À Longueuil, un jeudi soir, les équipes de hockey féminin se succèdent sur la glace du colisée Jean-Béliveau. «On accueille à peu près 1200 joueuses de partout au Québec pour la durée du tournoi», indique fièrement Stéphanie Lévesque. À quelques semaines des Jeux olympiques, grande vitrine pour le hockey féminin, force est de constater que l’engouement pour le sport a pris du galon.
Du 5 au 19 février, les meilleures hockeyeuses au monde se disputeront le titre aux Jeux olympiques de Milan-Cortina.
Pour le développement du hockey féminin, il n’existe pas meilleur tremplin.
«On a une croissance soutenue depuis environ les sept, huit dernières années. D’habitude on se tient entre 15% et 20% de croissance dans les inscriptions. Et en 2022, l’année qui a suivi les derniers Jeux olympiques, on a vu une croissance de près 40%» explique Stéphanie Lévesque, présidente de l’association de hockey féminin du Richelieu, qui couvre une large portion de la Rive-Sud de Montréal.
Les Jeux… et une ligue professionnelle!
Pour sa part, l’ancienne joueuse des Canadiennes de Montréal et cofondatrice de l’Association de hockey féminin du Suroît, Nathalie Dery, parle d’un grand impact des Jeux olympiques pour le développement du sport chez les jeunes filles. D’autant plus avec l’avènement de la ligue professionnelle féminine (LPHF) et son équipe montréalaise, la Victoire.
«Nos joueuses ont l’occasion de voir les filles de la LPHF plus souvent, de voir les matchs sur place. Et là, il y aura une soixantaine de joueuses de la LPHF aux Jeux, je pense que ça va créer un engouement encore plus important, par exemple, parce que là on connait un peu plus les joueuses de l’Europe», souligne-t-elle.
Elle aussi évoque une hausse dans l’inscription autour de l’année 2022, mais hésite à l’attribuer aux Jeux, alors que l’offre de service dans la région s’est beaucoup améliorée à cette époque.
Pour Stéphanie Lévesque, s’il y a directement cause à effet entre les Jeux et le développement du hockey mineur féminin, la LPHF a apporté une stabilité sur le plan de la visibilité.
«C’est plus constant! Ce qu’on voit de différent depuis que la Victoire est là, ce sont des demandes d’inscription durant toute la saison. Avant, on avait vraiment une pointe en début de saison. Là, on en reçoit encore à ce temps-ci de l’année! Ça peut être des filles qui ont reçu un billet pour Noël par exemple, qui vont voir le match et veulent jouer au hockey à leur tour!» explique-t-elle.

En santé, le hockey féminin?
Et elles sont de plus en plus à vouloir jouer au hockey.
Stéphanie Lévesque explique que dans les dernières années, le nombre de joueuses dans l’Association Richelieu est passé de 330 à 840. Si le tournoi de l’Association fête ses 10 ans cette année, elles sont plus nombreuses à y participer et d’autres tournois se sont ajoutés au calendrier.
«Je dirais même que c’est difficile d’avoir assez de tournois pour toutes les équipes présentement», soutient-elle.
Certains des problèmes qui existaient autrefois sont ainsi disparus. «Quand on avait 330 joueuses dans la région, parfois, former des équipes, ça pouvait être compliqué. Dans une région, on pouvait avoir 9 joueuses, c’est trop petit pour une équipe, ou en avoir 20 et c’était trop gros. Là, avec 840 joueuses, on ne l’a plus du tout ce problème! Quand il n’y en a pas assez pour un secteur, on peut regrouper avec le secteur voisin.»
Les débouchés sont aussi plus grands. Certes, avec la visibilité sur la scène internationale et avec la LPHF, mais aussi avec le réseau universitaire, très proche des associations de hockey mineur. Les jeunes joueuses peuvent ainsi s’imaginer poursuivre le hockey à plus long terme.
Temps de glace
Sur d’autres plans, les défis sont encore grands. Les deux administratrices parlent des difficultés d’obtenir assez de temps de glace et du manque d’arénas.
«Certaines villes sur la Rive-Sud pourraient construire un nouvel aréna et il serait plein au jour 1», évoque Stéphanie Lévesque.
Pour Nathalie Dery, il s’agit d’un frein majeur pour le développement du sport.
«Beaucoup de filles vont être tentées de rester du côté masculin parce que les horaires n’ont pas de bon sens. Toutes les équipes jouent dans une ligue provinciale, alors des fois on joue à 7h le soir dans Lanaudière, ou on ne peut pratiquer qu’une fois semaine. Ça limite la croissance, c’est certain», indique-t-elle.
Une réalité d’autant plus présente alors que la collaboration avec les associations masculines est inégale, autant pour le Suroit que pour Richelieu.
«Cette année c’est encore pire, l’accès au temps de glace de façon équitable avec le hockey masculin. Je ne veux pas généraliser, mais parfois on se retrouve avec des restants de glace. Certaines associations masculines collaborent, d’autres, pas du tout!» ajoute Nathalie Dery, précisant toutefois que les garçons vivent eux aussi avec des enjeux de temps de glace.
N’empêche, les deux femmes sont généralement heureuses de la direction que prend le hockey féminin. Une visibilité accrue et de réels débouchés permettent davantage aux jeunes filles de grandir dans le sport.
Et en cette année olympique, parions qu’elles seront encore plus nombreuses à s’initier dans les prochains mois.
| Deux associations sur la Rive-Sud L’association de hockey féminin du Richelieu couvre le territoire de plus de 90 villes sur la Rive-Sud de Montréal, de Sorel à Lacolle, incluant notamment l’agglomération de Longueuil et la région de Roussillon. L’Association de hockey féminin du Suroît couvre pour sa part les territoires de Beauharnois, Sainte-Martine, Mercier, Châteauguay, et Kahnawake |

