Depuis 2025, le Desflurane a été éliminé des blocs opératoires des trois centres hospitaliers de la Montérégie-Est, dont l’hôpital Pierre-Boucher à Longueuil. Ce gaz anesthésiant a 2500 fois l’effet du CO₂ sur le réchauffement climatique. L’initiative a ainsi permis de réduire de 93 % des émissions en équivalent CO₂ associées aux gaz anesthésiques.
Le Desflurane est un gaz anesthésiant qui permet de maintenir les patients sous anesthésie générale lors d’une chirurgie. Le gaz est administré par ventilateur. «Lorsque le patient expire le gaz, c’est envoyé par les tuyaux d’échappement de l’hôpital et c’est relâché dans l’atmosphère, explique la Dre Elise Lortie, anesthésiologiste. Ça prend 14 ans à ce qu’il soit éliminé.»
Dès 2019, il y avait une volonté des anesthésiologistes de réduire la consommation de Desflurane. Cette année-là, l’utilisation de tous les gaz anesthésiants à Santé Québec (CISSS) Montérégie-Est représentait une voiture qui roule pendant 2,6 millions de kilomètres.
Les gestes individuels et la conscientisation ont porté fruit, de sorte que le recours à ce gaz a été complètement éliminé. «Avec ce qu’on a fait à partir de 2025, on est rendu à l’équivalent de 196 000 kilomètres, signifie Dre Lortie. C’est 93% de réduction des gaz relâchés dans l’atmosphère.»
Le Desflurane a été remplacé soit par le recours à un autre gaz, le sévofluorane, ou l’anesthésie intraveineuse.
«Ces alternatives sont tout aussi efficaces, tout aussi sécuritaires, et permettent de maintenir le patient sous anesthésie générale de la même façon, mais en ayant un impact environnemental beaucoup moindre.»

Ce changement a nécessité une certaine adaptation dans la pratique médicale alors que les caractéristiques des deux gaz ne sont pas exactement les mêmes. «Ç’a été quand même un choix départemental, des médecins anesthésiologistes, de retirer complètement le desfluorane, même du catalogue de la pharmacie», précise celle qui préside l’Éco-CMDPSF de Santé Québec – Montérégie-Est.
Ce comité de médecins et de pharmaciens, créé par la Dre Lortie et la pharmacienne Diem Vo en 2024, accompagne les départements médicaux et des services de pharmacie dans la transition vers des soins de santé plus durables.
Autre gaz qui a été pratiquement éliminé : le protoxyde d’azote, soit le gaz hilarant utilisé pour la sédation lors des procédures mineures. Le gaz circulait dans des canalisations centrales de l’hôpital.
Des études menées notamment avec l’Association des anesthésiologistes du Québec ont montré que ce système engendrait énormément de gaspillage par fuite. «Et une fois qu’il est envoyé dans l’atmosphère, il va rester là pendant 114 ans à réchauffer la planète. C’étaient des pertes et des pertes.»
À Santé Québec Montérégie-Est, ces canalisations centrales ont été fermées et ce gaz n’est presque plus utilisé au bloc opératoire.
À peine utilisées et jetées
Le CISSS de la Montérégie-Est mène de plus une initiative afin de réduire l’impact des inhalateurs de type aérosol-doseur. Initié à l’Hôtel-Dieu de Soleil, le projet vise la réutilisation sécuritaire de ces aérosols-doseurs entre les patients, afin d’éviter le gaspillage.
«On a fait une petite étude locale qui a montré que souvent, la pompe pouvait être jetée après qu’on ait utilisé moins de 10 % du médicament à l’intérieur», relève la docteure.
Un inhalateur de Ventolin contient 200 doses et génère une empreinte carbone équivalente à un trajet en voiture d’environ 580 kilomètres.
Le médicament contenu dans la pompe n’est pas nocif pour l’environnement, mais c’est le cas de l’agent propulseur contenant des hydrofluorocarbones. «C’est à haut potentiel de réchauffement climatique. On parle dans certains cas de 1000 ou jusqu’à plus de 2000 fois l’effet du CO₂ sur l’atmosphère.»
Le projet est en développement pour déployer un protocole dans les départements de physiologie respiratoires des hôpitaux de la Montérégie-Est au cours de la prochaine année.
Faire plus
Ces initiatives, aussi porteuses soient-elles, demeurent des actions locales, souligne la Dre Lortie.
Pour des résultats à plus large échelle, elle croit que les gouvernements pourraient dicter des normes sur l’utilisation des hydrofluorocarbones contenus dans les aérosols-doseurs, afin de privilégier ceux dont l’empreinte carbone est plus faible.
Elle suggère aussi une réglementation afin d’obliger les compagnies à intégrer des compteurs de doses sur les pompes. «Ça permettrait d’utiliser une pompe jusqu’à sa durée de vie, relève-t-elle. Ça serait pour les patients en externe aussi, quand ils sont à la maison. Ils ne savent jamais si la pompe est pleine ou non.»
Réduire le plastique
Avant même que l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux encourage les «circuits réutilisables» dans les blocs opératoires, l’hôpital Pierre-Boucher a mis cette pratique en place.
«Normalement, quand on fait une anesthésie générale, le patient a un circuit respiratoire de deux tubes, plus un ballon, plus un autre tube. Donc quatre tubes et un ballon jetés à chaque patient. C’est une quantité de plastique incroyable qui est jetée!» illustre l’anesthésiologiste.
«On a réussi à instaurer une procédure qui nous permet d’utiliser un circuit pendant une semaine entière, ça nous a permis de diminuer de 1200 kilos de matière qui vont aux déchets annuellement. C’est énorme.»
Ces déchets en moins ont de plus entraîné des économies. Ce qui incite Dre Lortie a affirmé que les gestes environnementaux agissent sur trois plans : pour la planète, pour les patients, et pour la «prospérité». «Quand on utilise bien les ressources, on diminue leur utilisation des ressources, on diminue les déchets, on diminue les coûts.»


A chacun son petit pas pour sauver la planète. 👏👏👏👏