Le nombre de vols d’entraînement d’hélicoptères surplombant Longueuil a diminué de 89% entre juillet 2025 et juillet 2026, selon la Ville de Longueuil. Le fruit, dit-elle, de ses démarches afin d’atténuer les plaintes citoyennes, de même que d’actions prises par le MET – Aéroport métropolitain de Montréal. Selon un citoyen, des irritants demeurent néanmoins.

«Les plaintes, dans les derniers mois, ça s’est réduit de façon considérable. Pour vivre moi-même dans le Boisé du Tremblay, j’ai vécu l’été dernier où c’était fréquent. Puis maintenant, il n’y a à peu près plus de vols», expose Sylvain Lambert, conseiller municipal du district Vieux-Saint-Hubert–la Savane.

«C’est vraiment l’effet de tout ce qu’on a mis en place pour y arriver, ajoute-il. On a eu beaucoup de conversations avec le MET et Hélicraft.»

Parmi les entreprises et instances opérant des hélicoptères au MET ou dans la zone aéroportuaire se trouvent Hélicraft, qui effectue de la formation et des vols touristiques, de même qu’Héli-Inter, la Sûreté du Québec (SQ), les Forces armées canadiennes et la GRC.

Si les appareils d’Hélicraft décollent et atterrissent à ses installations du chemin de la Savane, des manœuvres d’entraînement étaient effectuées au MET.

Or, en avril, l’Aéroport «a significativement augmenté sa tarification ayant pour résultat une diminution de 84% des mouvements d’entraînements d’hélicoptères effectués au MET», indique le président par intérim Simon-Pierre Diamond.

La hausse des coûts d’utilisation de ses installations pour ce genre de manœuvres a en effet eu un effet dissuasif chez plusieurs utilisateurs.

Depuis, Hélicraft a par exemple redirigé ses manœuvres d’entraînements dans d’autres petits aéroports aux alentours.

La part des vols d’hélicoptères de la SQ, de l’armée et de la GRC, tous en partance du MET, demeure «marginale», selon M. Diamond.

Encore des plaintes

Rappelons qu’en 2021, de nombreux citoyens avaient exprimé un ras-le-bol face aux passages répétés au-dessus de quartiers résidentiels d’hélicoptères, particulièrement ceux d’Hélicraft qui offre des vols touristiques au-dessus de Montréal et du Saint-Laurent.

Des discussions entre les exploitants d’hélicoptères, NAV Canada et Transports Canada avaient mené à de nouveaux tracés, entrés en vigueur le 15 avril 2022.

Les routes Tunnel, Nord et Tour au départ, de même que les routes Marina, Nord et Tour à l’arrivée «s’appuient sur des repères comme les autoroutes 20 et 30, la route 132 et le secteur industriel», indique Gabriel Bourget, gestionnaire aux relations gouvernementales et avec les médias chez NAV Canada. La société est responsable du contrôle de la circulation aérienne.

La Route Tunnel suit l’autoroute 20 jusqu’au tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, la Route Nord passe à l’est de l’autoroute 30, et la Route Marina longe la route 132 et le secteur industriel en contournant le terrain de golf.

D’ailleurs, sur le site web d’Hélicraft, une carte montre en effet le trajet «Tour de Montréal», qui contourne Saint-Hubert pour longer l’autoroute 20. Le circuit Saint-Laurent effectue un tracé similaire, pour atteindre l’autoroute 20, puis longer la route 132 et le fleuve.

Malgré ces tracés et la diminution des vols d’entraînement, des problèmes subsisteraient, notamment en matière de trajectoires.

Il s’agit notamment d’observations faites par Dave Johnston, résident de Longueuil. Depuis l’an dernier, il a déposé une trentaine de plaintes à Transports Canada concernant des vols d’hélicoptères. Le Courrier du Sud a obtenu copie de certaines d’entre elles.

(Photo : Le Courrier du Sud – archives)

Se rapportant à l’outil Flightradar, M. Johnston a identifié des vols qui ont circulé à moins de 1000 pieds au-dessus de la ville, ce qui contrevient à la réglementation. Des relevés montrent aussi des tracés au-dessus des quartiers.

M. Johnston a contacté le Journal pour dénoncer cette «pollution sonore» et soulève des questions concernant les risques que pourraient comporter les vols à plus basse altitude.

«Selon la réglementation, les appareils volant à moins de 1000 pieds devraient recevoir une contravention. Pourtant, en consultant le site de Transports Canada, on constate qu’aucune sanction n’a été émise contre Hélicraft», mentionne-t-il.

Peu d’informations de Transports Canada

Questionné sur le nombre de plaintes reçues et sanctions imposées à ce sujet, Transports Canada, responsable de la réglementation des aéronefs, des altitudes minimales de vol ou du bruit, a dévoilé peu de détails.

«Nous pouvons confirmer que le ministère a reçu des plaintes depuis mai 2025 en lien avec des vols d’hélicoptères à Longueuil. Lors de la réception des plaintes, Transports Canada examine minutieusement les faits et circonstances, et fait les suivis requis lorsque nécessaire. »

«Lorsque nécessaire, le ministère prend toute mesure d’application de la loi pour assurer la sécurité du secteur du transport aérien», ajoute-t-on.

La Ville souhaite d’ailleurs relancer Transports Canada.

«Malheureusement, on n’a pas les données et on n’a pas toute l’information que possède Transports Canada», dit Sylvain Lambert.

Les pilotes suivent les indications

Président et directeur d’exploitation d’Hélicraft, Jimmy Joubert se défend de contrevenir à toute réglementation.

«On n’a pas de contrôle sur ce que NAV Canada demande, affirme-t-il. On écoute les consignes de la tour de contrôle. Ce n’est pas nous qui décidons de l’altitude ou des itinéraires.»

D’ailleurs, avec l’autorisation de la tour de contrôle, les hélicoptères d’Hélicraft survolent parfois Longueuil jusqu’à une hauteur de 1500 pieds, soit au-delà des 1000 pieds exigés par les procédures de Transports Canada. «On donne 500 pieds de plus pour limiter les impacts», souligne-t-il.

Selon M, Joubert, «ça va super bien» depuis 2022. Il reconnaît recevoir régulièrement des plaintes, mais il s’agit selon lui de la même dizaine de citoyens qui cumulent les doléances depuis plusieurs années. «Et certaines plaintes ne concernent même pas nos hélicoptères», ajoute-t-il.

Possibles dérogations

NAV Canada confirme que les routes édictées dans le Supplément de vol Canada «sont assignées par la tour de contrôle et suivies quotidiennement par l’ensemble des pilotes d’hélicoptère qui évoluent à partir de l’aéroport et du site d’Hélicraft».

Gabriel Bourget précise néanmoins que «comme le prévoit la procédure publiée, les contrôleurs peuvent assigner une trajectoire ou une altitude différente lorsque la sécurité ou l’espacement avec d’autres aéronefs l’exige».

Les instructions visent la sécurité des vols et l’espacement entre les aéronefs «dans un espace aérien dont le plafond est limité en raison de la proximité de l’aéroport Montréal-Trudeau», précise M. Bourget.

De plus, une altitude plus basse ne signifie pas une infraction au règlement. Les hélicoptères traversent l’autoroute 20 à 1 100 pieds au-dessus du niveau de la mer, et la tour leur assigne 1 500 pieds dès que possible sur la Route Tunnel et le long du fleuve.

«À proximité de l’aéroport, au départ et à l’arrivée, ils doivent effectivement voler plus bas, notamment lorsqu’ils passent sous l’altitude du circuit des avions ou lorsqu’une partie de leur route converge avec les routes de départ VFR des aéronefs à voilure fixe qui quittent l’aéroport», spécifie M. Bourget.

Il donne en exemple la Route Tour, qui traverse l’aéroport à 600 pieds au-dessus du niveau de la mer. «Il s’agit d’une exigence de sécurité liée à l’espacement entre les aéronefs […]. Dès que possible, la tour leur assigne ensuite l’altitude en route prévue à la procédure.»

D’ailleurs, les opérations de Porter qui amènent un nouveau trafic depuis l’ouverture du MET en juin n’ont pas eu d’incidence sur les routes ou les altitudes des hélicoptères dans le secteur.