Émile Bilodeau revient jouer à la maison. Le 13 février à 20 h, l’artiste originaire de Longueuil montera sur la scène du Théâtre de la Ville pour présenter Bill aux Îles, un album enregistré devant public aux Îles-de-la-Madeleine. En solo, en formule homme-orchestre, il livre un projet à la fois épuré et techniquement impressionnant.
Plutôt que de revenir une énième fois sur le processus d’enregistrement — déjà largement documenté depuis la sortie de l’album en septembre —, nous avons eu envie de plonger directement dans les chansons. Nous avons fait le saut dans huit des neuf pièces de l’album, soit huit portes d’entrée pour mieux comprendre l’artiste derrière la guitare, l’harmonica… et les prises de position.
Carte postale
Tu as déjà dit caresser l’ambition de faire le tour du monde. De quel endroit risques-tu d’envoyer ta prochaine carte postale?
Probablement de l’Italie. Si mes projets de voyage se concrétisent, je vais là-bas pour le mariage de mon beau-frère. Il se marie en France, mais une semaine avant, on va passer par Rome. C’est un vieux rêve pour moi, l’Italie. Une petite semaine là-bas, ensuite le mariage, puis retour au travail pour Le Festif! à Baie-Saint-Paul.
Check-list
Dans la chanson, tu dis : « Je priorise tout ce qui m’énergise ». Qu’est-ce qui t’énergise ces jours-ci?
Je retourne en studio en avril pour mon septième album, et ça, ça m’énergise énormément. Philippe B a accepté d’en faire la réalisation, et je suis vraiment content. On a de super belles discussions, on travaille les textes ensemble dans un Google Doc.
Il y a aussi de très belles collaborations avec des communautés des Premières Nations, notamment les Atikamekw de Manawan et les Inuits de Mashteuiatsh. C’est un album avec un concept fort… mais je n’en dirai pas trop. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on entre en studio en avril.
Crois-moi
Tu as dit que cette chanson s’inspirait de L’alouette en colère de Félix Leclerc, notamment pour dire aux jeunes que leur colère envers l’élite politique est légitime. Toi, qu’est-ce qui te met en colère?
Le choix est vaste… mais ces temps-ci, ce qui me rend vraiment anxieux, c’est ce qui se passe aux États-Unis. Il y a quelque chose de profondément effrayant dans certaines pratiques policières, notamment au Minnesota. Des gens formés par la peur prennent des décisions extrêmes, jusqu’à tirer sur des citoyens. C’est anxiogène pour les jeunes — et pour moi aussi. C’est presque surréel. Et ç’a des répercussions ici aussi. Des familles autochtones ont vu des proches arrêtés par l’ICE simplement à cause de leur apparence. Les droits territoriaux ne sont pas reconnus : pour eux, ce sont tous des « immigrants illégaux ». Ça nous concerne directement.
Mauat Tsham
On te sent sincèrement investi dans le rapprochement avec les Premières Nations. En décembre, tu as même été nommé sur le conseil d’administration de Puamun Meshkenu. Pourquoi est-ce si important pour toi?
Parce que ce sont des communautés qui connaissent profondément le territoire. Moi, j’aime le territoire du Québec depuis longtemps. Collaborer avec différentes nations, ça m’ouvre un réseau humain incroyable. Quand il y a des enjeux territoriaux complexes — surtout quand tu viens de Montréal comme moi — pouvoir appeler des leaders, des aînés, des artistes, ça change tout. Ils peuvent vulgariser l’histoire, la géopolitique, les enjeux actuels. C’est une immense chance d’avoir accès à ces voix-là. Ça me permet d’approfondir ma compréhension des réalités du Québec.
Militer
Tu chantes : « Il faut militer, tabarnak ». Est-ce que ça use, parfois, de militer?
Oui, et c’est exactement l’esprit de la chanson. Il y a une fatigue émotive, mentale.
Mais à la fin, il y a ces jeunes qui continuent de manifester. Le flambeau se passe. Je trouve ça beau. Avec le temps, on trouve aussi sa niche. Pour moi, l’enjeu autochtone est central. C’est humain, profondément lié à l’histoire du Québec. Et avec Puamun Meshkenu, je vois à quel point ça rassemble des gens de partout.
T’a-t-on déjà fait sentir imposteur dans cette démarche, en tant que non-Autochtone?
Jamais. Au contraire, les Premières Nations ont besoin d’être entendues dans le milieu musical. Il y a des initiatives importantes, comme celle de Makusham Musique, qui demande un quota symbolique de 5 % de musique autochtone à la radio.
Ce 5 %, ce n’est pas juste de la diffusion : c’est du financement, des droits d’auteur, la possibilité pour de jeunes artistes autochtones de gagner leur vie.
La question est simple : est-ce qu’on est prêts à faire une place? À partager un peu? C’est une responsabilité collective.
Faire la paix
Si on t’offrait le pouvoir de réconciliation, qui aimerais-tu asseoir à la même table?
Ça prend énormément de maturité. Il faut d’abord reconnaître le droit à la dignité, à la vie. Je pense à des figures comme Poutine ou Netanyahou. Des dirigeants qui tentent d’éliminer des gens nés ailleurs. Ça prendrait beaucoup de patience et d’empathie pour leur parler longtemps.
Son chat
Qu’est-ce qui t’aide à garder de la légèreté dans ta vie?
Mon chien, Gaston. Il me force à sortir trois fois par jour. Il ne le sait pas, mais c’est un chien très chanceux : il dort dans un lit king. Il y a aussi le hockey. Une ligue le mardi avec des gars qui ne sont pas du tout dans mon milieu. Des gars d’usine, de shop. Ça fait du bien de changer de communauté. Et mes amis de longue date. Ceux qui te forcent à aller à Percé parce qu’ils y passent l’été. C’est précieux.
Paradis
Si le paradis existe, qui se retrouve sur ta scène pour un beau grand show?
Il y aurait beaucoup de monde… il faudrait presque un fichier Excel – comme pour la guest list du show du 13 à Longueuil! C’est sûr qu’il y aurait mon grand-père, Philippe Bilodeau, le premier grand deuil de ma vie. Son décès m’a inspiré Ça va. Il y aurait Dédé Fortin, Pauline Julien… et mon petit chat Cache-Cache, décédé de vieillesse.

Émile Bilodeau présente Bill aux Îles, mise en scène d’Hubert Proulx
📍 Théâtre de la Ville, Longueuil
📅 13 février
⏰ 20 h
🎟️ Billets disponibles sur le site du Théâtre de la Ville

