La Croisée de Longueuil, organisme phare de Longueuil depuis maintenant 50 ans, déploie quelque 21 services auprès de la communauté. Cette offre témoigne non seulement de l’ampleur des besoins, mais aussi de celle du dévouement de l’équipe dans sa communauté.

«C’est un organisme de réinsertion, tout le monde se mélange, sans jugement. Et c’est ce qui fait que les gens viennent à la Croisée», relate la directrice générale Caroline Lamothe.

Elle décrit la boutique – où sont vendus à prix modiques une foule d’objets de seconde main – comme une «microsociété». «Des fois, les gens viennent juste jaser. Quand il fait beau, on s’assoit dehors, et ils viennent nous voir», raconte-t-elle.

Du dépannage alimentaire en passant par les services de loisirs et la friperie, il y a plusieurs portes d’entrée – au propre comme au figuré – menant au soutien qu’offre l’organisme.

Une halte-garderie, un programme de soutien parental et un camp de jour, ainsi que d’immenses jardins dont les récoltes servent entre autres au dépannage alimentaire, font partie des services. Il n’est donc pas rare qu’un bénéficiaire recoure à plus d’un service.

«Peu importe la porte, on accueille les gens de la même manière. Et on s’assure qu’ils n’aient pas à raconter leur histoire plus d’une fois. C’est plus humain comme approche», estime Mme Lamothe.

La Croisée célèbrera son demi-siècle d’existence à l’occasion d’un 5 à 7 au Club de golf de Saint-Lambert, le 22 mai. Le thème «Reflets d’humanité» n’a visiblement pas été choisi au hasard.

Éviter l’itinérance

L’offre de services s’est bâtie au fil de la croissance des besoins de la communauté. Comme plusieurs organismes, la Croisée de Longueuil a pris naissance avec un modeste service alimentaire, auquel s’est greffée une petite friperie.  Ces deux services se sont depuis grandement développés.

Mme Lamothe reconnait que le service de dépannage alimentaire demeure celui le plus en demande.

En poste depuis six ans, elle cumule une trentaine d’années d’expérience dans le milieu communautaire, particulièrement en distribution alimentaire.  «Je suis arrivée deux mois avant la pandémie. Oui, avant il y avait un peu de travailleurs, mais ç’a changé. Maintenant, il y en a beaucoup, et il a fallu s’ajuster, en déplaçant la distribution le soir», illustre-t-elle.

Mme Lamothe constate aussi la hausse de l’itinérance au cours des deux à trois dernières années. Il peut arriver que certains individus sans domicile dorment à proximité de l’église qui abrite la Croisée. Des vêtements leur sont offerts.

«Il est beaucoup question d’itinérance, mais un organisme comme la Croisée permet à plein de gens de ne pas se ramasser dans la rue. On peut les accompagner de différentes manières, évoque Mme Lamothe. Puis on aide aussi ceux qui retournent en appartement, et qui ont besoin de s’équiper.»

En six ans, elle remarque aussi une hausse du nombre de nouveaux arrivants. Une réalité à laquelle l’organisme a dû s’adapter. «On s’est formé, on a créé des partenariats avec d’autres organismes, pour avoir des interprètes. Mais là on est rendu bon avec le cellulaire pour traduire des conversations. Et plusieurs de nos employés parlent plusieurs langues.»

Le «nerf de la guerre»

Quelques semaines après la grève lancée par le Communautaire à boutte, qui réclame un soutien financier à la hauteur des besoins, Caroline Lamothe n’hésite pas à identifier le financement comme «le nerf de la guerre».

«Notre camp de jour, à 110$ par semaine, c’est un bas prix, comparativement à d’autres. Et on fait tout ce qu’on peut pour ne pas monter les prix», donne-t-elle en exemple.

Elle insiste sur l’importance d’un financement à la mission pour maintenir ces services à prix abordables. Actuellement, la Croisée bénéficie d’un financement à la mission insuffisant pour soutenir l’ensemble de l’offre, qui se chiffre à 2,3 M$.  

«C’est un vrai casse-tête», admet-elle.

Hormis l’aide alimentaire réservée au quartier délimité par le boul. Taschereau et le chemin de Chambly, puis la rue Bord-de-L’Eau et le boul. Curé-Poirier, la Croisée dessert l’ensemble de l’agglomération de Longueuil.

«On essaie de tout maintenir à bas prix, mais nos employés, il faut les payer, et décemment», fait-elle aussi valoir.

À ses 25 employés s’ajoute une équipe de quelque 180 bénévoles. Mme Lamothe s’estime chanceuse d’affirmer que le recrutement ne constitue pas un enjeu. «On n’a pas de gros taux de roulement. Les gens aiment travailler et donner pour la Croisée.»