À peine avait-il commencé le patinage de vitesse longue piste que David La Rue était passé tout près de se qualifier pour les Jeux olympiques en 2018. C’est finalement huit ans plus tard qu’il a gagné son billet pour les Jeux, mais vous ne le verrez pas se plaindre de cette attente. Plutôt, l’athlète de 27 ans est sur un nuage.
C’est de sa chambre à Inzell, en Allemagne, quelques jours avant la dernière coupe du monde de la saison, que David La Rue raconte au Courrier du Sud son parcours qui l’a mené aux Jeux olympiques.
En 2018, il est passé à deux dixièmes de seconde de se qualifier. En 2022, il a fait l’impasse sur la coupe du monde pour soigner une blessure et prioriser la sélection olympique. Mais celle-ci n’a jamais eu lieu à cause de la COVID. Il a donc dû attendre quatre autres années pour s’essayer et 2026 a été la bonne.
«Ce qui m’a permis de continuer à travers tout ça, c’est que je continuais le patin parce que j’aimais ça, puis ça avait du sens dans ma vie. C’est une partie de ma vie que j’adore. C’est vraiment une chance d’aller en coupe du monde, de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures. Alors finalement, ça n’a vraiment pas été un 8 ans de déceptions», assure celui qui a grandi dans le secteur Préville à Saint-Lambert.
À Milan-Cortina, David La Rue représentera le Canada à l’épreuve du 1500m, sa «distance par excellence», précise-t-il.
Quand tout dépend d’une course
Le patineur note que le cheminement en valait la peine, Jeux olympiques ou non.
N’empêche, la joie lui vient instantanément lorsqu’on lui parle de sa qualification aux Jeux de Milan-Cortina, d’autant plus que les sélections olympiques se déroulaient cette année au Québec.
«Quand j’ai franchi la ligne d’arrivée et que j’ai réalisé que je m’étais classé pour les Jeux, les émotions du moment, c’était juste incroyable. Je me demande même si aux Jeux olympiques, ça va me marquer autant que ça! D’avoir eu la chance de le faire avec ma famille, mes amis, la foule québécoise, c’est un moment que je n’oublierai jamais», soutient-il.
L’athlète est d’ailleurs plein d’admiration pour tous ceux qui se présentent à ses sélections, sachant que pour plusieurs, ce sont quatre ans de travail qui sont mis pour une course de moins de deux minutes.
«C’est tellement d’efforts tout au long d’une vie! Le processus de sélection, c’est féroce, tu n’as pas le droit à l’erreur. Il y a beaucoup d’excellents athlètes qui ne parviennent pas aux Jeux. […] Tous ceux qui se présentent et savent qu’ils ont un potentiel de se qualifier, à quel point ça prend du courage! Et juste d’avoir le courage de se présenter à la ligne de départ puis de foncer, c’est un succès en soi», estime-t-il.

Que du positif
Maintenant qualifié, pas de pression excédentaire, témoigne David La Rue, qui reste fidèle à sa philosophie d’apprécier ce qui lui arrive.
«J’ai juste des émotions positives en ce moment. On dirait que je profite encore plus du processus qui m’amène vers les Jeux. Qu’on s’entende bien, c’est sûr que je vais arriver là-bas au meilleur de ma forme et que je vais tout donner. Mais il n’y aura pas de pression ni d’émotion négative, peu importe le résultat», assure-t-il.
Ses objectifs aux Jeux vont ainsi dans le même sens : «ce qui me rendra fier, ce n’est vraiment pas le résultat! C’est une question d’arriver à la ligne de départ, puis de foncer, de laisser mon corps faire ce qu’il est capable. De savourer le moment à 100%», décrit l’athlète.
La préparation
Deux jours après l’entrevue avec le journal, David La Rue a pris la 14e position à Inzell. Un résultat sans importance, avait prévenu l’athlète.
«On le prend comme une compétition de pratique parce qu’on est en plein milieu d’une grosse phase d’entraînement. Notre corps n’est pas prêt à fournir des efforts maximaux. Toute la préparation en ce moment est avec les J.O. en mire», explique-t-il.
La sélection olympique est ainsi plus indicatrice de sa forme? «Oui, absolument! Je n’étais pas loin du top de ma forme, mais j’avais des petites affaires, comme mes muscles qui réagissaient de manière bizarre par rapport à normalement.»
«C’est bon signe, parce que j’ai quand même été capable de sortir une très bonne performance!» ajoute-t-il.
David La Rue en cinq questions
Quelle est ta plus grande passion à l’extérieur du patin?
«J’aime beaucoup la lecture et l’escalade. Et la musique! Parce que je suis quand même un grand musicien, je joue du violon depuis que j’ai 4 ans et je me suis acheté un piano dans le temps des fêtes!»
Qu’est-ce que tu aimes le plus de ton sport?
«De découvrir des nouvelles limites de mon corps. Parce que tu pousses à un niveau tellement extrême que tu découvres des nouvelles limites!»
Qu’est-ce que t’aimerais faire après ta carrière d’athlète ?
«J’aimerais ça travailler en finance. J’ai déjà fait mon bac en finance et mes examens. Travailler en investissement, en gestion de portefeuille.»
Comme tu as déjà fait du patinage courte piste, lequel est le plus exigeant, le longue piste ou le courte piste?
«La course en tant que telle, c’est absolument le longue piste! C’est un contre-la-montre, le but c’est de pousser sa machine au maximum, chaque centième de seconde compte. Tandis que le courte piste c’est plus une course stratégique, sauf qu’on répète l’effort tellement de fois. Les deux sports sont extrêmement exigeants sur le corps.»
As-tu un rituel ou une routine d’avant course?
«Je fais certains exercices pour me réchauffer avant une course, mais j’essaie le plus possible de ne pas être superstitieux. Je n’ai pas de rituel que je me sens obligé de faire avant chaque course. J’aime avoir la vision que je peux arriver à la ligne de départ selon n’importe quel contexte.»
Quand le regarder
David La Rue sera en compétition le 19 février à l’épreuve du 1500 mètres. À l’heure actuelle, il est prévu qu’elle se déroulera à 10h30.


Un article très bien écrit, qui permet de mieux comprendre l’évolution de sa carrière et d’en ressentir l’émotion. Merci pour ce beau portrait.