Depuis la rentrée, retards répétitifs faisant grimper jusqu’à deux heures la durée du trajet du retour, conduite jugée dangereuse et enjeux de communication ponctuent le quotidien des élèves qui montent à bord de l’autobus du circuit 660 de l’école des Petits-Explorateurs à Longueuil. Une trentaine de parents ont signé une plainte commune au service de transport scolaire, dans l’espoir d’améliorations. Le Courrier du Sud a parlé à cinq d’entre eux.
En tant qu’école offrant un programme pédagogique particulier, l’établissement dessert l’ensemble du territoire du Vieux-Longueuil ce qui, d’office, crée des circuits plus longs que pour une école de quartier. N’empêche, les trajets s’allongent de façon anormale, jugent des parents.
«Selon l’horaire, mes enfants arrivent à 16h30 à l’arrêt. L’école finit à 15h45. Déjà, le trajet nous semblait excessivement long. C’est à moins de 5 km de chez nous!» exprime Claire* <@Ri>(nom fictif. Les parents ont demandé l’anonymat)<@$p>.
Surtout que les retards de 30, 40 minutes, voire de plus d’une heure ne sont pas l’exception, mais bien la règle du retour à la maison des dernières semaines.
«Nos enfants sont supposés arriver à 16h22. À date, ils ne sont pas arrivés avant 16h50, témoigne pour sa part Stéphanie*. Trente minutes, c’est moins pire qu’une heure de retard, mais c’est quand même beaucoup sur une routine de primaire.»
Lors d’un après-midi, l’autobus est arrivé 45 minutes en retard à l’école pour aller chercher les élèves et les conduire à la maison.
Plusieurs parents jugent que l’horaire prévu ne peut simplement pas être respecté. «L’autobus doit arriver à 16h06 à notre arrêt, mais on sait que c’est impossible», relate Vanessa.
Cette école qui accueille des élèves de la maternelle à la sixième année est desservie par trois autobus. Aux yeux des parents, c’est trop peu. «Ils ont éliminé un autobus des circuits. En plus, il y a de nouvelles classes cette année. Ça fait que les circuits sont impossibles! Ce n’est pas la faute des chauffeurs comme tel», estime Judith*.
«J’essaie de travailler sur l’autonomie, laisser mon enfant marcher les sept minutes jusqu’à son arrêt. Normalement, je ne m’inquiète pas, mais avec tous les retards, on ne sait plus sur quel pied danser», admet-elle.
Troisième chauffeur
Les parents déplorent par ailleurs le manque de communication lors de ces retards.
Le premier soir : une heure de retard, aucun avis ou communication aux parents, bien que la maman qui nous rapporte l’incident soit inscrite aux alertes de l’application Clic école. Sinon, ces alertes surviennent tardivement.
«Le 8 septembre, ma fille devait arriver à la maison vers 16h55, mais elle est finalement arrivée à 18h05. J’ai reçu un texto à 16h50 pour m’informer d’un retard de 45 minutes, donc cinq minutes avant l’heure prévue d’arrivée!» relève Marianne*.

Plusieurs parents déplorent aussi la difficulté à joindre le service de transport, que ce soit en raison de longs temps d’attente ou d’absence de réponse malgré les appels durant les heures d’ouverture.
Claire s’étonne d’ailleurs que le bureau du service de transport ferme à 17h30, soit bien avant que les autobus terminent leur trajet lors de retards.
Cette mère déplore du même coup le genre de réponses qu’elle obtient, lorsqu’elle parvient à parler à un employé. Lundi, j’ai appelé et ils m’ont répondu : «On ne sait pas ce qu’il se passe, mais ils vont finir par arriver». Ça fait déjà 45 minutes, plus une heure de retard, et vous ne pouvez même pas les joindre? Je trouvais que c’était une réponse particulièrement inquiétante.»
« Drift »
Les parents relatent aussi des enjeux de comportements et de sécurité concernant les chauffeurs. Depuis la rentrée, trois ont été attitrés au circuit 660.
Des parents se sont fait rapporter des anecdotes similaires de la part de différents enfants, notamment à propos d’une chauffeuse qui conduit très rapidement et effectue des freinages rapides.
«Des enfants disent qu’elle accélère à un dos d’âne, qu’elle disait : «Apparemment, vous aimez ça. Vous trouvez ça l’fun que ça rebondisse, un dos d’âne!» Ben non, elle accélère parce qu’elle est dans le jus et essaie d’éliminer le plus de retard possible, relate Judith. Franchement, la sécurité des enfants est mise en jeu. Je n’en reviens juste pas. Et ce n’est même pas l’hiver encore. Mon fils disait qu’ils faisaient du drift et qu’on rebondit dans l’autobus!»
Les enfants de Stéphanie lui ont aussi rapporté à plus d’une reprise que la chauffeuse conduisait «vite et sec».
La nouvelle chauffeuse assignée au trajet depuis le 21 septembre semble toutefois beaucoup plus appréciée. «Elle est prudente et formidable», soutient Judith.
Face à ces problèmes qui persistent, des parents songent à conduire leur enfant à l’école en voiture. «J’ai personnellement carrément renoncé à ce service payé par nos impôts», tranche Marie-Josée.
Stéphanie a même songé à recourir au service de garde, mais fait valoir les coûts supplémentaires. «Et il faudrait que je fasse l’aller-retour matin et soir, tout ça parce que l’autobus n’est pas capable de fonctionner comme il faut. C’est vraiment fâchant.»
Plusieurs interventions
Le CSS Marie-Victorin reconnaît le problème et suit la situation au quotidien.
«Plusieurs interventions ont déjà été effectuées auprès du transporteur afin de corriger les difficultés observées sur le parcours 660 de l’école des Petits-Explorateurs, affirme Geneviève Cormier, aux affaires publiques et relations médias du CSSMV. Après différents suivis et demandes de correctifs, des ajustements importants ont été apportés.»
Ces ajustements visaient notamment à assurer une arrivée à l’heure à l’école, ce qui est «le cas depuis le début de la semaine», confirme-t-elle en date du 25 septembre. Selon le CSS, les retards sont notamment liés à la circulation et aux travaux routiers.
Mme Cormier assure que «les préoccupations soulevées par les familles ont été prises au sérieux dès les premiers jours de la rentrée». Une «collaboration étroite» se poursuit avec le transporteur afin de stabiliser le service, améliorer la ponctualité et de s’assurer que les retards soient communiqués rapidement aux parents.
Le CSS rappelle que la rentrée comporte une période de rodage et que les travaux routiers imprévus peuvent avoir une incidence sur le temps de parcours. L’ajout d’élèves et de nouveaux arrêts sont aussi à prendre en considération.
Contrairement à ce qui a été rapporté par les parents, trois autobus réguliers desservent l’école depuis plusieurs années. Deux véhicules sont déployés pour le préscolaire. «Selon la planification actuelle, cette offre répond adéquatement aux besoins de l’établissement», signifie Mme Cormier.
«Par ailleurs, dès que le CSSMV est avisé d’un retard concernant un parcours scolaire, il s’assure d’en informer rapidement les parents, mentionne Mme Cormier. Malheureusement, il arrive parfois que l’information ne se rende pas à nous en temps opportun.»
Rappelant que l’école accueille des élèves provenant de l’ensemble du Vieux-Longueuil, Mme Cormier souligne que la «durée d’un parcours dépend donc du nombre et de la localisation des arrêts, et non seulement de la distance entre le domicile et l’école».
L’école des Petits-Explorateurs compte près de 320 élèves qui ne bénéficient pas de transport particulier. Parmi eux, 134 sont inscrits au transport scolaire. On retrouve 84 élèves marcheurs. Le service de garde est fréquenté par 223 élèves à raison de deux à cinq jours par semaine.

