Carolane Labrie ne décolère pas depuis quelques semaines. Après une dizaine d’années à faire du bénévolat à l’école primaire de la Mosaïque, dans l’arr. de Saint-Hubert à Longueuil, elle n’a maintenant plus le droit parce qu’elle porte le voile – résultat de l’application de la loi 94 visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation.
Maman à la maison, Mme Labrie s’est régulièrement impliquée dans le parcours scolaire de ses enfants. Ainsi, lorsque sa fille de 6e année a été choisie comme représentante pour le bal de fin d’année, elle a levé la main pour être bénévole afin d’aider à organiser l’événement.
Et c’est là qu’on lui a annoncé qu’elle ne pourrait pas le faire, à cause de son signe religieux.
La loi 94 indique entre autres que le port d’un signe religieux est interdit à toute personne lorsqu’elle fournit des services aux élèves. Des balises qui incluent le bénévolat, indépendamment de la durée ou de la nature de l’activité.
Des bénévoles en demande
«J’ai eu le cœur brisé pour ma fille et pour tous les moments que je vais manquer», indique Mme Labrie au Courrier du Sud.
Certes, elle est déçue de ne pas pouvoir s’impliquer dans le bal de fin d’année. Mais alors que ses deux plus jeunes enfants entrent à la maternelle l’année prochaine, elle déplore cette interdiction et l’ensemble de ses répercussions.
«À tous les jours, on reçoit des courriels disant qu’on a besoin de bénévoles. J’ai une autre fille qui était à la maternelle l’année passée, j’ai fait du bénévolat tout le long de l’année et il n’y a jamais eu de problèmes», affirme-t-elle, estimant qu’elles sont plusieurs comme elle à ne plus pouvoir s’impliquer comme bénévole.
«Alors, je me bats parce que je veux avoir le droit de participer à la scolarité de mes enfants», ajoute celle qui porte le voile par choix depuis maintenant 10 ans et qui ne l’enlèverait pas «même si on me donnait 3 millions $», soutient-elle.
« On n’imposera pas notre religion »
Mme Labrie estime par ailleurs que le port du voile n’est pas du tout incompatible avec les principes de laïcité à l’école.
«Moi, j’aime vraiment tous les enfants, et les femmes comme moi, c’est la même chose. Ça nous fait plaisir d’aider dans l’éducation des enfants. On n’impose rien, on n’imposera jamais notre religion à qui que ce soit, alors pourquoi ne pas nous laisser vivre?» soutient-elle.
Considérant les nombreux besoins dans les écoles, elle aimerait avoir un meilleur appui contre cette loi de la part des directions.
«On se sent mis à part, comme si on était des criminelles», résume-t-elle.
« On doit appliquer la loi »
Le Centre de services scolaire Marie-Victorin confirme avoir reçu des plaintes au sujet de l’interdiction pour les bénévoles de porter des signes religieux.
Il indique cependant n’avoir aucun pouvoir en la matière.
«L’interdiction du port de signes religieux dans les écoles publiques ne relève pas d’une décision discrétionnaire des directions d’établissement ou du centre de services. Il s’agit d’une obligation découlant des lois en vigueur au Québec, auxquelles nous sommes tenus de nous conformer», souligne Geneviève Cormier, des relations médias du CSS.
Celui-ci n’a ainsi aucune latitude pour y déroger.
«Il ne s’agit ni d’un jugement sur les convictions personnelles d’un parent, ni d’une remise en question de ses qualités, de ses compétences ou de son engagement», ajoute Mme Cormier.


