Deux êtres que tout oppose, un lien indéfectible tissé par les mots. Le 10 mars prochain, le Théâtre de la Ville de Longueuil accueille Lettres d’amour, adaptation francophone de la célèbre pièce Love Letters, portée par Maude Guérin et Christian Vézina, accompagnés du pianiste jazz Yves Léveillé.
De Broadway au Québec, cette œuvre mythique, finaliste du prix Pulitzer à la fin des années 1980, continue de toucher droit au cœur. Écrite pour être lue, sans quatrième mur, Lettres d’amour demeure pourtant résolument théâtrale. Pendant une heure, le public est invité à suivre la correspondance de Mélissa et Andrew, amorcée en 1937 alors qu’ils n’ont que huit ans, et qui s’étend sur près de 50 ans.
Issus de milieux sociaux différents, mais tous deux aisés, les personnages se rencontrent sur les bancs d’une école huppée, « probablement la meilleure de la région », précise Maude Guérin. « Andrew, garçon droit issu d’une famille très “straight”, devient avocat puis sénateur, suivant une trajectoire balisée. Mélissa, riche, libre, dévergondée et artiste dans l’âme, peint, sculpte, photographie, aime trop fort et se perd parfois », résume son partenaire de jeu et de vie, Christian Vézina. Leur lien naît d’une invitation d’anniversaire, se prolonge par des lettres d’enfants, puis se transforme au fil des années en une relation d’amour profonde.
« Pour Andrew, la correspondance devient une nécessité, presque une dépendance. C’est par les lettres qu’il arrive à exprimer ce qu’il tait dans la vie réelle », indique M. Vézina. « Mélissa, elle, préférerait la proximité, la voix, le contact. Mais malgré les ruptures, les silences et les tentatives avortées d’une relation amoureuse, ils ne cesseront jamais vraiment de s’écrire », complète Mme Guérin.
Lettres d’amour raconte un amour impossible — miné par la distance, les conventions sociales, les choix de vie — mais surtout un attachement profond entre deux êtres imparfaits. « Elle est sa bouée de sauvetage, lui est son garde-fou », résume M. Vézina. Ensemble, ils se permettent d’être pleinement eux-mêmes, sans masque.
Pour cette adaptation, les comédiens se sont accordé certaines libertés, tout en respectant la rigueur du texte original. Quelques éléments de décor, un travail d’éclairage subtil et la présence du pianiste Yves Léveillé, qui ponctue les émotions de mélodies jazz, enrichissent l’expérience. Des accessoires permettent aussi de faire sentir le passage du temps, puisqu’en une heure, ce sont deux vies entières qui défilent.
Pourquoi la pièce résonne-t-elle encore autant aujourd’hui? Parce que, comme le souligne Maude Guérin, « le cœur humain reste le cœur humain ». Attachement, désir, trahison, espoir, admiration : tout y est. Et malgré son titre, Lettres d’amour est aussi traversée d’humour, de colère et d’une étonnante modernité. Certaines lettres, courtes et vives, rappellent même nos textos et courriels d’aujourd’hui.
Après chaque représentation, le public est invité à rester pour échanger avec les acteurs. « Il y a quelque chose qui n’est pas de l’ordre des mots, mais plutôt du temps. Les gens tardent à quitter la salle, même s’ils n’ont rien à nous dire… Comme si, pendant un instant suspendu, tout le monde avait envie de rester dans cette vague d’amour et de mots partagés », conclut l’actrice.
Lettres d’amour
Avec Maude Guérin et Christian Vézina
Pianiste : Yves Léveillé
📍 Théâtre de la Ville, Longueuil
🗓 10 mars à 19 h 30

