Les services de police de Longueuil, Montréal et Laval le disent tous : le phénomène des extorsions envers les commerçants est en forte hausse depuis quelques années. C’est donc tous ensemble, avec la Sûreté du Québec, qu’ils s’attaquent à cette pratique avec le nouveau projet UNIS.

Essentiellement, ce projet se veut un partage de renseignement accru entre les corps de police.

«Le Service de renseignement criminel du Québec a pris comme mandat au mois de mars de venir chapeauter tous les corps de police au Québec au niveau renseignement. Dorénavant, le renseignement va être cheminé à la même place et va ensuite être déployé aux corps de police concernés», résume Benoit Dubé, directeur général adjoint à la Grande fonction des enquêtes criminelles de la Sûreté du Québec.

«C’est vraiment la centralisation du renseignement qui va amener à quelque part une décentralisation au niveau des enquêtes, pour être à la bonne place au bon moment», ajoute-t-il, notant qu’il n’y avait autrefois pas de canal de communication officiel, même les services de police échangeaient entre eux.  

Au Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), on souligne que ce partage d’informations à une valeur ajoutée pour l’organisation, tout comme le partage d’expertise.

Sylvain Stringer, directeur adjoint à la Direction des enquêtes criminelles et du renseignement au SPAL, donne l’exemple des deux agents attitrés à la vigie des réseaux sociaux depuis 2025 à Longueuil.

«C’est nouveau pour nous, c’est un travail à développer, donc nos partenaires qui ont plus d’expérience vont nous aider avec ça», indique-t-il.

En hausse

Si les extorsions à Longueuil n’ont pas atteint les proportions de celles survenues à Montréal et Laval, M. Stringer estime tout de même important de s’y attaquer de front. «C’est un phénomène qui peut se déplacer très rapidement», assure-t-il.

En 2024, le SPAL a recensé 7 événements violents visant des commerces, dont 2 en lien avec l’extorsion. En 2025, le nombre est passé à 16 événements violents, dont 12 reliés à l’extorsion.

«Certains groupes sont organisés, d’autres le sont moins. On donne des contrats sur les réseaux sociaux, quelqu’un prend le contrat, puis le délègue à quelqu’un, qui le délègue à quelqu’un, et ça finit souvent que c’est un jeune qui prend le contrat sans savoir dans quoi il s’embarque», explique M. Stringer.

Les jeunes impliqués dans ce genre de crime sont tous des hommes, majoritairement entre 15 et 30 ans.

Un important travail en prévention est ainsi nécessaire, soutient le vice-premier ministre du Québec, ministre de la Sécurité intérieure et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenìere.

Celui-ci indique par ailleurs qu’il arrive souvent que le jeune ne soit ultimement pas payé pour son crime.

«Oui, accepter un contrat, ça peut avoir l’air attrayant. Souvent, les organisations vont demander aux jeunes de se prendre en photo sur les lieux du crime pour pouvoir être payés. Alors vous comprenez que par la suite, on embarque dans un engrenage, ça devient difficile d’en sortir», affirme-t-il.

Appui aux commerçants

Les différents services de police ont également offert leur appui aux commerçants victimes d’extorsion et les invitent à contacter les policiers s’ils sont témoins de quelconques menaces.

«On sait que les commerçants ont peur, mais ce sont des victimes avant tout. Ils ont peur pour leur sécurité, leur gagne-pain, leur famille. Mais aujourd’hui, les plaques tectoniques qui contrôlent le crime organisé bougent. Ce n’est pas parce que vous payez une organisation que vous ne seriez pas victime d’une deuxième organisation», soutient M. Dubé.

Celui-ci assure que la meilleure façon de s’en sortir est de contacter les policiers, même pour ceux qui ont déjà versé de l’argent. «Il n’y aura aucune conséquence», assure-t-il.

Les agents du SPAL feront d’ailleurs une visite des commerces du territoire pour leur parler du sujet et des bonnes pratiques en la matière. Notamment, l’équipe SPECTRE (soutien policier en enquête et collecte tactique de renseignement), les policiers RÉSO et l’équipe dédiée au Quartier DIX30.

«On reste en vigie constante et on travaille avec nos partenaires justement pour empêcher une progression sur notre territoire», affirme M. Stringer.