Au cours des dernières années, nous avons abondamment parlé de la crise des infrastructures. Pourtant, un angle mort important subsiste : utilisons-nous pleinement les infrastructures que nous avons ?
En effet, ce n’est pas normal que des infrastructures chèrement payées demeurent sous-utilisées dans nos villes et nos écoles. D’autant plus que leurs besoins et disponibilités s’avèrent complémentaires.
Dans ces circonstances, comment accepter que des querelles bureaucratiques empêchent la tenue de cours dans un parc ou provoquent l’expulsion de jeunes d’une cour d’école ?
Des ententes nécessaires, mais encore trop rares
Malgré l’indignation sur le fond, on peut comprendre les embûches sur la forme. Les municipalités payent et entretiennent leurs équipements avec des moyens limités. Les écoles assument divers frais supplémentaires lorsqu’elles ouvrent leurs portes hors des heures de classe. On peut aussi comprendre que Québec, peinant à rétablir l’équilibre budgétaire, refuse de restaurer le financement qui facilitait ces ententes en dépit de la forte mobilisation municipale.
C’est pourquoi, malgré leur importance reconnue, ces ententes demeurent loin d’être systématiques.
À Saint-Lambert, la volonté de multiplier les partenariats est palpable. De longue date, deux de nos parcs sont utilisés comme cours d’école. Plus récemment, une entente avec l’école Rabeau a contribué à répondre à la demande croissante pour le pickleball. Cette collaboration avait d’ailleurs été habilement anticipée dès la conception du bâtiment, notamment par l’aménagement d’une entrée distincte pour le gymnase.
La Ville a aussi conclu une entente avec le Collège Durocher Saint-Lambert, fondée sur un échange réciproque de plateaux dont la valeur est calculée dollar pour dollar. Cette mutualisation permet d’optimiser les ressources de chacun, au bénéfice des citoyens et des organismes.
De l’importance des incitatifs
Si Québec souhaite que ce genre d’entente se généralise, le laisser-aller ne suffira pas. Ça prendra des incitatifs. Certains programmes de subvention exigent déjà une entente, mais, pour garantir que l’argent public investi profite véritablement à la collectivité, il importe d’ajouter des cibles d’utilisation audacieuses. Par ailleurs, les écoles qui se démènent pour conclure des partenariats devraient conserver une part substantielle des revenus générés, sans quoi l’incitation restera théorique.
L’extérieur : un allié, pas un danger !
Dès que le Parti québécois a proposé 60 minutes d’activité physique quotidienne à l’école, des critiques ont aussitôt invoqué le « manque d’espace ». La multiplication des ententes de partage réglerait une partie de ce non-problème. Mais il faudra ultimement cesser d’associer l’activité physique à un plateau spécialisé et réapprendre à jouer dehors.
Or, les mêmes critiques soulèvent les complications logistiques causées par les récréations intérieures lorsque le temps n’est pas au beau fixe.
Comment espère-t-on convaincre les enfants de jouer dehors et d’adopter le transport actif si on leur envoie le message que la météo rend l’extérieur impraticable, voire dangereux ?
À cet égard, le maire Marchand rappelait récemment cette évidence : une école implantée au cœur d’un quartier favorise naturellement l’activité physique. Or, Québec maintient, pour les écoles et les CPE, des normes de construction mal adaptées aux milieux urbains. Il gagnerait à permettre des bâtiments plus compacts et créatifs. Comme le réclame Catherine Fournier pour la reconversion des bâtiments patrimoniaux, l’accumulation des normes ne doit pas rendre les projets inutilement complexes, coûteux, voire carrément impossibles.
Il faut donc agir sur plusieurs fronts : mieux partager nos infrastructures, revoir nos normes pour implanter les écoles au cœur des quartiers et réapprivoiser l’extérieur. Après tout, on peut bouger dans une classe, dans un parc, partout. Pas d’excuses !
Virginie Dostie-Toupin
Mère de quatre enfants et ex conseillère municipale, Saint-Lambert
Références :
Un remède archi-rentable pour notre système de santé — La Presse
Position de l’UMQ sur l’accès aux installations sportives
60 minutes d’activité physique à l’école? Des enjeux d’espace et de temps — TVA Nouvelles
Catherine Fournier sur l’accumulation et le coût des normes
