En 35 ans à la tête de la Maison des jeunes Kekpart à Longueuil, Richard Desjardins en a vu de toutes sortes. Il est ainsi à même de constater l’ampleur de la violence armée chez les jeunes d’âge secondaire à l’heure actuelle. «C’est plus violent», reconnait-il, à l’occasion du dévoilement d’une capsule vidéo pour contrer ce phénomène, à laquelle des jeunes et des policiers ont collaboré.
Policier au Service de police de l’agglomération de Longueuil, Hassan Dagher abonde dans le même sens.
«Sur le terrain, comme patrouilleur, je constate qu’on a de plus en plus d’appels de violence entre les jeunes. De gangs émergents dans les écoles secondaires qui règlent leur conflit soit sur le terrain de l’école, de centres commerciaux ou de restaurants», explique-t-il au Courrier du Sud.
Poivre de Cayenne, couteaux, armes à feu
L’agent Dagher donne l’exemple d’une intervention faite récemment alors qu’un groupe de jeunes d’une école secondaire a aspergé de poivre de Cayenne un groupe d’une autre école.
«Et t’arrives là, t’as personne à rencontrer, pas beaucoup d’information. Et c’est un cercle vicieux, il y a des représailles et vengeance par la suite», poursuit-il. Quand ce n’est pas du poivre de Cayenne, ce sont des couteaux, armes à plomb, fausses ou vraies armes à feu.

Richard Desjardins a lui-même été poignardé il y a un an en tentant d’intervenir lors d’un conflit.
«Les jeunes communiquent moins verbalement, partagent moins et viennent aux coups rapidement», explique-t-il, ajoutant que les réseaux sociaux jouent certainement un rôle dans cette forme d’isolement. Il se garde toutefois de parler d’une montée régionale de ce type de violence.
«Ce n’est pas juste à Longueuil! C’est dans l’ensemble du Québec et partout au Canada. J’ai fait des conférences dernièrement. Et à Toronto, Calgary, Vancouver, ils vivent la même chose, et plus!» assure-t-il.
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Comment arrive-t-on à la violence?
L’un des jeunes ayant participé à la capsule s’appelle Alexis, un ancien de l’école secondaire Jacques-Rousseau, voisine de la maison Kekpart. Celui-ci estime qu’il est facile pour un jeune de tomber dans un cycle de violence.
«C’est beaucoup les influences. Si tu te tiens avec les mauvaises personnes, que t’as pas de repère dans la vie, oui c’est facile. Moi j’étais pas dans ces affaires-là, mais j’ai perdu des amis parce qu’ils sont rentrés là-dedans et que je voulais pas les suivre», raconte-t-il.
C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’a motivé à participer à la capsule. «Quand j’ai écrit le texte pour la vidéo, c’est sorti tout seul parce que c’est un sujet qui m’inspirait», indique-il.
À ses côtés, Cédrick, un ancien de l’école Gérard-Filion, explique avoir vécu l’envers de la médaille. «J’ai vécu des menaces avec un fusil à plomb et une arme de corps», témoigne celui qui dit aujourd’hui ne pas avoir de traumatisme de ces événements, même si les souvenirs sont bien présents.
Il évoque lui aussi l’importance de l’entourage, tout comme l’affirme le policier Dagher.
«C’est par la mauvaise influence [qu’ils deviennent violents], tout simplement! On leur vend un genre de rêve qui n’est pas réel. On leur dit : tu vas faire partie d’un groupe, tu vas être cool à l’école. Souvent ils vont chercher des jeunes qui veulent se sortir de l’intimidation», soutien Hassan Dagher.
«Ce n’est pas juste une question de violence, c’est une question d’appât du gain. Le jeune va être approché pour commettre des crimes, pour être payé», indique pour sa part Richard Desjardins.
Comment sort-on de la violence?
L’agent Dagher admet toutefois qu’il n’est pas facile de créer des liens avec les jeunes sur le terrain : «on essaie tant bien que mal de le faire, mais les jeunes ont une certaine résistance envers les policiers. Quand on est capable d’en prendre un, on essaie de le faire réfléchir, de lui parler des conséquences qui peuvent en découler.»
Il mise donc sur la sensibilisation et la prévention. Notamment, en participant à la capsule vidéo de la Maison Kekpart.
«Quand j’étais à l’école secondaire, on avait des policiers qui venaient pour faire des conférences, et pour moi ç’a fait une différence. Alors, je me dis, c’est à moi de donner en retour. Si je peux faire la différence pour un seul jeune, ce sera mission accomplie!» souligne-t-il.

Comment renverser cette tendance à la violence armée? «Mon approche, c’est de créer le lien de confiance avec ce jeune-là, et ça, ça prend du temps! Mais pour ça, ils ont besoin de projets, de rêves, d’être stimulés. Il faut les occuper!» dit Richard Desjardins, réitérant l’importance de milieux de vie comme celui des maisons de jeunes ou des activités parascolaires.
Ils étaient par ailleurs une majorité d’adolescents présents à la Maison Kekpart, le 27 novembre, lors de la présentation de la capsule vidéo. «C’est une minorité de jeunes qui sont délinquants», rappelle M. Desjardins.
