Depuis 2008, où elle a élu un premier député, Québec solidaire a augmenté sa députation à chaque élection provinciale, avec un sommet de 11 élus en 2022. Malgré des gains à Québec, en Abitibi et à Sherbrooke au fil des ans, la Rive-Sud de Montréal lui a toujours échappé. Dans le cadre de la campagne 2026, Le Courrier du Sud a rencontré deux élus du parti qui tente une première percée dans la région.
Lauréline Manassero et Claude Lefrançois sont deux de ces candidates qui tentent d’aller chercher un siège à l’Assemblée nationale, dans les circonscriptions de Marie-Victorin et Pierre-Laporte.
Si la percée attendue se fait toujours attendre sur la Rive-Sud, Québec solidaire dispose néanmoins d’une certaine base d’électeurs. C’est notamment le cas dans Marie-Victorin, où la formation a fait ses meilleurs chiffres en banlieue en franchissant le cap des 20% de votes en 2018 et 2022.
Comment aller chercher la dizaine de points de pourcentage de plus qui serait nécessaire pour avoir une réelle chance de l’emporter? Mme Manassero estime qu’une plateforme claire est un bon départ.
«Le constat qu’on a fait en 2022 après les dernières élections, c’est qu’on avait une plateforme qui n’était peut-être pas assez concrète. Et c’est là-dessus qu’on a travaillé pour 2026. On s’est limité à 50 propositions claires et on s’est aussi forcé à chiffrer chacune des mesures», soutient-elle.
«Et dans ce travail, on a fait un mémoire sur les banlieues justement, sur leur réalité, ce que les gens des banlieues veulent. C’est là qu’on est ressorti avec des mesures comme le droit au télétravail, comme nos mesures en transport en commun, pour le logement et l’itinérance», poursuit la candidate.
Coût de la vie et itinérance
Sur le coût de la vie, Mme Lefrançois note quant à elle le projet d’épiceries publiques de son parti – et ses économies estimées de 2000$ par année – ainsi que la gratuité pour le transport collectif pour les 25 ans et moins et les 65 ans et plus.
Pour cette dernière mesure, elle y voit un possible effet boule de neige où la gratuité renforcerait l’achalandage et donc la demande pour un service plus fréquent. «Parce que les autobus aux heures, ce n’est pas ça que les gens veulent», souligne-t-elle.
Sa collègue soutient par ailleurs que le financement aux sociétés de transport serait assuré sous un gouvernement de Québec solidaire.
Sur le plan de l’itinérance, phénomène de plus en plus visible à Longueuil comme partout au Québec, les candidates évoquent la création d’un ministère de l’itinérance.
«Mais surtout, ce qu’on veut, c’est mettre l’argent», lance Mme Manassero, évoquant d’abord des sommes pour du logement abordable à 25% du revenu. Puis, dans les situations «plus urgentes», elle souligne l’importance de s’en remettre aux organismes communautaires.
«Ce sont eux les experts du terrain, on veut augmenter le financement à la mission. J’ai parlé avec la Casa Bernard-Hubert, ils ont eu des augmentations de financement, mais que ce n’était toujours pas suffisant. Si eux, qui sont sur le territoire depuis 40 ans et qui traitent d’itinérance, disent qu’ils ont besoin de 20 M$ de plus, bien on va leur donner 20 M$», soutient la candidate.
«Donc c’est vraiment d’écouter leurs besoins et financer leurs besoins en leur faisant confiance, pas en pensant : ah, ils vont peut-être en demander trop. Les redditions de compte, ils les font déjà», continue-t-elle.
Cynisme
L’environnement demeure au cœur des engagements des candidates, mais elles reconnaissent que le sujet revient moins dans l’actualité, même si les gens l’évoquent durant le porte-à-porte.
«Les gens en parlent. Ils disent : ça va revenir quand?» note Mme Lefrançois.
«Je pense que les gens sont tellement pris à la gorge avec le coût de la vie, le logement, avec les besoins de base, donc ils deviennent un peu plus individualistes. Et c’est sûr que l’environnement, c’est quelque chose qui est un peu plus dans quelque chose de collectif», suggère Mme Manassero.
Lors de conversations avec des électeurs, elle dit d’ailleurs avoir remarqué un certain cynisme envers la classe politique et estime que ce cynisme peut avoir contribué au mouvement vers la droite dans la population.
«Ce qu’on essaie à gauche, c’est d’insuffler de l’espoir, de dire que oui, c’est possible. […] Moi, je pense que Québec solidaire a été une opposition incroyable. Alors imaginons si on était au gouvernement», exprime-t-elle.
Pourquoi se présenter?
Claude Lefrançois : « Parce qu’avec le contexte actuel au Québec, au Canada, face aux États-Unis, ça peut être bien démoralisant, puis Québec solidaire propose quelque chose de super motivant. C’est pour ça que j’ai embarqué une troisième fois. Je sentais l’énergie malgré mon grand âge à 70 ans. Ce qui me motive dans la circonscription, c’est beaucoup travailler pour contrôler le prix des loyers, puis, le transport en commun, de l’intensifier, de le rendre plus vert, de le connecter.»
Lauréline Manassero : « Ce qui m’a amenée à Québec solidaire, c’est beaucoup la lutte pour les inégalités sociales. Je trouve ça vraiment terrible en fait de voir qu’il y a des gens qui vivent dans l’itinérance ou qui ont des problèmes, puis qu’à côté de ça, il y a des gens qui sont très riches et qui ont bien trop d’argent pour eux. […] Pour la circonscription, on est en banlieue, donc ce sont des priorités pour des gens de banlieue : donc le transport en commun, les luttes contre les inégalités sociales, la pauvreté. Et ensuite, pour moi, ce sont tous les enjeux liés à l’éducation, la famille, les CPE.»
| David Lalumière dans Taillon David Lalumière est le candidat de Québec solidaire dans Taillon. Au téléphone, l’intervenant en itinérance se dit «un candidat de terrain» et indique s’être lancé dans la course à cause «des bonnes valeurs et des propositions de Québec solidaire». Celui-ci veut faire de ses priorités dans la circonscription «l’urgence du logement, la pauvreté, les inégalités et la justice sociale». Il se dit particulièrement sensible à la question de l’itinérance et la cohabitation avec celle-ci, «pour la sécurité des gens du quartier et le bien-être des sans-abris». |
À noter que les candidats de Taillon, Vachon et La Pinière, David Lalumière, Magdouda Oudjit et Jacinthe Chapleau, ne se sont pas présentés pour l’entrevue prévue avec Le Courrier du Sud.


