En cette campagne électorale où divers enjeux sont débattus sur la place publique, quelles sont les préoccupations des jeunes? Que veulent-ils voir changer dans la société? Deux jeunes impliquées dans les activités du Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Brossard se sont prêtés à l’exercice d’une rencontre avec des candidats de La Pinière et Pierre-Laporte.

Rencontrée le 23 septembre, Morgane Brouillard Galipeau admet qu’elle s’intéresse à la campagne électorale davantage dans son dernier droit, à l’approche du vote.

«Je peux comparer les différentes plateformes puis avoir une meilleure idée pour qui je vais voter. Mais en général, je trouve qu’on parle beaucoup, mais qu’on ne fait pas grand-chose. C’est important de réaliser des actions, d’impliquer les jeunes qui veulent être impliqués, qui veulent améliorer le futur du Québec», ajoute-t-elle, en discussion dans les bureaux d’Alliance carrière-travail – CJE Brossard.

Si l’âge du droit de vote était abaissé à 16 ans comme elle le souhaite, le cours d’éducation à la citoyenneté devrait être donné dès le secondaire 1, estime-t-elle, «pour bien préparer les jeunes à prendre des décisions concrètes et à avoir plus de connaissances sur notre gouvernement et sur qui ils veulent élire».

Morgane n’est pas la seule à vouloir faire une différence. Elle a rapporté des résultats de la consultation réalisée auprès de 6000 jeunes par MaVoixCompte. Pas moins de 74% d’entre eux ont l’intention de voter aux prochaines élections. Ce qui est moins rose : 87% n’ont pas le sentiment d’avoir un grand impact sur la société. Et 80% n’ont pas confiance en l’avenir.

Tant Morgane que Laeticia Perriet sont convaincues que la voix des jeunes mérite d’être entendue.

«Je pense qu’on verrait l’impact parce que, c’est nous qui sommes les plus affectés, on est quand même le futur. Il faudrait que notre opinion soit prise en compte dans les décisions pour que ça reflète la réalité d’aujourd’hui. On vit beaucoup de difficultés. Je ne peux pas aller aux activités du CJE si j’ai de la difficulté à savoir ce que je vais manger, comment je peux payer mon logement… Il faut qu’on soit bien encadré, qu’on ne soit pas en train de se demander comment survivre», témoigne Laeticia.

Selon Morgane, tenir davantage compte du point de vue des jeunes mènerait à une société plus ouverte. «Au Canada, les jeunes ont tendance à être plus ouverts d’esprit, à être plus progressistes et à prioriser les valeurs humaines plutôt que, par exemple, le capitalisme. Donc, ça nous permettrait de nous propulser vers une utopie, en quelques sortes, au moins de commencer les démarches.»

Comme l’a soulevé Laeticia, Morgane s’inquiète aussi des impacts du coût de la vie. «Ça fait vraiment peur, tout le monde est dans le même bateau, a de la misère à se trouver un logement. Moi, je suis chanceuse d’encore habiter chez mes parents, mais je sais que ce ne sera pas pour toujours.»

Nombreuses préoccupations

Les relations avec les Autochtones et communautés inuites – et la nécessité de leur donner les services dont ils ont besoin –, fait partie des préoccupations sociales de Morgane. Devant les candidats, elle s’inquiète du taux de dérochage de 80% des jeunes au Nunavik.

Les deux jeunes filles mentionnent aussi leurs inquiétudes à l’égard de l’environnement, mais aussi celles relatives à l’intelligence artificielle.  

«Je suis contre la plupart de l’intelligence artificielle», avance Morgane.

Elle nomme entre autres ses conséquences écologiques, et le recours à l’IA par certains étudiants pour «faire des travaux leur place», ce qui nuit à l’apprentissage. Elle fait aussi un lien avec la santé mentale.

«Les gens qui utilisent l’intelligence artificielle comme ressource pour la santé mentale au lieu d’aller voir un thérapeute ou même d’en parler avec leurs amis, ça fait qu’ils peuvent développer des idées de grandeur. Il y a certaines personnes qui pensent qu’ils sont Dieu, relève-t-elle. On a vu des gens qui ont utilisé l’intelligence artificielle pour faire un plan pour se suicider. Donc, c’est très épeurant.»

L’une des solutions à ses yeux est d’offrir davantage de ressources en santé mentale données par des professionnels.

Laeticia aimerait voir une meilleure réglementation autour de l’IA, afin qu’elle soit bien utilisée.

(Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

L’adolescente de 19 ans aborde également la question de la santé mentale. «J’ai de l’autisme. J’ai eu la chance d’être très encadrée pour avoir mon diagnostic, mais je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est très dur d’aller chercher ces ressources, puis ça peut prendre extrêmement de temps.»

Soutien du CJE

Les deux participantes ont aussi fait part du soutien qu’elles ont reçu au sein du CJE de Brossard.

La coordonnatrice des services jeunesse Élodie Merniaux raconte sa première rencontre avec Morgane. «Elle tremblait, physiquement. Elle n’était pas en mesure même de me regarder dans les yeux. C’était ça, nos premières rencontres : on faisait du dessin, pour ne pas se regarder. Je parlais, je posais des questions. Puis vous la voyez aujourd’hui… Elle a beaucoup grandi.»

Le CJE lui a notamment offert du soutien dans son projet d’écrire un premier roman.

«Au début, je n’avais même pas la confiance d’appeler ça un roman. Je ne sais même pas si c’est bon ce que j’écris, je ne sais pas si c’est important. Mais Élodie m’a fait comprendre que ma voix était aussi importante. Mon roman parle beaucoup d’enjeux de santé mentale, mais aussi d’enjeux de personnages qui font partie de la communauté LGBT.»

Laeticia a quant à elle été épaulée pour mener un projet «par et pour les jeunes», qu’elle a présenté à la Ville de Longueuil et qui s’est concrétisé. «Chaque jeune qui voulait créer un projet pouvait avoir jusqu’à 5000$. C’est né à cause d’elle», précise fièrement Mme Merniaux.

Demandes d’engagements

Les candidats (Photo : Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

En présence des candidats libéraux David Bowles et Linda Caron, de la candidate du Parti québécois Sarah Plante et des candidats du Parti vert du Québec Yahia Ghzala et Tina Jiuru Zhu, l’équipe d’Alliance Carrière-Travail CJE de Brossard a présenté les engagements du Pacte pour les jeunesses du Réseau des carrefours jeunesse emploi du Québec

1-Faire des jeunes une priorité gouvernementale 

2-Donner une véritable voix aux jeunes

3-Déployer Carrefour JEunesse

«Aujourd’hui, les jeunes doivent souvent naviguer entre plusieurs portes, programmes et ministères afin d’obtenir le soutien nécessaire à leur parcours. Demain, une seule porte devrait suffire. Pour y parvenir, il faut regrouper les enveloppes destinées aux CJE sous une gouvernance unique.»

4-Adopter un objectif Zéro jeune invisible

«On veut qu’aucun jeune ne tombe entre les craques du système. Nos jeunes sortent de certains milieux et ils disparaissent. C’est la même chose ici aussi. On a de la difficulté à aller les chercher. On travaille très fort pour se faire connaître, mais encore beaucoup de jeunes ne nous connaissent pas, ne savent pas qu’on a des ressources pour les aider. Ce Pacte propose que, durant ces transitions, qu’on soit des portes d’entrée au lieu d’être des portes de sortie, qu’on les accompagne au lieu de les perdre complètement.»

-Élodie Mériaux, coordonnatrice des services jeunesse

5-Préparer le Québec de demain

«La réflexion qui a été menée par les carrefours jeunesse-emploi a été de se dire : parlons de carrefours jeunesse, et pas qu’emploi. C’est beaucoup plus que de l’emploi dont on parle, mais d’insertion socioprofessionnelle, de santé mentale, d’accompagner des jeunes pour faciliter leur accès à des services au réseau de la santé. Nos équipes ont vraiment une approche globale et systémique.» -Chantal Desfossés, directrice générale d’ACT-CJE Brossard

Deuxième emploi

La hausse du coût de la vie frappe fort. Dans la dernière année, le CJE de Brossard a observé que beaucoup de jeunes impliqués ont dû se désengager de certains projets, parce qu’ils doivent se trouver un deuxième travail. «On est là. On a cette clientèle qui arrive pour se trouver un deuxième emploi», signifie Mme Mériaux.

Elle soutient qu’un assouplissement des critères permettant aux jeunes d’accéder à certains services seraient très bienvenus.

«Services Québec considère que si le jeune travaille, on ne peut pas l’aider. Même s’il veut améliorer sa situation, même s’il est dans un emploi précaire, qu’il travaille dix heures par semaine, qu’il est payé au salaire minimum, qu’il veut améliorer sa vie… On ne peut pas le prendre dans nos services réguliers.»

Dans la dernière année, le CJE de Brossard a réalisé plus de 3600 interventions. Plus de 3000 jeunes ont été accompagnés.