Des citoyens préoccupés par ce qu’ils jugent être un projet précipité et incomplet ont lancé une pétition pour s’opposer au projet de l’OBNL Le Plan 475, qui prévoit la construction de 670 logements répartis dans trois tours — dont une de 24 étages — sur le site de l’ancien Paladium de Longueuil.

D’entrée de jeu, les signataires précisent qu’ils ne s’opposent pas au développement du secteur. Ils estiment toutefois que la Ville devrait respecter son propre Plan particulier d’urbanisme (PPU) du pôle Roland-Therrien, qui maintient une vocation commerciale pour ce secteur et limite la hauteur des bâtiments à huit étages.

Plan 475
La «précipitation» de la Ville à accepter le projet de l’OBNL Le Plan 475 de construire 670 logements dans trois tours, dont une de 24 étages, inquiète des citoyens du secteur. (Photo: Le Courrier du Sud – archives)

Pour Vanessa Hergett, résidente du quartier possédant de nombreuses années d’expérience en urbanisme, le pôle Roland-Therrien est certes appelé à évoluer. Une planification a d’ailleurs été amorcée par la Ville en 2017, puis révisée en 2025.

«Ce qui cloche avec le projet du Paladium, c’est l’adéquation entre une planification que la Ville entame durant des années, et là, au nom du logement abordable et de la densification, on met de côté toute planification cohérente, structurée, pour autoriser un projet qui à sa face même est déraisonnable», affirme-t-elle.

La pétitionnaire craint déjà l’apparition de problèmes majeurs, tant pour les résidents actuels du secteur que pour les futurs occupants des immeubles. Elle souligne qu’aucune amélioration ni ajout d’infrastructures — aqueduc, égouts — ou de services comme des écoles, garderies ou parcs n’est prévu pour soutenir une telle densité.

Les opposants dénoncent aussi le fait que les autres projets résidentiels existants ou à venir dans le secteur — 550, boulevard Roland-Therrien (525 logements), Le Gray (346 logements) et Unitaînés (100 logements) — ne semblent pas pris en compte dans l’analyse globale du projet Paladium, alors qu’ensemble, ils auront inévitablement des répercussions importantes.

«La Ville est-elle prête à accueillir une telle densité à cet endroit? Ce type de concentration résidentielle, on le voit à Brossard près du REM, ou au métro Longueuil, là où il existe une vision cohérente et une planification à long terme», ajoute Mme Hergett.

Même constat du côté d’Arnaud Sureau-Lavergne : «Le PPU du pôle Roland-Therrien a été réfléchi. Ce n’est pas pour rien que ce secteur est zoné commercial. Normalement, il faut une rue d’accès pour entrer et sortir d’un stationnement. Ici, l’accès se ferait directement sur Roland-Therrien, en plein dans la voie réservée aux autobus.»

Nathan Williams abonde dans le même sens : «On nous dit que le PPU est trop vieux et qu’il serait trop long d’en élaborer un nouveau. Mais ce n’est pas une raison pour accepter des projets au cas par cas, sans vision d’ensemble. En tout respect pour Brossard, on ne veut pas se retrouver avec un boulevard Taschereau.»

Stationnement

Autre sujet d’inquiétude : le faible ratio de stationnement prévu, soit 0,4 case par logement, jugé insuffisant compte tenu de la densité et de l’impossibilité de se garer sur les artères entourant le site.

«La Ville nous répond que le promoteur est généreux d’offrir 0,4 stationnement par unité, parce qu’aucun stationnement n’est normalement exigé à cet endroit. Mais on parle ici de 670 logements, pas d’un usage commercial. Va-t-on vraiment prétendre qu’aucun stationnement aurait été acceptable pour un tel projet?» questionne M. Williams.

Quant au stationnement municipal proposé comme solution, il se trouve en face de l’école secondaire Jacques-Rousseau, à environ un kilomètre à vol d’oiseau — et davantage à pied. «Les gens vont-ils vraiment marcher plus d’un kilomètre avec leurs sacs d’épicerie?» demande-t-il.

Circulation

Le groupe remet également en cause l’étude de circulation, réalisée sur une seule journée, le 26 juin 2025, et fondée uniquement sur le trafic actuel auquel auraient été ajoutés 260 véhicules. Plan 475 s’appuyait sur cette étude pour prévoir des impacts minimes sur la circulation.

«La modélisation ne tient pas compte du réaménagement futur des artères, ni de l’augmentation du nombre de piétons aux intersections, alors que tous les commerces sont situés de l’autre côté de la rue», souligne M. Williams, qui s’étonne qu’aucune de ces questions n’ait été soulevée par la Ville.

Il n’a pas été possible d’obtenir une copie de l’étude, mais Plan 475 a confirmé au Courrier du Sud qu’elle serait refaite.

Dépôts à neige

Les pétitionnaires attirent aussi l’attention sur la proximité du dépôt à neige de Pratt & Whitney, situé à une vingtaine de mètres du projet, ainsi que celui de la Ville, à 700 mètres.

Plan 475
Un dépôt à neige se trouve à une vingtaine de mètres du terrain sur lequel Plan 475 veut ériger de nouveaux logements. (Photo: Le Courrier du Sud – Sylvain Daignault)

«Dans le secteur Bellerive, lors des grosses tempêtes, on entend déjà les portes des camions-bennes claquer alors que nous sommes à plus d’un kilomètre. J’imagine mal le bruit pour des résidents installés à seulement vingt mètres, fait valoir M. Sureau-Lavergne. La Ville va-t-elle devoir suspendre les activités du dépôt jusqu’à 7 h du matin pour éviter les nuisances sonores?»

Environnement

Sur le plan environnemental, les citoyens jugent insuffisants les espaces verts prévus dans le projet, compte tenu de sa densité. Ils déplorent également l’absence d’étude d’impact sur le boisé Pratt & Whitney, habitat protégé de la rainette faux-grillon.

Enfin, ils s’interrogent sur l’expérience du promoteur en matière de logements abordables. Selon eux, les chiffres avancés ne garantissent ni la qualité ni l’accessibilité financière à long terme.

«L’entretien d’un immeuble de 24 étages coûte beaucoup plus cher que celui d’un bâtiment de huit étages», rappelle M. Williams.

Manque de préparation

Pour toutes ces raisons — et d’autres détaillées dans la pétition — les citoyens demandent à la Ville de Longueuil de ne pas approuver le projet dans sa forme actuelle.

Ils réclament que la Municipalité respecte «les normes urbanistiques qu’elle s’est elle-même données, ainsi que les engagements pris envers ses citoyens dans le cadre de son Plan d’urbanisme, notamment le PPU du pôle Roland-Therrien».

«On nous présente un projet monté à la hâte, sans planification rigoureuse, conclut M. Williams. Nous comprenons les enjeux de densification, mais cela ne justifie pas qu’on fasse n’importe quoi. Les citoyens du secteur devront vivre avec ces décisions pour les dix, vingt ou trente prochaines années.»

L’absence du conseiller Marc-Antoine Azouz dans ce dossier a aussi été remarquée. Le conseiller du district Fatima–Parcours-du-Cerf n’était pas présent lors de la présentation du projet, le 31 mars.

Les pétitionnaires assurent qu’ils seront présents aux prochaines séances du conseil d’arrondissement et du conseil municipal afin de faire entendre leurs préoccupations et d’obtenir des réponses à leurs questions.

«Pas des peewees» !

Questionné à propos de leur expérience en la matière, Simon Boyer, de Plan 475, réagit : «Nous avons développé au-delà de 10 000 unités d’habitation au Québec, et développons actuellement plus de 8000 unités additionnelles. Le constructeur Tisseur (Concrea) a construit près d’une trentaine de projets de logements OBNL en structure de béton au Québec au cours des 10 dernières années. C’est probablement le constructeur le plus expérimenté en la matière.»

M. Boyer ajoute que son équipe comporte des gestionnaires d’immeubles qui ont une vaste expérience en gestion locative de projets d’envergure.

«Nous sommes en contact constant avec les OBNL d’envergure et connus au Québec pour le partage des meilleures pratiques à ce chapitre, comme le monde immobilier évolue rapidement avec les nouvelles technologies. Bref, vous avez ici une équipe qui est excessivement expérimenté et qui n’a rien à voir avec une équipe de peewee», écrit M. Boyer.

À lire aussi : réaction de la Ville de Longueuil.