Henri Picard ne s’est pas fait prier pour jouer dans la websérie Ayer’s Cliff. Une histoire complètement déjantée, une comédie dramatique lui permettant de toucher à l’absurde et à l’humour, jusque-là plutôt absents de sa carrière, travailler avec son ami Édouard Gingras (scénariste et réalisateur, avec Zacharie Lareau) et jouer avec Marc Labrèche. «C’est-tu assez?» lance-t-il avec un léger rire, après avoir énuméré toutes ces raisons pour lesquelles le projet l’a séduit.
Dans cette série se déroulant dans la petite ville de l’Estrie, Henri Picard incarne Henri Prud’homme, un jeune garçon qui mène une vie rangée, cumulant deux emplois. Il habite avec son oncle Martin Stevens (un chanteur de disco incarné par Marc Labrèche), avec qui la relation n’est pas très bonne. Il rêve de partir, mais semble pris dans cet engrenage.
Il s’illuminera, un soir, à la rencontre de Louis-Philippe Lajoie, un acteur au fort caractère venu s’exiler à Ayer’s Cliff après une controverse. «Il y a une connexion entre eux, ils ont ben du fun ensemble. On voit Henri enfin un peu heureux, jusqu’à ce qu’un moment tragique gâche tout», relate-t-il.
Un drame qui déclenchera une enquête et multipliera les suspects.
«J’avais un petit peu pitié de ce personnage, admet Henri Picard. Je voulais lui donner une couleur, un petit côté comique et j’ai proposé aux gars de lui donner un accent de région. Mais si je l’ai la première journée, il faut le maintenir tout le long. À la fin des prises, je demandais toujours : l’accent, c’est correct?»

Le jeune acteur qui a grandi à Longueuil reconnait que, dans cette comédie noire, le ressort comique n’appartient pas à son personnage, mais relève surtout de Marc Labrèche, Stéphane Crête et Philippe-Audrey Larrue Saint-Jacques.
Le tournage a pour lui été une occasion d’en apprendre plus sur cette mécanique, cet «art en soi» qui lui est moins familier. «J’étais entouré des meilleurs pour apprendre, et derrière la caméra on était toujours en train de rire, relève-t-il. Même si c’était une scène dramatique, entre Marc et moi, c’était dur de ne pas dérocher, j’étais fragile. Je regardais ailleurs et ça fonctionnait quand même.»
Depuis son enfance qu’il connait Marc Labrèche, un ami de ses parents. C’est la première fois qu’il le côtoyait dans un contexte professionnel. «Avant la première journée, j’étais un peu nerveux. Pas nécessairement parce que c’était Marc Labrèche, mais parce que je le connais. Mais ça s’est fait naturellement. J’étais content de travailler avec lui dans un projet où justement, ce n’est pas Marc Labrèche, il ne fait pas des sketchs. On s’est vraiment éclaté.»

Court et intense
Diffusée sur Tou.tv Extra, la série est divisée en sept épisodes de 15 minutes, un format plus court que les séries dédiées à la télévision. «J’aime la voir comme un film de 1h45 divisé en sept parties. C’est à écouter en une soirée!»
Ce format plus court s’est répercuté sur le tournage, qui s’est concentré en à peine trois semaines. «On savait qu’on n’avait pas beaucoup d’argent. Pour des scènes, on pouvait faire juste une prise : c’était un thrill, on voulait bien la faire», exprime-t-il, à propos de ce projet qu’il chérit tout particulièrement.
Un fort sentiment d’appartenance qui s’explique notamment parce que l’acteur a assisté aux balbutiements du projet, il y a trois ans, lorsque son ami Édouard Gingras lui en a exposé les grandes lignes, de façon un peu décousue. Il a aussi été du teaser, un peu plus tard.
Tout apprendre, même à cracher
Henri Picard est aussi de la distribution de Youngblood : le hockey dans le sang, adaptation du film des années 1980 mettant en vedette Patrick Swayze, Keanu Reeves et Rob Lowe.
N’est-ce pas un rêve, pour un acteur québécois, de chausser des patins et jouer dans un film sur le hockey? «Bien sûr!» répond Henri Picard. Sa participation à ce film a été pour lui inattendue.
Il a répondu à une demande de selftape, avec le détachement de celui qui croyait n’avoir aucune chance. Non seulement il a su convaincre la production, mais celle-ci a modifié le scénario, pour faire de son personnage un Québécois; un moyen de garder son accent.
Dans le mois accordé pour se préparer avant le tournage, Henri Picard a enfilé ses patins, afin d’être à l’aise sur la glace. «Quand j’ai vu le niveau des autres gars là-bas, je me suis dit que ça ne sert pas à grand-chose de bûcher en malade! C’était immersif de baigner là-dedans, être entourés de gars pour qui le hockey, c’est leur vie.»
Encore, le plateau de tournage est perçu comme un lieu d’apprentissage. Sa doublure sur la glace s’est montrée très disponible pour lui montrer les rudiments du langage corporel du hockeyeur : comment marcher avec des patins, comment se tenir… et comment cracher, lorsqu’on patiente sur le banc. «Il y a toute cette mimique que je voulais intégrer. J’ai essayé d’emmagasiner le plus d’information avant de tourner.»
Luc, pas Papa
En 2026, le public verra aussi Henri Picard au grand écran dans le film Violences, de l’acteur et réalisateur Luc Picard.
C’est la première fois depuis Les Rois Mongols qu’il retrouvait son père sur un plateau.
Il estime d’ailleurs que l’expérience qu’il a gagnée depuis ce tournage vécu à l’âge de 15 ans fait une différence. «On parle peut-être plus le même langage qu’avant. Il me connait bien, plus que personne, et c’est réciproque. Il y a une confiance immédiate, une transparence.»
À nouveau, il n’était pas question de l’appeler «papa» sur le plateau, «ça restait professionnel. J’ai fait cinq jours sur ce film, et je l’appelais Luc. Pas de papa.»
Heureux de cette année foisonnante dans sa carrière, Henri Picard en profite au maximum. «J’en profite quand ça passe. C’est une quête de perpétuelle amélioration, ce métier. Il y a toujours de quoi à apprendre, je suis juste très content.»

