MISSION. Pas facile de planifier deux ans d’entraînement à travers le monde et six mois passés dans l’espace lorsqu’on est père de deux enfants. Voilà le défi premier que devra affronter l’astronaute de Saint-Lambert David Saint-Jacques, qui a appris le 16 mai qu’il s’envolera pour la station spatiale internationale (ISS) en novembre 2018.

Dans quelques semaines déjà, l’astronaute, qui vit à Houston au Texas depuis son entrée à l’Agence spatiale canadienne (ASC) en 2009, partira vers le Japon pour les premiers entraînements en vue de la mission.

«Nous quitterons ensuite pour la Cité des étoiles à Moscou, où je devrai décrocher la certification de copilote pour la capsule Soyouz, ce qui est un moment crucial de l’entraînement. Viendront ensuite les perfectionnements en robotique à l’ASC, à Saint-Hubert.»

Malgré l’entraînement physique et mental à venir, ce que le prochain membre de la mission Expedition 58/59 redoute est de réussir à bien gérer sa vie personnelle en parallèle à son mandat professionnel.

«Ouf! Quel casse-tête! J’aime mon métier, mais je suis d’abord et avant tout un père et un mari. Mon épouse – qui a aussi une carrière – et moi devons jongler avec tout ça pour en tirer du positif pour tous. Nous ne sommes pas naïfs et nous savons que ce sera un défi durant les deux ans d’entraînement et les six mois en orbite, mais c’était notre but lorsque nous avons déménagé à Houston.»

Deux années intenses

Après l’annonce de sa nomination pour la mission Expedition 58/59, l’astronaute a répondu aux questions d’une soixantaine de journalistes en deux jours, et le marathon d’entrevues n’est pas encore terminé.

«On surfe sur la vague de l’annonce encore un moment. C’est touchant de voir que l’espace suscite autant d’intérêt, parce qu’il est important de rappeler que les satellites sont des infrastructures aussi importantes que nos routes; nous les utilisons chaque jour. Ce n’est pas un luxe d’aller dans l’espace», explique celui qui possède un baccalauréat en ingénierie, en plus de ses doctorats en médecine et en astrophysique.

Sur les trois astronautes qui prendront place dans une fusée Soyouz pour rejoindre l’équipage international à bord de la station spatiale David Saint-Jacques est le premier dont l’identité est connue.

«Nous serons trois astronautes qui rejoindront les trois membres déjà à bord, que nous appelons des seniors et qui nous apprendront le fonctionnement de la station. Tous les trois mois, la moitié de l’équipage se renouvelle», explique le Lambertois.

Horaire de travail standard

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les astronautes en orbite travaillent cinq jours par semaine et profitent de leur week-end pour des projets personnels.

«On se lève à 7h et on se couche vers 22h. On fait même le ménage le samedi! Mais il ne faut pas oublier qu’en cas de problème, on peut travailler 24 heures par jour», explique David Saint-Jacques.

L’équipage est plutôt autonome quant à l’ordre des tâches à exécuter dans la station, ce qui augmente la productivité. La mission consistera essentiellement à exécuter des expériences du domaine médical, la spécialité du Canada.

«L’absence de gravité est mauvaise pour la santé et peut donner les mêmes effets que certaines maladies d’ordre cardiovasculaire, neurologique ou visuel. Notre équilibre se désactive et la pression sanguine n’est plus dirigée de la même manière. Nos recherches serviront éventuellement à la médecine sur terre», explique l’astronaute.

L’ancien élève de l’école primaire des Saints-Anges de Saint-Lambert ne sait pas encore exactement ce qu’il prévoit faire dans ses temps libres, mais il compte bien s’installer le plus souvent possible devant les fenêtres, dans le but d’admirer le paysage.

«Chris Hadfield est un exemple pour moi et il a toujours dit que l’important est de rester soi-même, ce qu’il a fait avec ses capsules vidéos qui ont fait le tour du monde et qu’il produisait dans ses moments libres.»

À savoir si une éventuelle deuxième mission dans l’espace serait possible, l’ancien médecin du Grand Nord, se contente de vivre une mission à la fois, mais fait remarquer que plusieurs astronautes participent à deux missions et que le record revient à un Américain qui s’est envolé sept fois vers l’ISS.

 

Parcours scolaire et professionnel de David Saint-Jacques

• Primaire à l’École des Saints-Anges à Saint-Lambert

• Secondaire au Collège de Montréal

• Collégial au Cégep Maisonneuve

• Baccalauréat en ingénierie de l’École Polytechnique de Montréal en 1993

• Travaille deux ans comme ingénieur, comme son père et son grand-père, de 1993 à 1995

• Doctorat en astrophysique de l’Université de Cambridge en 1998

• Voyage partout dans le monde comme astrophysicien et chercheur, de 1998 à 2000

• Doctorat en médecine familiale de l’Université Laval en 2005 et sa résidence en médecine de première ligne en région éloignée à l’Université McGill

• Travaille comme médecin dans des camps de réfugiés, en Amérique centrale et dans le Grand Nord québécois, de 2005 à 2008

• Choisi parmi 5000 candidats qui participent au camp de sélection pour s’entraîner dans le but de devenir astronaute de l’Agence spatiale canadienne et subi de nombreux tests physiques et psychologiques, en mai 2008

• Devient l’un des deux nouveaux astronautes canadiens, avec Jeremy Hansen, choisis parmi 31 candidats après un camp de sélection d’un an, en mai 2009

• Suit une formation intensive de deux ans pour devenir astronaute, de 2009 à 2011

• Attend son tour pour participer à une mission spatiale et travaille à Houston au Texas à la NASA, de 2012 à 2016

• L’ASC annonce en juillet 2015 qu’il sera l’un des deux prochains Canadiens à participer à une mission spatiale d’ici 2024

• Nommé le 16 mai 2016 pour participer à la mission Expedition 58/59, dans laquelle il décollera en novembre 2018 pour un séjour de 6 mois dans la station spatiale internationale