Pour Diane Gauthier, ç’a débuté avec un projet d’écriture bien personnel, à des fins thérapeutiques, pour mieux se comprendre, comprendre les symptômes de son trouble de stress post-traumatique complexe découlant de violences à caractère sexuelle. Comprendre aussi les émotions qui la traversent dans son processus de guérison. Sa démarche s’est ouverte sur une mission plus grande, celle d’aider les survivantes à se sentir moins seules, avec Du silence imposé à la parole vivante : habiter sa voix.
«J’ai commencé à écrire pour expliquer à travers quoi passent les survivantes. Les livres sur le sujet, souvent, sont écrits par des médecins. C’est très technique, mais le ressenti, on ne l’a pas nécessairement et on ne le comprend pas toujours.»
Elle a fait lire ses premières écritures à une intervenante du CALACS de Longueuil, qui a été impressionnée du résultat. C’est de cette manière que le projet a commencé à prendre forme.
Le livre n’est pas une biographie et ne raconte pas les événements traumatiques qui ont marqué la vie de Diane Gauthier à partir de l’enfance.
Directrice générale du CALACS, Sylvie Langlais n’a que de bons mots pour cet ouvrage qui, croit-elle, peut faire œuvre utile. «C’est un livre dans toute cette belle simplicité. Je pense qu’elle veut qu’on l’entende et qu’on comprenne. Et ce sont de petits bouts de phrases… certaines qui me font avancer, comme intervenante.»
Mme Langlais estime que les jeunes devraient le lire et elle en a d’ailleurs acheté une copie pour sa fille.
Sur la première de couverture, la photo montre Mme Gauthier de dos qui tient la main d’une enfant : sa petite-fille. «C’est un peu pour elle que je l’ai fait, signifie-t-elle. Parce que c’est arrivé souvent, que Mamie ne «feelait» pas tant et elle ne comprenait pas… Elle va comprendre un jour.»
Du soutien
Dans Du silence imposé à la parole vivante : habiter sa voix, Diane Gauthier dresse la liste de ressources qui peuvent accompagner les victimes de violence à caractère sexuel. «C’est pour donner espoir aussi : quand on entre dans le système, il y a des ressources», assure-t-elle.
Sa porte d’entrée a été le Centre des femmes de Longueuil. Elle cite aussi entre autres Carrefour pour elle et L’Émissaire.
Au CALACS, Mme Gauthier a d’abord assisté à des rencontres de groupe, qui lui ont permis de trouver une solidarité. «De comprendre que je n’étais pas étrange, que ce n’était pas mon imagination…, partage-t-elle. De se sentir validée, ça vaut de l’or.»
C’est elle qui a lancé il y a quelques mois la pétition réclamant un financement adéquat pour la survie de l’organisme. Aujourd’hui, 2$ seront remis au CALACS Longueuil pour chaque exemplaire vendu de son livre.
Symptômes
C’est relativement récent que Diane Gauthier puisse compter sur du soutien, alors qu’elle a longtemps gardé son dur vécu dans le silence. Non seulement parce qu’elle a senti très peu d’ouverture de ses proches lorsqu’elle a effleuré le sujet une première fois, mais aussi parce qu’une forme de brouillard couvrait ces traumatismes.
«Moi, j’ai eu une certaine «chance», j’ai fait de l’amnésie traumatique. Il y a des grands pans de ma vie dont je ne me souvenais pas. J’avais quand même des flashbacks, mais ça m’a permis de fonctionner relativement correctement pendant une bonne partie de ma vie.»
Des événements vécus à l’âge adulte ont réveillé certains traumas, sans qu’elle ne soit en mesure de les relier à une expérience en particulier. Un événement survenu en 2019 a toutefois révélé de graves souvenirs.
Le soutien reçu l’a aidée à mieux vivre avec les symptômes et de trouver une façon de les surmonter.
«Je peux encore me faire surprendre. Je me promène et un moment donné une odeur, ou quelqu’un, me rappelle quelque chose du passé. Je ne sais pas pourquoi ça m’arrive, mais ce que je sais, c’est que je suis en danger et il faut que je m’en aille, raconte-t-elle. Les gens autour ne savent pas ce qu’il se passe… Et moi non plus sur le coup. C’est juste la panique qui monte.»
Le travail avec les thérapeutes aide à mettre ces symptômes en contexte.
Dans tout ce cheminement vers la guérison, l’appui de sa fille, son gendre et sa petite-fille est ce qui rend Diane Gauthier la plus fière. «Ce sont les personnes les plus importantes pour moi, témoigne-t-elle. Ce livre, c’est pour libérer les générations futures, en espérant que mon chemin va libérer la parole d’autres femmes de mon âge.»
Lors d’une visite au Centre des femmes, Mme Gauthier avait été étonnée d’entendre une femme, un peu plus âgée qu’elle, parler ouvertement des agressions qu’elle avait subies. «Je ne comprenais pas… et quatre ans plus tard c’est moi qui suis capable de parler.»
Pour joindre le CALACS Longueuil : 450 616-8580, [email protected]

