa flotte de véhicules de transport adapté. Les minibus ont commencé à être remplacés, dès le début du mois d’août, par des minifourgonnettes accessibles plus modernes.

Selon le RTL, ces nouveaux véhicules doivent améliorer l’expérience des usagers tout en respectant les normes d’accessibilité, de sécurité et de fiabilité. Le remplacement de la flotte doit également se faire progressivement afin d’assurer la continuité du service.
Le transport adapté permet aux usagers admissibles de se déplacer sur l’ensemble du territoire de l’ARTM. Dans l’agglomération de Longueuil, le RTL dessert plus de 5000 personnes. Le service est offert du lundi au jeudi, de 6 h 30 à minuit, les vendredi et samedi jusqu’à 1 h, et le dimanche jusqu’à 23 h.

