SPECTACLE . Lorsque l’immense bulle dans laquelle jouaient Ariane Moffatt et ses musiciens s’est ouverte à un public conquis d’avance à la première montréalaise, au MTelus le 22 février, l’auteure-compositrice-interprète avoue avoir «pogné de quoi». Reprendre la tournée, c’est un peu, selon ses mots, comme retrouver un ami que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Et les retrouvailles ont été chaleureuses.
La tournée qui sillonnera le Québec – et s’arrêtera au Club DIX30 le 29 mars – s’est donc entamée de très belle façon. Ariane Moffatt sera accompagnée de ses musiciens «all star» Philippe Brault (basse), Joseph Marchand (guitare), Maxime Bellavance (batterie) et, pour quelques spectacles, Mélissa Lavergne (percussions).
«J’ai été vraiment renversée par l’expression de l’amour du public qui était très connecté à moi, à nous. Ç’a fait des flammèches!, partage-t-elle au bout du fil, depuis son studio. Ça m’encourage beaucoup, les soirées comme ça, de savoir que ma musique résonne encore dans le cœur des gens. C’est ben bon pour le cœur!»
À l’automne, la chanteuse dévoilait un album qu’elle qualifie elle-même d’introspectif. Un ton qui a inspiré l’un des créateurs du studio de création Harrison Fun, qui a collaboré à la scénographie du spectacle et signé la conception de la bulle dans laquelle Ariane Moffatt et ses musiciens apparaissent.
Cette bulle, c’est carrément un incubateur.
«Le concepteur est un papa qui a eu un bébé prématuré. Quand il a entendu mon histoire, écouté mon album, il est arrivé avec cette proposition. Il nous a fait écouter l’intro du show, avec la maquette de décor, et tout le monde pleurait. Il avait saisi le mood de l’album… Alors oui, [ça symbolise] la bulle de création, la maternité, s’ouvrir au monde extérieur.»
Ce qui lui a aussi «sauté dans la face», ce soir de première, c’est comment elle s’est retrouvée propulsée dans cette nouvelle aventure créative. Depuis l’appel à l’écriture – ressenti tout de suite après l’accouchement de son fils Georges –, l’album a suivi, et là, la tournée. Le tout en un an et demi.
«J’ai peine à croire comment ça s’est passé rapidement.»
Au service d’un esthétisme
Ni une copie de l’album, ni une copie du spectacle précédent, Petites mains précieuses porte son identité propre, «palpable», qu’Ariane Moffatt s’est plu à peaufiner, en assurant aussi la mise en scène. Tant les chansons de son nouvel album que celle pigées dans son répertoire baignent dans le «groove».
«Il y a vraiment un caractère soul, funky, R&B, disco… ce « néo-seventies » que j’utilise pour décrire l’album. C’est important que cet esthétisme soit encore plus fort sur le show.»
Sur scène, elle fait certes la part belle à ses nouvelles chansons – tout des Petites mains précieuses y passe –, mais plusieurs autres pièces de son œuvre refont surface. Forte de six albums qui ne font pas dans la répétition, Ariane Moffatt avait l’embarras du choix pour soigneusement sélectionner ce qui saurait coller à l’ADN de la tournée.
La scène devient l’occasion d’approfondir des chansons moins explorées ces dernières années, dont certaines d’Aquanaute, premier opus sorti en 2002, ou encore du Cœur dans la tête (2005). Ainsi renaît par exemple Retourne chez elle, sous des airs R&B.
«Je trouve que mes chansons vieillissent bien, tant que je les arrange à mon goût, que je ne sois pas nécessairement au crochet de l’esthétisme original. Ça me donne une espèce de fraîcheur que de les revisiter.»
Chanter Point de mire avec Les Louanges – qui assurait la première partie au MTelus –, voilà un exemple probant de fraîcheur.
«Il a 22-23 ans, presque l’âge de la chanson! C’est cute comme retour en arrière, slash, être encore au présent. C’est un beau trip.»
En dedans et en dehors
Un sondage lancé sur la page Facebook d’Ariane Moffatt a aussi alimenté la réflexion et lui a révélé ce que souhaitaient entendre ses fans. Retourne chez elle et In Your Body (Mâ) étaient de celles qui sortaient du lot.
Sans compter les succès à côté desquels elle ne peut passer. Mais les hits plus rythmés n’excluent pas la création d’autres ambiances sur scène.
Des chansons comme Pneumatique noir, sur la maladie d’Alzheimer, ont aussi leur place dans un show qui, plus souvent qu’autrement, incite à la danse.
«C’est un peu l’histoire de ma vie, cette espèce de bataille entre des chansons plus intimistes et plus dansantes. J’ai besoin d’entrer dans cette bulle plus introspective, d’arriver à créer des atmosphères pour faire en sorte que les gens ne dérochent pas dans ces moments plus intérieurs.»
Si, pendant les moments où la créatrice entre en «transe d’écriture» – «mue, propulsée par un fil… le fil d’Ariane!» –, elle pense bien peu aux considérations extérieures et à ce qu’en dira le public, ce dernier devient ensuite partie prenante de cette coquille toute grande ouverte. Ne reste qu’à saisir la main tendue.

