Festival Classica rêve depuis quelques années de doter l’agglomération de Longueuil d’une salle de concert classique et a travaillé concrètement à ce projet, avec dans sa mire l’église catholique de Saint-Lambert. À contrecœur, il met aujourd’hui de côté cette voie – du moins temporairement – misant sur l’optimisation des infrastructures existantes pour répondre au déploiement du festival, qui a le vent dans les voiles.

Festival Classica a dissous sa division «Gestion Classica» mise sur pied il y a environ huit ans, avec des membres actifs du conseil du Festival, dans le but précis de travailler à un projet de salle de concert de 875 places.

«Il n’est pas prévu, dans le contexte actuel et à court terme, de le reprendre», a affirmé le directeur général et artistique Marc Boucher.

Il demeure néanmoins convaincu de la pertinence d’une nouvelle salle pour la région et n’hésite pas à dire que Classica serait volontiers de la partie si un joueur levait la main.

«En Montérégie, il n’y a pas de salle de 1000 places, nécessaire pour la musique classique et la mise en valeur d’organismes de l’agglomération. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a un réel manque.»

Une telle infrastructure répondrait, croit-il, à «un besoin que nous pensons, encore aujourd’hui, stratégique et au fort potentiel économique».

Ce manque n’a pas empêché le Festival Classica de battre des records, avec 12 000 billets vendus et 26 000 festivaliers lors de l’«exceptionnelle» dernière édition. N’empêche que les conditions ne sont pas optimales pour ce type d’offre culturelle, souligne M. Boucher.

Au fil des ans, le Festival s’est beaucoup développé à Boucherville, puis a livré plusieurs concerts à la cocathédrale Saint-Antoine-de-Padoue. Si le lieu de culte longueuillois constitue un décor magnifique, la réverbération pose d’importants enjeux acoustiques, les bancs sont peu confortables et plusieurs places ont une mauvaise vue sur la «scène».

«La salle Pratt & Whitney du Théâtre de la Ville est très utilisée, l’acoustique n’est pas idéale, car ce n’est pas conçu pour les concerts classiques», soulève aussi M. Boucher.

Le succès du festival témoigne selon lui de l’engouement du public pour une telle offre, et donc de la pertinence d’une salle adaptée.

« Désengagement »

Avant que le Centre d’arts Préville ne dépose l’an dernier une offre d’achat de l’église catholique de Saint-Lambert pour y créer le Centre Amadeus, un pôle culturel et communautaire, le Festival Classica s’est penché sur la possibilité de faire de cet ancien lieu de culte une salle de concert.

Un montant de 75 000$ a été investi en études acoustiques et plans architecturaux. «Ça impliquait une transformation complète des lieux avec 875 places et un balcon, des planchers inclinés», détaille-t-il.

M. Boucher se désole du «désengagement» de la Ville de Saint-Lambert envers Classica. En 2022, les subventions aux organismes et partenaires passaient de 600 000$ à 105 000$. Celle dédiée à Classica a été complètement retirée.

Le directeur général et artistique du festival espère que l’arrivée de Jonathan Tabarah à la direction générale de la Ville change la donne. Il le décrit comme quelqu’un «qui a toujours été près du Festival».

Du côté de la Ville, le maire Loïc Blancquaert indique qu’il n’y a pas encore eu de discussions à ce sujet au conseil.

Temps difficiles

Les temps sont vraisemblablement durs pour mettre sur pied de nouvelles infrastructures.

Rappelons que la Ville de Longueuil a renoncé au projet de Complexe culturel en raison notamment de la conjoncture économique et de l’explosion des coûts.  La dernière mouture de ce projet, dans les cartons depuis 20 ans, se chiffrait à 180 M$.

Le Théâtre de la Ville, de plus en plus à l’étroit au cégep Édouard-Montpetit, œuvre pour se munir d’une nouvelle salle.

Si le projet de salle de concert classique à l’église catholique de Saint-Lambert n’a pu prendre son envol, Marc Boucher demeure ouvert à tout autre lieu qui pourrait être transformé en salle de concert, rappelant au passage que le Festival et le Théâtre de la Ville partagent des objectifs communs.

Il espère que le politique aura un appétit pour ce type de projet, et précise que la salle de concert imaginée dans l’église catholique de Saint-Lambert n’avait rien de l’ampleur financière d’un complexe culturel, avoisinant plutôt les 20 M$.

«Je ne sais pas si je vais voir ça de mon vivant!» lance Marc Boucher. Néanmoins, il assure que l’agglomération «mérite une telle infrastructure».