Un dollar la photo! C’est le tarif que recevait le photographe Bernard Brault en 1977, alors qu’il travaillait au Courrier du Sud. Parmi ses sujets préférés figurait le premier ministre René Lévesque, qui était alors député de Taillon. Près de 50 ans plus tard, 23 des milliers de clichés qu’il a réalisés du politicien sont réunis dans une exposition présentée à la bibliothèque Georges-Dor jusqu’au 27 septembre.

Né à Longueuil, Bernard Brault a vendu ses premiers clichés alors qu’il avait une vingtaine d’années. Pigiste au Courrier du Sud, qui affichait à l’époque ouvertement ses sympathies péquistes et souverainistes, il suivait régulièrement René Lévesque dans ses déplacements dans le comté, pratiquement chaque lundi. Le photographe garde d’ailleurs une profonde reconnaissance envers le rédacteur en chef de l’époque, Lucien Beauregard, qui lui a donné sa toute première chance.

Bernard Brault
Le premier ministre Lévesque en entrevue au Courrier du Sud en janvier 1982. (Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)

«À cette époque, il y avait une certaine complicité qui se développait entre les politiciens, les journalistes et les photographes. Il n’y avait pas de photo op où tout est réglé d’avance», se souvient le photographe en parcourant ses archives.

Résultat : une proximité qui donne naissance à des images prises sur le vif : René Lévesque au travail, dans l’attente d’une conférence de presse, plongé dans ses pensées, riant à gorge déployée ou encore absorbé dans une partie de cartes avec des citoyens.

Un cliché témoigne notamment d’un incident survenu lors d’une visite, alors que le premier ministre s’est blessé au doigt en touchant une pièce d’aluminium. «J’ai pris quatre clichés qui racontent cet incident. René Lévesque était vraiment facile d’approche. Je connaissais bien ses gardes du corps», raconte Bernard Brault.

Sur plusieurs photographies, le politicien apparaît également une cigarette à la main, une image difficilement imaginable aujourd’hui. «Ça fumait beaucoup à cette époque, comme on peut le constater sur plusieurs photos», lance le photographe avec un sourire.

Pendant dix ans, le photographe a suivi l’homme politique dans le viseur de son appareil, d’abord au Courrier du Sud puis chez United Press Canada et enfin au quotidien La Presse.

Une seule des photos exposées est en couleur, celle de la soirée référendaire du 20 mai 1980 lors du fameux discours À la prochaine fois ! «J’ai pris ma dernière photo de René Lévesque le 30 octobre 1987, deux jours avant sa mort», se remémore Bernard Brault.

L’exposition permet également aux visiteurs de découvrir, dans un présentoir, l’une des premières caméras utilisées par le photographe, des cartes de presse ainsi que sa carte de membre du Parti Québécois, une proximité politique qui ne serait plus tolérée aujourd’hui dans la profession.

Bernard Brault

Divers souvenirs de la carrière de Bernard Brault sont présentés au public. (Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)

Attaché au quotidien La Presse de 1984 jusqu’à sa retraite, Bernard Brault est surtout reconnu pour la qualité de ses images de sports. Jeux olympiques, hockey, Formule 1, il a touché à tout. Son talent lui a valu plus de 200 prix internationaux.

À travers ces 23 photographies, Bernard Brault offre un regard intimiste sur René Lévesque, captant des moments spontanés qui permettent de découvrir l’homme derrière le politicien et toute la puissance évocatrice d’une image.