Marc Labrèche s’est récemment prononcé à propos d’une liberté qui s’effrite en télévision, effritement qui atténue son intérêt pour l’animation et l’incite à regarder ailleurs. Un virage en cohérence avec ce qui, depuis le début de sa carrière, le mène d’un projet à l’autre.

«J’ai commencé en théâtre et je ne serais pas allé en télévision si je n’avais pas senti que j’avais cette liberté-là aussi. C’est ce qui m’a fait sauter dans des projets pour animer, parce que j’avais l’impression que je retrouvais quelque chose qui appartenait à la liberté du théâtre», observe Marc Labrèche, en entrevue après le spectacle-bénéfice Mille éclats du Théâtre de la Ville, où il a livré un numéro avec sa fille Léane Labrèche-Dor.

Marc Labrèche et Léane Labrèche-Dor (Photo : gracieuseté – Sylvain Légaré)

Il semble en effet y avoir eu peu de barrières et contraintes dans une émission aussi folle que La fin du monde est à 7 heures, première animation qui lui a été confiée et qui a vu naître Jean-René Dufort, entre autres.

Ont suivi notamment Le grand blond avec un show sournois et 3600 secondes d’extase, où l’animateur a trouvé sa signature, un mélange de revue humoristique de l’actualité, d’entrevues, de chroniques et de ses désormais célèbres parodies. Et ce, sans jamais véritablement soulever de controverses.

Après trois saisons de Je viens vers toi, Noovo a annoncé l’an dernier la fin de ce talk-show, évoquant un choix de programmation.

 «Oui, je suis privilégié parce qu’on me laisse quand même [un peu faire], à cause de l’acquis, du temps, peut-être…» avance-t-il.

L’acteur n’est pas nostalgique et se refuse d’être ce «mononcle» pour qui «c’était dont mieux avant». Le milieu change et c’est normal.

Il mesure tout de même la marge de manœuvre qu’on lui laissait, encore récemment, remarque-t-il, et qui maintenant lui échappe. Les paramètres ont changé. «Ça devient tellement formaté. C’est tellement monté, saccadé, charcuté, collé, les silences sont mesurés», décrit-il.

Il n’adopte pas le discours qu’on ne peut plus rien dire aujourd’hui en humour, mais réfère plutôt à la perte d’une liberté de création qui donne droit à des essais-erreurs, à des sorties de cadre.

«C’est difficile maintenant de retrouver cette espèce de franche liberté et d’avoir le sentiment qu’on peut être ridicule, se tromper, rater son coup, mais que tout ça part d’une bonne intention et d’un désir d’être honnête et d’offrir le plus généreusement possible quelque chose d’authentique et de vrai.»

(Photo: Le Courrier du Sud – Ali Dostie)

Les réseaux sociaux lui offrent actuellement ce plus grand terrain de jeu. Depuis décembre, il publie sur sa chaîne YouTube des sketchs et des parodies. Il s’en est donné à cœur joie en interprétant entre autres Céline Dion et Josélito Michaud. Son personnage de Melville Boulard revient comme «figurant professionnel et chroniqueur culturel», et les deux vidéos «Des astres et des hommes» laissent croire que l’astrologue Mam’iel Minou pourrait dévoiler de nouvelles révélations sur d’autres signes du Zodiaque.

«Si j’ai une idée – si on a une idée, parce que je ne fais pas ça tout seul –, on peut l’amener jusqu’au bout sans trop d’intervenants et de paramètres. Puis si ce n’est pas bon, bien ce n’est pas si grave. On va se reprendre la semaine prochaine et on continue de travailler dans le plaisir. C’est ça, l’idée.»

D’instinct

Si la flamme de l’animation télé s’atténue, Marc Labrèche ressent toujours cette envie de travailler et créer. Il compte déjà d’autres projets devant lui, notamment une série télé, une comédie dramatique sur le milieu de la télévision.

Plus de dix ans après Les aiguilles et l’opium (Robert Lepage), pourrait-il revenir au théâtre? L’acteur n’écarte rien. 

«Je n’ai pas de plan. Je ne réfléchis pas dans ces termes-là. J’y vais beaucoup plus au jour le jour qu’avant, témoigne-t-il. Je ne peux pas nommer ce qui fait que j’accepte quelque chose, sinon l’instinct.»

«Les expériences les plus agréables que j’ai connues, c’est souvent celles que j’ai prises sur un coup de tête. Parce qu’il n’y avait rien qui m’indiquait que c’était la bonne affaire à faire, mais instinctivement, je sentais qu’il fallait que je sois à ce moment-là avec ces gens-là, à essayer de faire quelque chose qui n’était pas encore défini, que je connaitrais en cours de route.»

-Marc Labrèche

La plupart du temps, l’équipe et les gens avec qui il sera appelé à travailler pèsent ainsi beaucoup dans la balance. Sur des plateaux se sont créées des amitiés qui durent.  

«J’ai rencontré des amis avec qui je travaille encore aujourd’hui, qui sont proches de moi, dont j’ai besoin, qui m’inspirent et me rendent heureux.»

Trois projets, trois questions

Trois projets tirés du CV de Marc Labrèche, trois questions qui en sont inspirées.

L’Assassin jouait du trombone. Jouez-vous d’un instrument de musique ?

«Je joue de la guitare et du drum. J’ai joué du drum longtemps, Pendant qu’on faisait Pied de poule, on jouait de nos instruments. Et je joue de la guitare depuis que je suis adolescent. Mais pas de trombone… Même dans le film, je n’en jouais pas. J’avais juste les cheveux électrocutés.»

3600 secondes d’extase. Un spectacle vu récemment que vous avez adoré ?

«Le Best of du Projet Bocal, au Théâtre d’Aujourd’hui, il y a à peu près trois mois… C’est un best of des meilleurs sketchs que ce trio a fait au théâtre. Je suis sorti de là enchanté. Je travaille avec Sonia [Cordeau] en ce moment, j’étais hyper content d’aller la voir au théâtre. Ma blonde et moi, on est sorti de ce show vraiment ravis. Un théâtre comme ça, drôle, absurde et poétique en même temps, j’adore. C’est pas mal le top.»

La fin du monde est à 7 heures. Sur une île déserte, quelle œuvre apporteriez-vous ?

«C’est une grosse question, parce que ça dépend des jours. Mes réponses varient selon la journée puis l’état évidemment. Mettons aujourd’hui… je pense que je me lancerais dans la lecture. Je pense que j’aurais le goût d’avoir une affaire inatteignable, genre lire toute la Pléiade. Si j’ai beaucoup de temps, ça serait plus ça que de la musique, même si ce serait difficile de faire le deuil de la musique. J’apporterais toute la Pléiade… et une paire de lunettes, parce que la vue risque de baisser avec les années.»