Pour Nicolas Tanguay, le statu quo n’est plus viable au Réseau de transport de Longueuil (RTL). La baisse d’achalandage après la pandémie et les défis financiers ont frappé de plein fouet l’organisation, qui doit maintenant revoir sa structure. Un premier électrochoc sera donné à Brossard, où quelques lignes seront retirées et d’autres optimisées. Mais l’objectif est de réviser le réseau au complet.   

Directeur principal stratégie, innovation et planification au RTL, Nicolas Tanguay voit néanmoins dans cette transformation une belle occasion de rendre le réseau plus attractif.

«Ce qu’on a fait dans les dernières années, c’est qu’on a baissé les fréquences de lignes pour s’ajuster à la baisse d’achalandage. Donc, on a baissé et baissé, et là ça fait qu’on a plusieurs lignes qui ont des fréquences en pointes aux 30, aux 60 minutes. Ça devient de moins en moins attractif. Notre structure n’est plus viable, alors c’est ça qu’on rebrasse», explique-t-il au Courrier du Sud.

L’époque où les autobus allaient à l’intérieur de tous les quartiers semble ainsi terminée.

«On a le choix : soit on donne du service très faible partout ou on essaie de donner des services fréquents aux endroits où il y a plus de monde. On délaisse peut-être un peu de couverture, donc on va demander aux gens de faire un effort de plus, de marcher peut-être une centaine de mètres de plus, mais pour accéder à une offre de service qui est un peu plus conséquente», poursuit M. Tanguay.

Changement de paradigme

À ses côtés, Isabelle Ouellet, directrice planification du transport au RTL, note que certaines lignes ont perdu en achalandage entre 2024 et 2025.

«On voit non seulement que la reprise n’était pas fantastique à la suite de la pandémie, mais on voit déjà des baisses, et ça c’est un signal fort pour nous dire que même si certaines organisations ramènent davantage les gens au travail, ça n’a pas l’impact positif qu’on attendait», mentionne-t-elle.

Les données entre 2018 et 2023 sont d’ailleurs claires : l’achalandage de tous les transports en commun vers Montréal a baissé de 34%. Les déplacements à l’intérieur de l’agglomération, eux, sont restés stables, avec une légère augmentation.

«Ça devient un changement de paradigme pour nous au RTL de se dire qu’il y a moins de besoins d’aller vers Montréal. Notre réseau est fait pour amener les gens au métro, au REM. C’est là aussi qu’il faut qu’on ajuste notre réseau pour permettre de répondre efficacement à la demande de déplacements internes», soutient Mme Ouellet.

Le RTL a d’ailleurs sondé ses usagers à l’automne 2025, notamment sur les facteurs influant sur leur choix de transport et sur ce qui les inciterait à utiliser davantage l’autobus.

Le temps de trajet est ressorti comme facteur principal et l’augmentation du service hors pointe comme incitatif à utiliser davantage le transport en commun. Parmi les compromis que la clientèle serait prête à faire, 80% se sont dit en faveur de marcher 7 à 10 minutes pour se rendre à une ligne plus fréquente.

Ce sont donc sur ces bases que l’organisation mise.

Si certaines lignes à Brossard disparaîtront, d’autres, comme la 47, verront leur fréquence bonifiée. (Photo : Le Courrier du Sud – archives)

Brossard comme laboratoire

C’est ainsi que le RTL a lancé une proposition pour transformer sa structure des secteurs R-S-T et M-N-O à Brossard.

Six lignes seront donc retirées, tandis que d’autres verront leur trajet être modifié de façon significative. En contrepartie, on ajoute un secteur à la demande et la fréquence des trajets restants est bonifiée.

«Hors pointe, on passe d’un réseau qui était presque aux 60 minutes ou plus, voire absent dans certains cas, à une fréquence de passage aux 30 minutes pas mal partout», explique Mme Ouellet.

Les deux directeurs du RTL sont cependant conscients qu’il s’agit d’une grosse bouchée pour les résidents du secteur.

En date du 26 mars, plus de 420 commentaires ont été recueillis et plus de 100 personnes sont attendues à la consultation publique du 31 mars.

«On les a tous lus un à un, plusieurs fois même», assure Mme Ouellet.

«On sent que ça bouscule des choses chez nos usagers. Puis on voit aussi que les diminutions de fréquences au fil des années ont fait moins de bruit que de changer mon arrêt, d’essayer de me retrouver dans le réseau. C’est sûr qu’à certains, on enlève des choses, et individuellement, on est tous comme ça, on va penser à notre situation personnelle. Et nous on doit penser au bénéfice global. C’est notre gros défi, d’expliquer ces changements», ajoute M. Tanguay.

Un simulateur de trajet a d’ailleurs été ajouté sur le site Web de la transformation.

Une expérience à répéter

Après la consultation, le RTL entend peaufiner les changements, en vue d’une mise en service prévue le 24 août.

Quel secteur pourrait ensuite être révisé? La séquence n’a pas encore été définie, mais chose certaine, l’objectif est de toucher à l’ensemble du territoire.

«Il y avait beaucoup de lignes à faible achalandage [à Brossard], on y voyait une opportunité. Puis du fait que ce secteur-là est bordé par l’autoroute 10, ça nous permettait de faire quelque chose de plus petit, puis de tabler là-dessus pour le reste de l’agglomération», explique Mme Ouellet.

À grande échelle, le RTL travaille avec les municipalités et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) afin que son développement soit cohérent avec le développement du territoire.

Par exemple, il collabore avec Brossard et son grand plan de centre-ville, et s’arrime avec l’ARTM pour son réseau d’autobus structurant éventuel, dont la ligne conductrice est de la grande fréquence sur les grands axes, comme ceux du boul. Taschereau, ou à plus petite échelle, du boul. de Rome.

«On ne rejoint pas encore ces niveaux de fréquence visés, ça, on en est tous conscients. Notre objectif, c’est de faire la colonne vertébrale sur laquelle on va bâtir, d’avoir le squelette d’un réseau fort», soutient Mme Ouellet.

D’autant plus que les directeurs ne savent pas encore combien de temps le milieu du transport en commun sera pris dans un contexte financier aussi serré.

«On compose avec ce qu’on a. Notre responsabilité, c’est d’optimiser chaque dollar des citoyens, de donner des options pour se déplacer à la hauteur de ce qu’on va recevoir. On en a plus, on va en donner plus!» soutient M. Tanguay.

«C’est vraiment une optimisation sous contrainte», illustre Mme Ouellet.