Le Courrier du Sud rencontre le Bloc québécois : une délégation bloquiste « plus importante que jamais »

Soledad Orihuela-Bouchard, Beritan Oerde et Denis Trudel, candidats dans la région pour le Bloc québécois. (Photo: Le Courrier du Sud ‒ Michel Hersir)
Denis Trudel, Beritan Oerde et Soledad Orihuela-Bouchard sont unanimes lorsqu’on leur demande de quoi les électeurs leur parlent le plus depuis le début de la campagne électorale : «ils parlent de Donald Trump, évidemment!» Dans cette dynamique, les trois candidats du Bloc québécois estiment leur voix plus importante que jamais.
Si les craintes face à l’administration américaine semblent pour le moment donner un élan au Parti libéral, les élus du Bloc québécois croient au contraire qu’une forte députation bloquiste est la meilleure riposte.
«Cette élection-ci, c’est l’élection où le rôle du Bloc est le plus fondamental, le plus important quasiment de toute l’histoire du Bloc. C’est le moment où c’est le plus important d’avoir une forte délégation du Bloc à Ottawa face la menace de M. Trump», soutient Denis Trudel.
«On est la garantie pour les Québécois qu’on ne se fera pas avoir dans les prochaines négociations», ajoute-t-il.
Indépendance et jeunesse
M. Trudel a l’expérience des campagnes électorales. Élu depuis 6 ans dans Longueuil—Saint-Hubert, il mène une quatrième campagne avec la même mire sur son ultime objectif : l’indépendance du Québec.
«On ne parle plus français ici dans 50 ans si on ne fait pas un pays, c’est clair de même. Les professions de foi de M. Carney [le chef des Libéraux et premier ministre du Canada], "je vais protéger le français", je n’y crois pas cinq minutes et quart! […] Moi, c’est la bataille de ma vie, protéger la langue et la culture», maintient-il.
Candidate dans Longueuil—Charles-LeMoyne, Beritan Oerde se lance pour sa part dans une première campagne électorale. La souverainiste de 27 ans voit dans son engagement une application plus concrète de son implication en politique québécoise.
«[Je me lance] au fédéral, parce que je pense qu’on a un devoir d’aller défendre le Québec […] Le Bloc, c’est de la politique québécoise pour moi, c’est le parti qui défend vraiment les intérêts du Québec. C’était le pas à faire», explique-t-elle.
À 23 ans, Soledad Orihuela-Bouchard en est déjà à une troisième campagne électorale, sa deuxième au fédéral, mais sa première dans Brossard—Saint-Lambert. Elle veut défendre les intérêts du Québec, mais aussi porter une voix féministe de la jeunesse à la Chambre des communes. La candidate déplore notamment l’abolition du ministère des Femmes et de l’Égalité des genres par Mark Carney en mars.
Bloc ou pas de Bloc dans la région
Si les candidats évoquent la défense du Québec à Ottawa, ils évoquent aussi leur voix pour la région.
Les sondages leur sont pour le moment défavorables, mais les trois bloquistes mettent en garde la perte de leur présence au fédéral. M. Trudel estime notamment qu’un député de l’opposition parle plus fort qu’un député du parti au pouvoir.
«Un député d’arrière-ban, c’est une perte de pouvoir dans la région. Moi, quand je me lève, je parle pour Longueuil, pour l’industrie de l’aérospatiale. Je me suis battu pour le projet Unitaînés. T’as ben plus une voix quand t’es dans l’opposition parce que tu déranges, tu peux poser des questions gênantes et faire en sorte que ça bouge. Ça m’apparait bien plus important d’avoir des députés du Bloc, qui vont se lever et défendre les intérêts spécifiques de la région», croit-il.
«Dans l’opposition, on a toujours un levier!»
Beritan Oerde, candidate dans Longueuil—Charles-LeMoyne
Celle-ci évoque en outre l’incertitude pour les compagnies d’acier et d’aérospatiale de la région dans d’éventuelles négociations avec le gouvernement américain.
«Est-ce que M. Carney va décider d’aller sacrifier notre économie pour protéger l’industrie automobile de l’Ontario? On ne sait pas les conversations qu’il y a entre M. Carney et M. Trump. On a besoin d’une forte délégation québécoise qui va pouvoir dire : non, tu ne vas pas sacrifier telle industrie, notre culture, notre langue», croit-elle.
Logement
Sur le plan du logement, les candidats ont l’intention de suivre les recommandations émises par M. Trudel à la suite de sa tournée québécoise sur le sujet. Notamment, de travailler afin que le fédéral finance des projets tout en déléguant la réalisation de ceux-ci aux paliers inférieurs.
«La grosse mesure que j’ai mise dans mon rapport sur le logement, c’est que le logement est une compétence provinciale. Il faut qu’il y ait moins de joueurs pour accélérer les projets et la façon la plus simple pour moi, c’est qu’un palier de gouvernement se tasse du chemin», soutient le député sortant.
«Il y a trop de dédoublements. Notre but, c’est d’aller chercher cet argent-là et de le gérer», renchérit Mme Oerde.
Les candidats insistent en outre sur l’importance de débloquer des fonds pour les infrastructures liées au logement comme les aqueducs.
Les trois candidats souhatient amener des valeurs progressistes à la Chambre des communes. (Photo: Le Courrier du Sud ‒ Michel Hersir)
«Le plus petit effort en démocratie»
Mme Orihuela-Bouchard et Mme Oerde soulignent par ailleurs l’importance d’amener une nouvelle voix féministe à Ottawa, évoquant un recul pour les droits de femmes dans le monde.
«Ça fait peur de voir des pensées réfractaires revenir, on le voit aux États-Unis, mais aussi dans le monde entier. Le Québec est une des places où les femmes sont le plus libres, alors comment on conserve ces valeurs face à un monde qui change, ça nous tient beaucoup à cœur», note Mme Oerde.
«Ça prend juste un claquement de doigts pour que ça recule», ajoute Mme Orihuela-Bouchard.
Les candidats invitent d’ailleurs les citoyens à aller voter le 28 avril, d’abord et avant tout pour une question de participation civique.
«Il y a encore des personnes dans le monde qui battent tout simplement pour aller voter. Voter, c’est le plus petit effort démocratique qu’on peut faire quand on est dans une démocratie. C’est la moindre des choses qu’on peut faire pour conserver nos institutions démocratiques», soutient Beritan Oerde.