«Mon p’tit verrat!!!» Thiéry Dubé est bien heureux de pouvoir continuer de mordre à pleine dents dans ce genre de répliques d’Homer Simpson. La récente confirmation que la 36e saison des Simpson aurait droit à sa version doublée au Québec n’a pas fait des heureux uniquement chez les quelque 31 000 signataires de la pétition qui le réclamait. La nouvelle a comblé l’acteur de Saint-Lambert, dont la voix et le doublage sont la spécialité.

«Homer, c’est un enfant dans le corps d’un adulte. C’est la naïveté totale! Même quand il fait des conneries, on n’est pas capable de l’haïr, lance Thiéry Dubé, témoignant de son attachement pour le personnage. La magie de Matt Groening, c’est d’en avoir fait un Américain moyen. Et dans les versions locales, on a tellement la liberté de faire ce qu’on veut, on en a fait le Québécois moyen.»

L’automne dernier, Télétoon n’avait pu renouveler l’entente avec Disney et avait retiré Les Simpson de son horaire. Les amateurs de l’émission se sont mobilisés et une pétition réclamant la poursuite de la version locale a été lancée. Bell a finalement conclu en mai une entente de diffusion et de doublage avec Disney. La 36saison sera diffusée sur Noovo et Crave cet automne. 

Cet attachement du public pour la version québécoise est très touchant, reconnait le comédien. «C’est un produit curieusement américain, mais qui est tellement québécois parce que c’est adapté avec notre langage, notre star system

(Photo: gracieuseté Bell Média)

Si certains doubleurs sont là depuis la saison 1 des Simpson, Thiéry Dubé a intégré l’équipe en 2017. Le regretté Hubert Gagnon, qui donnait sa voix à Homer, avait commencé à être malade et l’idée de trouver un remplaçant s’est imposée.

«En fait, ils voulaient une imitation, mais ils voulaient aussi quelqu’un qui se l’appropriait. C’est marcher sur un fil de fer. C’est refaire ce qu’Hubert faisait tout en essayant d’y mettre ma voix», décrit celui qui a grandi à Brossard, et qui se dit profondément attaché à la Rive-Sud.

À en croire les marques d’appréciation du public qu’il reçoit, le pari est réussi.

Depuis une série d’entrevues récemment accordées de même que son rôle dans la série télé Les armes (le méchant Nicolas Jourdain), Thiéry Dubé se fait désormais reconnaître régulièrement dans les lieux publics. Sans compter qu’on identifie parfois sa voix au téléphone.

Concernant les rebondissements de la saison 3 des Armes qui sera de retour en septembre à TVA, il se fait toutefois avare de détails. Son personnage, de même que «d’autres méchants» ont survécu à l’explosion de la scène finale de la saison deux, révèle-t-il tout de même.

«Nicolas Jourdain, c’est l’espèce de bum de bonne famille qui n’assume pas complètement qu’il est un bum, parce qu’il essaie de se donner un look un peu class mais en même temps, on sent que c’est un ancien malfrat!» souligne l’acteur.

De Vin Diesel à Grand-Papa Bi

Si Homer Simpson et le rôle dans Les armes ont amené une certaine notoriété à Thiéry Dubé, l’acteur se plait totalement dans le travail de l’ombre que représentent le doublage et les voix, qui constituent la majorité de son gagne-pain et lui permettent d’en vivre.

«C’est particulier parce qu’au début d’une carrière, on souhaite être super connu, comme si la célébrité était le gage de réussite. Mais on se rend compte que notre métier, c’est le truc qui est le plus valorisant.»

Thiéry Dubé a rapidement senti un intérêt pour la voix. Peu après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec en 1999, il a suivi des ateliers de doublage.  

Il est aujourd’hui la voix des émissions d’information de Radio-Canada comme Enquête, La facture, ICI RDI, 24-60, fait aussi des publicités… mais joue également Grand-papa Bi, dans Passe-Partout.

Sans compter le doublage d’acteurs américains comme Vin Diesel, John Travolta, Bruce Willis et Peter Dinklage.

«J’ai la chance d’être virtuose de la voix, de pouvoir transformer ma voix facilement. Je peux faire des jeunes, des vieux… Ça me permet de rentrer dans des énergies complètement différentes. Il y a des trucs qu’on ne fait pas ici au Québec, comme l’horreur ou des films à grand déploiement. Je fais la poupée de Chucky, des films à la Tarantino, les Transformers… C’est un cadeau fantastique!»

Du surf

Outre la diversité de rôles qui s’offrent à lui, Thiéry Dubé apprécie aussi particulièrement du métier de doubleur cette étroitesse imposée du terrain de jeu dans lequel il peut s’amuser.

«Tu ne peux pas le jouer trop gros, parce que sinon la voix va déborder du corps. C’est un peu comme faire du surf : tu te lances, tu te dis je vais m’en aller par-là, puis il y a une vague et tu dois te réajuster. C’est de l’impro contrôlée, dans une petite marge de manœuvre. C’est de trouver sa liberté dans des mini contraintes. Mais quand ça fonctionne, c’est magique.»

Depuis quelques années, une corde s’est ajoutée à son arc, soit la direction de plateaux de doublage. L’acteur qui a joué dans plusieurs comédies musicales sur les scènes du Québec (Les producteurs, La mélodie du bonheur) a ainsi dirigé les plateaux de séries comme Hazbin Hotel et Helluva Boss, des comédies musicales de Broadway sur Amazon.

«Je me suis développé cette niche. Ça me permet d’engager tous mes copains qui font de la comédie musicale, qui font du doublage aussi, des chanteurs. Ça me permet de cumuler toutes mes passions qui sont le chant, la voix, le doublage, le jeu; je ne peux pas demander mieux.»