Lorsqu’on lui demande les causes de la montée de la violence chez les jeunes, le directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) Patrick Bélanger peine à trouver une explication. Ce qui est toutefois certain, c’est la croissance de ce phénomène qui se manifeste entre autres autour des écoles secondaires.

Coordonnatrice à la Maison des jeunes l’escalier en mon temps, la seule maison des jeunes de Brossard, Stéphanie Villarroel et son équipe vont souvent rencontrer des jeunes autour de l’école secondaire Antoine-Brossard.

Les problèmes de violence autour de l’école, et en particulier aux abords du restaurant Pizza Pizza, sont largement documentés. Mais comment ces jeunes perçoivent leur situation?

«Si je reprends leurs mots, ben «c’est gang gang», «c’est ça la réalité», «c’est vivre ou survivre». Ils ne sont pas totalement conscients de leur réalité. Ils sont ancrés dans la criminalité et ne s’en rendent pas compte nécessairement», explique-t-elle.

Les autres élèves, eux, ont peur. «Ils ont de la misère à aller s’acheter un breuvage à l’heure du dîner», illustre-t-elle.

Le point culminant est survenu le 21 janvier, lorsqu’un jeune homme à la sortie des classes a utilisé une arme à feu dans le secteur, la goutte qui a fait déborder le vase, souligne le directeur du SPAL.

Pas juste à Brossard ou Longueuil

Face à cette montée de la violence, le SPAL s’est associé à la Maison des jeunes l’escalier en mon temps – ainsi qu’au Centre de services scolaire Marie-Victorin –, lors d’une annonce le 2 février. L’objectif : un appel à la collaboration de toutes les sphères de la société pour endiguer le phénomène.

La hausse de la criminalité juvénile se remarque d’ailleurs partout, précise M. Bélanger. Des actions sont néanmoins nécessaires.

«Je parle avec mes collègues de Laval, Montréal, Sherbrooke. La criminalité chez les jeunes explose dans les grands centres urbains», a-t-il noté.

La violence chez les jeunes en chiffres*

– 1 personne sur 5 impliquée dans un crime violent dans l’agglomération est âgée de 12 et 17 ans.
– En 2025, 144 mineurs ont été accusés d’une infraction contre la personne. L’âge moyen des accusés est de 15 ans.
– En 2021- 2025, le nombre de crimes commis par les jeunes au moyen d’une arme est en augmentation de 64%.
– En 2025, 14 dossiers ont été ouverts pour des jeunes en possession d’armes. Parmi celles-ci : couteaux, poivre de cayenne, armes à plomb et armes à feu.
– Entre 2021 et 2025, le nombre de mineurs impliqué dans une infraction violente a bondi de 45%.
*Données partagées par le SPAL

Si le directeur ne peut mettre le doigt sur les causes de la croissance de la violence juvénile, selon lui, la violence augmente d’un point de vue sociétal depuis la pandémie.

Cette hausse – combinée à ce qu’il appelle «une forme d’omerta comparable à ce qu’on observe dans le crime organisé adulte», où les agresseurs, témoins et victimes ne collaborent pas avec les autorités  – amène les policiers à travailler en concertation avec différents partenaires comme les maisons des jeunes et les écoles.

De son côté, le SPAL indique qu’il fera de l’axe jeunesse une de ses priorités organisationnelles en 2026. Parmi les nouveautés, il entend assigner systématiquement des policiers – en uniforme et en civil – à proximité et dans «les écoles qui sont plus problématiques».

Deux agents ont également été assignés à temps plein à la vigie des réseaux sociaux, où les jeunes s’exhibent fièrement avec des armes, indique M. Bélanger.

Parler le même langage

Mais encore, pour Mme Villarroel, réduire le phénomène passe par une augmentation du nombre d’intervenants du communautaire. «On court après le financement à gauche et à droite. On est deux pour tout Brossard», déplore-t-elle, tout en soulignant les résultats concrets de l’approche d’un intervenant de la maison des jeunes.

«Quand on est sur le terrain, on parle le même langage qu’eux, on s’habille comme eux, ils s’identifient beaucoup à nous. C’est facile pour nous de devenir un adulte significatif pour ce jeune-là», indique la coordonnatrice.

«On en voit fréquemment, des jeunes qui sortent de la rue. [Le jeune], il ne veut pas parler avec la police, avec les intervenants scolaires. Il veut parler avec nous. J’ai eu des jeunes qui ne voulaient pas porter plainte, et en 10 minutes, on a réussi à y dire : ok lets’go, on porte plainte ensemble, puis on l’accompagne dans tout ça», ajoute-t-elle.

Celle-ci note par ailleurs que les intervenants développent avec le temps un lien de confiance. Par exemple, lorsque les jeunes font face aux conséquences de leurs actes, c’est vers eux qu’ils vont se tourner.

«On n’est pas là pour juger son choix du jeune, on est là pour le conscientiser sur ses choix, le responsabiliser», indique Mme Villarroel.


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