La famille de Nooran Rezayi, décédé le 21 septembre après avoir été atteint par balles par un agent du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), poursuit la Ville de Longueuil et les agents impliqués dans l’intervention. Ils reprochent aux policiers d’avoir «fait un usage déraisonnable et disproportionné de la force en ouvrant le feu extrêmement rapidement» sur l’adolescent de 15 ans, causant son décès.
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Six membres de la famille poursuivent la Ville de Longueuil et des agents du SPAL pour environ 2,2 M$. Ceux-ci sont le père, la mère, la grande sœur, le petit frère, la cousine et le cousin du père de Nooran Rezayi.
Aux yeux de la poursuite, les policiers ont agi de «manière déraisonnable».
En conférence de presse le 9 décembre, les avocats de la famille ont montré trois vidéos que des caméras de surveillance ont capté à l’intersection des rues Joseph-Daigneault et de Monaco, dans l’arr. de Saint-Hubert, au moment du drame.
L’une d’entre elles montre les jeunes, quatre minutes avant l’intervention des policiers. Ils sont assis en bordure de rue, tranquilles.
Dans deux autres vidéos, on aperçoit l’autopatrouille surgir rapidement dans la rue. Les jeunes prennent la fuite. L’action se déroule ensuite hors-champ, mais on entend la voiture s’immobiliser et un policier crier à trois reprises «Couche-toi à terre!». Trois secondes après, les deux coups de feu retentissent.
Présente à la conférence, la mère de Nooran, Fahima Rezayi, a quitté la salle lors de la diffusion des vidéos.
« Précipitée »
L’avocat Me Fernando Belton souligne qu’entre le moment où les policiers aperçoivent le groupe de jeunes et où Nooran est atteint, 19 secondes se sont écoulées. Puis dix secondes se sont écoulées entre l’arrêt du véhicule et les tirs.
«Il est clair que les policiers ont agi de manière déraisonnable», insiste Me Virginie Dufresne-Lemire. […] La question va être simple : un policier raisonnable placé dans les mêmes circonstances aurait-il agi de la même manière?»
«Les policiers ont l’obligation de planifier leurs interventions et de les adapter à ce qu’ils constatent sur le terrain», ajoute-t-elle.
Les avocats ont fait valoir un «contraste» entre ce qui avait été signalé par l’appel 911 qui a mené à l’intervention, et la situation qui prévalait sur le terrain à l’arrivée des policiers. La personne qui a contacté le 911 a fait état de 15 à 20 jeunes, dont un vêtu du noir et portant un masque, de la présence d’un bâton en métal, et de la vue possible d’un manche de fusil.
Les avocats estiment que les policiers sont ainsi intervenus de manière «précipitée», ce qui a entraîné une situation de tension «qu’ils invoqueront ensuite pour un justifier sentiment de danger, mais ce danger ils l’ont eux-mêmes provoqué».
La poursuite reproche aussi un manque de planification de l’intervention et une conduite dangereuse.
Me Dufresne-Lemire rappelle que si les policiers avaient laissé aux jeunes le temps d’obtempérer, ils auraient constaté qu’ils n’étaient pas armés. Seul un d’entre eux possédait un bâton de baseball.
Selon les avocats, il s’agit d’un cas de profilage racial. «Ces stéréotypes fondés sur l’âge et l’origine ethnique ont influencé la perception du danger des agents du SPAL de même que leur sentiment d’urgence», dit la poursuite.
«Pour moi, les policiers ne sont plus des protecteurs »
Aux yeux de Fahima Rezayi, la mère de Nooran, le policier qui a tiré sur son fils n’a pas agi «de manière normale».
«Nous voulons la justice. Nous voulons que ce policier soit puni, que le service de police assume sa responsabilité, que ça ne se produise plus. Il ne peut plus y avoir un autre Nooran.»
Elle a dit ne plus avoir confiance en les policiers, qui ne sont plus à ses yeux des protecteurs. «Chaque fois que je vois des policiers, je les vois comme des tueurs potentiels. Pourquoi ce policier était-il si pressé de tirer deux balles sur Nooran? On dirait qu’il voulait éliminer Nooran, que c’était son intention.»
Après avoir expliqué que «Nooran» signifie «lumière en persan, elle a affirmé qu’«il n’y a plus de lumière dans ma maison».


La poursuite mentionne que «la vie de la famille Rezayi sera bouleversée et marquée d’un vide incommensurable».
Il y est dit notamment que la mère n’arrive plus à dormir et qu’elle est retournée progressivement au travail le 1er décembre. La grande sœur de Nooran a annulé la majorité de ses cours, n’a plus d’appétit et ressent de la colère envers les autorités.
Le père, Sharif, qui a annulé de nombreux engagements avec sa compagnie, ressent la culpabilité de ne pas avoir obligé son fils à rester à la maison le jour de l’intervention.
Reproches au BEI
Cette poursuite civile survient alors que le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) mène actuellement une enquête pour faire la lumière sur les circonstances de l’événement. La famille déplore de ne pas avoir eu accès aux résultats des enquêtes.
«Les enquêtes peuvent prendre des mois, des années et ce que nous avons comme information est suffisant pour dire que l’intervention était précipitée», a répondu Me Dufresne-Lemire, pour expliquer pourquoi ne pas avoir attendu les conclusions du BEI avant de déposer cette poursuite.
«Sans présumer de ce que décidera le BEI, il faut savoir que très peu d’accusation ont été portées suite à une enquête du BEI, a renchéri me Lemire. Le fardeau d’un procureur de couronne pour porter des accusations criminelles n’est pas le même qu’en droit civil.»
Bien que le BEI ne soit pas inclus dans la poursuite, certains reproches lui ont été formulés.
Me Belton déplore notamment que les témoignages des jeunes présents et de la famille ont été remis au SPVM, qui mène une enquête parallèle. «Comment peut-on demander à des témoins de collaborer à une enquête dite indépendante, pendant que les témoignages peuvent être utilisés contre eux dans le cadre d’une instance criminelle?»
Les avocats déplorent de plus que la famille n’ait pas été avisée du contenu de la conférence de presse du BEI avant sa tenue.
Dans le cadre de la poursuite, ils demanderont au BEI d’obtenir l’ensemble des vidéos qui ont été récoltées, dont certaines montrent les tirs du policier.
« Profonde réflexion »
La famille et ses avocats plaident qu’une réflexion soit amorcée sur la formation des policiers, et sur leurs façons d’intervenir, particulièrement auprès de jeunes racialisés.
Me Dufresne-Lemire évoque la «peur» qu’a semée cette intervention, des familles et des jeunes craignant d’être ciblés. «Ce décès ne peut rester un fait divers. Il doit être un point de bascule pour que plus jamais un jeune perde la vie dans des circonstances aussi injustifiables.»


On a cherché à nous présenter depuis des années l’image d’une police de Longueuil proche des citoyens, aidante, compréhensive envers les jeunes, supportant les itinérants, etc…. Cela en particulier sous la direction de l’ancien chef Fady Dagher.
Comme dit l’adage : « chassez le naturel et le naturel revient au galop » ; tout indique désormais qu’on est revenu aux bonnes vieilles pratiques d’antan, ce qui révèle qu’on ne peut pas faire confiance au Service de police de la ville de Longueuil qui pourtant draine à lui seul une part conséquente du budget de l’agglomération.
L’enquête du BEI ne servira probablement à rien. Ce qui conviendrait c’est un audit administratif complet et indépendant de l’ensemble des services, incluant le 911, tout comme les procédures d’attribution des priorités d’interventions qui semblent ici relever d’une sorte d’improvisation.
L’actuel ministre de la Sécurité publique qui sauf erreur de ma part est aussi le député de la circonscription où s’est produit le drame, devrait selon moi suivre ce dossier personnellement. Qu’en est-il présentement ?
Souhaitons en cette approche des fêtes à la famille Rezayi, affectée par cette perte douloureuse d’un enfant, de retrouver progressivement la paix, la joie, la sérénité auxquelles tout un chacun devrait avoir droit.
Perdre un enfant et surtout de cette façon est intolérable.
Attention toutefois à ne pas verser dans le discrédit de nos institutions et risquer de susciter le chaos et l’anarchie.
Je comprends l’anxiété des jeunes et de leurs parents suite à ce drame.
Je comprends aussi l’inquiétude des citoyens face à la montée de la violence chez certains groupes d’individus.