Traumatismes : pourquoi certaines blessures du passé sont si complexes à soigner

(Photo: Pixabay)
Comment expliquer qu’une personne se remette rapidement d’un accident d’auto, tandis qu’une autre subit une crise de panique à la seule idée de reprendre le volant ?
« Le traumatisme n’est pas l’événement en soi, mais plutôt la perception qu’on en a, le sentiment d’impuissance et la crainte de mourir », résume Hélène Latrille, psychologue et directrice des services cliniques à La Traversée. Les épreuves multiples à un stade précoce du développement — comme c’est souvent le cas en violence sexuelle — laissent des séquelles particulièrement profondes. Voici pourquoi.
Traumatisme simple : rebondir après un événement unique
Un événement qui menace brutalement l’intégrité physique et psychique d’une personne peut devenir un traumatisme et causer des symptômes de stress post-traumatique. Des gens peuvent revivre l’expérience en cauchemars ou en pensées, éviter les situations ou les lieux semblables, se sentir en hypervigilance et envahis par les émotions et les perceptions négatives.
Différentes thérapies ont démontré leur efficacité — mais, pour un événement récent et unique, la narration et l’exposition à l’événement sont souvent privilégiées. « Le trauma est une expérience de non-sens qui n’a pas été digérée par le cerveau, explique Hélène Latrille. Faire parler la personne l’aide à mettre des mots sur ce qu’elle a vécu et à s’en rétablir. »
Traumatisme complexe : des gestes répétés et prolongés
Comme leur nom l’indique, les traumatismes complexes sont plus compliqués à gérer. Une personne victime de violence sexuelle pourrait avoir subi des expériences traumatiques répétées et prolongées pendant son enfance, qui plus est, par un proche qui trahit sa confiance. « Ces épreuves-là influencent le développement, rapporte Hélène Latrille. Le cerveau de l’enfant n’est pas tourné vers le jeu ou l’exploration du monde qui l’entoure, il se concentre sur sa survie. »
Une prise en charge prudente et patiente
Le trauma complexe s’ancre profondément dans l’identité même de la personne victime. Il fait partie de sa vie.
La recherche a démontré l’efficacité d’un modèle séquentiel de traitement en trois phases pour reprendre le contrôle :
Établir la sécurité et la stabilisation. Ceci nécessite d’abord de créer un lien de confiance avec la personne qui a été brimée et blessée par le passé. Puis, l’aider à prendre conscience de ce qu’elle vit, à reconnaître les dangers et à développer des stratégies pour s’en protéger. « Quelqu’un qui a subi de la maltraitance durant toute son enfance est souvent à risque de revictimisation en raison d’un seuil de tolérance à la violence très élevé », précise Hélène Latrille.
La personne est aussi accompagnée pour développer ses capacités d’auto-régulation émotionnelle. Cette première étape est souvent la plus longue du traitement.
Affronter les événements traumatisants. Ce travail d’intégration se fait progressivement, au rythme de la personne.
Permettre la réadaptation. Cette phase permet d’aider la personne à retrouver un sentiment d’identité et à développer ses habiletés sociales afin d’entretenir des relations durables, saines et significatives avec les gens qui l’entourent.
Il n’est jamais trop tard
Il n’y a pas d’âge pour obtenir de l’aide. Avec l’accompagnement de l’équipe multidisciplinaire de La Traversée, des gens ayant vécu de la violence sexuelle pendant leur enfance sortent parfois de l’ombre plus de 70 ans après les événements. « Il n’est jamais trop tard pour se réparer et pour retrouver une vie agréable », souligne Hélène Latrille.
La Traversée est un centre de soutien psychosocial et de psychothérapie qui accompagne les personnes de la Montérégie vivant avec des troubles de santé mentale consécutifs à de la violence sexuelle.
La Traversée (services@latraversee.qc.ca ou 450 465-5263)