Culture
Dans le rétroviseur

« Courts su’l top pis longs en arrière* » : 100 ans de coupes Longueuil dans les collections patrimoniales du Québec

Il y a 4 heures
Modifié à 16 h 25 min le 25 février 2025

« Modes de 1879 : la nouvelle coiffure », L'Opinion publique, vol. 10, no 21, 22 mai 1879, p. 243.

Dans le rétroviseur 
Une collaboration spéciale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Par Catherine Bernier, bibliothécaire à BAnQ

*Chanson du groupe d’humoristes Les Appendices (voir https://lesappendices.bandcamp.com/track/courts-sul-top)

La coupe Longueuil, ça vous dit quelque chose? À Québec, c’est la coupe Vanier; dans le Centre-du-Québec, la coupe Princeville. On entend aussi à l’occasion « coupe ski-doo », « coupe hockey », « un padde » ou, de manière plus descriptive, une « nuque longue ». Ou êtes-vous plus familier avec l’expression « mullet head », immortalisée en 1994 par le groupe de musique hip-hop The Beastie Boys avec la chanson du même nom?

Ces diverses appellations désignent toutes un même concept capillaire : des cheveux longs et désordonnés sur la nuque, mais courts sur les tempes et le dessus de la tête. 

Symbole de kitsch anticonformiste, la coupe Longueuil pourrait remonter à l’Antiquité, alors que les cheveux courts à l'avant offraient moins de prise aux ennemis lors de combats guerriers en corps-à-corps. Elle ne laisse personne indifférent : alors que ses dénominations dénotent souvent une certaine condescendance de la part de populations de zones urbaines embourgeoisées envers des quartiers moins favorisés ou envers des comtés ruraux, elle est, en revanche, portée par des icônes de la culture pop : David Bowie (Ziggie Stardust), la princesse Diana (à la suite de son divorce d’avec le prince Charles), le trio musical Les BB et même, tout récemment, la chanteuse Marie-Mai, vedette de Star Académie. Sans oublier les communautés queer et lesbiennes qui, durant les années 1980, ont adopté la nuque longue. 

Il faut bien l’admettre : la coupe Longueuil, bien qu’elle ne soit probablement pas originaire de Longueuil, est en quelque sorte l’incarnation pilaire d’un positionnement social. Le mulet, tour à tour adoré et méprisé, représente la porosité des frontières entre les couches économiques, voire entre les genres sexuels, de notre société.

Regardez attentivement autour de vous en 2025 et vous constaterez que la coupe Longueuil, jadis jugée disgracieuse, est désormais arborée simplement, sans ostentation, par de jeunes têtes. En Belgique et en France, depuis 2019, un Festival de la coupe mulet réunit annuellement des amateurs de ce style afin d’en améliorer l’image, de rassembler des « mullet heads » dans une dynamique de revitalisation de la vie en région et de mettre de l'avant la métaphore de la nuque longue comme philosophie de vie : subtil équilibre entre rigueur et douce folie. Le Québec n’est pas en reste puisqu’il a son propre groupe Facebook consacré au mulet depuis mars 2022 : Québec Mulet – pour mieux embrasser la « mullet life »!

En somme, à la suite de sa résurgence marquée au sortir de la pandémie de 2020, la coupe Longueuil serait-elle devenue – ironie du sort ou fatalité de la mode – non plus conflictuelle, mais conventionnelle?

 

Retour en images sur 100 années de mulets bien de chez nous tirés des collections patrimoniales de BAnQ :

1989 : la quintessence du concept

Groupe de musique les BB. 

Archives nationales à Montréal, fonds La Presse. Photo : Robert Mailloux.

 

1988 : même en avant, Guy A. ne veut pas avoir l’air sage

Guy A. Lepage au Gala de l’ADISQ 1988. Archives nationales à Montréal, fonds La Presse. Photo :, B. Brault.

 

1987 : petit mulet deviendra grand

Michel Courtemanche au Festival Juste pour rire en 1987. Archives nationales à Montréal, fonds La Presse. Photo : Armand Trottier

 

1987 : le mulet au naturel
Mario Lemieux. Archives nationales à Montréal, fonds La Presse. Photo : Armand Trottier.
 

 

1981 : transition démocratique vers l’ère de gloire de la coupe Longueuil

Avant le spectacle de la fête de la Saint-Jean à Québec sur les plaines d'Abraham. Archives nationales à Montréal, fonds Ministère des Communications. Photo : Marc Lajoie. 

 

1979 : un salon de coiffure qui sait flairer la tendance I

Rencontre avec deux coiffeurs concernant les nouvelles coiffures d'automne. Archives nationales à Montréal, fonds La Presse. Photo :  Réal Saint-Jean.

 

1978 : un salon de coiffure qui sait flairer la tendance II
Coiffures tendances pour hommes et femmes du salon Chez Liff. Archives nationales à Montréal, fonds La Presse. Photo : Pierre McCann.

 

1941 : des coiffures Longueuil qui s’ignorent
Edna Knopp et A. Marion se sont fait faire une mise en plis qu'elles présentent à une exposition de coiffures. Archives nationales à Montréal, fonds Conrad Poirier. Photo :  Conrad Poirier.
 

 

1879 : la proto-nuque longue
« Modes de 1879 : la nouvelle coiffure », L'Opinion publique, vol. 10, no 21, 22 mai 1879, p. 243. 

 

1872 : à la recherche du mulet, sans le savoir
« Les modes : costumes de promenade et coiffures », L'Opinion publique, vol. 3, no 22, 30 mai 1872, p. 259.

 

 

Pour en savoir plus sur la coupe Longueuil : 

ARNOLD, Jennifer, American mullet : the most important hair documentary ever made, New York, Palm Pictures, 2001, 52 min, VHS.

Festival de la coupe mulet, https://festivaldelacoupemulet.be/, consulté le 7 janvier 2025.

Groupe Facebook « Québec mulet », https://www.facebook.com/groups/813943689581071/, consulté le 7 janvier 2025.

HENDERSON, Allan, Mullet madness! : the haircut that's business up front and a party in the back, New York, Skyhorde, 2013.

« Nuque longue », dans Encyclopédie Wikipédia (version française), https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuque_longue, consulté le 7 janvier 2025.

PFEIFFER, Alice, « La coupe mulet : une histoire queer », Harper’s Bazar, juin 2024, consulté le 7 janvier 2025.


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